lundi 10 février 2014

Couple heureux

Il l’aurait dépecée
sa femme
sans cœur
cent coups
dans toutes les pores
du corps
elle s’est tapée
tous les marins
et gigolos
elle a l’air d’une princesse
prions ensemble mes petites
pour votre adorée
accouchée
découcheuse
imprévue
envolée
girouette
fausse mère
simple porteuse
couveuse
poule
fourchue
bécue
plumeuse
menteuse
noceuse
diseuse
de bonaventures et autres magnificences.
Gentleman cambrioleur
En jupons
Talons
Aiguilles
Piquantes
Piquée
Enfants en képi
Au pas
Pas bouger
Pendant le bal
Dans le placard
Tu dis rien à Papa
Il ferait un scandale
Je veus pas de drame
Tu te tiens tranquille
Au plus,
Regarde par la serrure
Tu verras ta maman
Adorée …oui je sais…
Redis-le…
Ce que c’est doux
Tu observes comment Maman fait les rondes
Et valses.
Tu seras la même plus tard.
Tu prendras le relais
Flambeau
Attends ma mort par contre !
Avant, tu lèses sa majesté !
Tu ne voudrais pas n’est-ce pas ?
Papa arrive,
Pas un mot
N’est-ce pas ?
Un bisou Maman avant le bal
Et placard
Pour rappeler qu’on est deux.
Je serai comme toi plus tard.
Je serai une Maman plus tard.
- Ca y est, vous êtes prêtes toutes les deux ?
C’est quoi cette tenue ?
Vous êtes folle ?
Vous avez l’air d’une p… volatile grossier
Evitez de caqueter.
Vous ne serez même pas rie
Tout le monde vous bavera
Sale p…
J’en frapperais si j’étais une brute
Vous n’existeriez plus.
Je trouverais une vraie mère pour ces deux
pauvres enfants.
Et ne vous avisez pas d’en faire des putains !
-Tenez-vous donc mon cher un peu ! Nous ne sommes pas seuls. Des oreilles innocentes vous écoutent.
- Innocentes. Elles ont déjà assisté à tous vos ébats, mon épouse bienaimée. Déjà à l’état embryonnaire. Vous en ferez des putains ou des sœurs, je vous le dis comme ça.
-Arrêtez de grincer, vous êtes laid.
Allons-y ma mignonne, tu es très belle et Maman aussi, comme toujours.
Papa perd la boule.
Il a trop b…
- Vous n’êtes qu’une arriérée tarée de génération en génération.
Les alcoolos viennent de chez vous.
Vous les perdrez ces enfants.
Je prends la grande,
gardez la petite,
chacun la sienne.
Que toutes ne soient pas des loupées
poupées
faux départ
définitif
dés pipés
pipeau enchanteur ;
à faire tourner
les puceaux
en rut,
fidèles à la lignée.
Le Papa et la Maman
déchirent
l’enfant
chacun une fille disaient-il,
chacun un bras,
le tronc avance sans ailes
elle ne pleure pas.
Elle continue de fissurer de part en part.
A qui le cœur ?

dimanche 9 février 2014

Loi sauve garde (39)

La Loi stricte et absolue
L'immuable.

La Loi sourde et résolue
L'insondable.

La Loi sûre et farfelue
L'imperturbable.

Elle est durdure la Loi mais elle lui sauve la mise.

Dans l'ordre et en cadence,
Rythmé en refrain
On n'oublie rien
On serre ceinture
Et plisse les yeux
Effort
Qui en vaut la chandelle
Et sans se plaindre
Madame la Marquise.
Parce qu'on pourrait
Pleurnicher
Sur son sort
Et sa prison.
Mais Anna n'est pas de ces gens-là.

Elle est durdure la Loi mais elle lui sauve les meubles.

Elle se plie et replie
Au règlement
Ardu
Ardent
Dent pour dent
Œil pour œil
Elle combattra
Contre le temps
Le vent
Et tous les impalpables.
Elle sait que c'est son lot
Et la Loi y compris
Tout ou rien, Madame,
C'est du tout fait d'avance
On choisit pas !

Elle est durdure la Loi mais elle lui sauve les fesses.

Elle fait
Défait
Refait
Tout ce qui est inscrit
Sur les tables prescriptrices.
Elle s'en apaise
Elle tourne autour des lignes
Arpente
Serpente
Remplit tout interstice
Pour obéir
Parfaite
Place nette
Proxénète
En circuit fermé.

Elle est durdure la Loi mais elle lui sauve le cul.

Elle se prostitue
A l'angoisse
Ses diktats
Et la Loi
Et les siens.
Autant de belligérants
Entremêlés.
On ne sait plus qui est qui.
Elle sait qu'elle est un loup
Pour elle.
Aussi fauve
Que les poils.
Elle sait aussi que sans la Loi
Il reste que ça,
Les poils.
Elle est giclée
Pas plus
Elle s'éparpille
En miettes de monde.
On peut rien recoller,
C'est atomique.

Alors oui, la Loi elle est durdure mais elle lui sauve la peau
Et poils
Et toute la tête.

jeudi 6 février 2014

Femme fatale


Diable
En désir indétrônable.
Fable
De la femme enchaînable.

En chaînes
Tenu par sacrée chienne.
En peine
De contrôler la reine.

Arène
Bombes étreintes sirène.
Obscène
Dans son corps mis en scène.

Sertie
De charmes pervertis.
Hortie
Démone travestie.

Vestale
Adorée fée fatale.
Vitale
Tueuse du puissant mâle.

Emas-
culé, profond mollasse.
Cocasse
Cuirasse
Casse.
Chasse
A l’homme
Trépasse.

mercredi 5 février 2014

Mélancolie maternelle

pleurera.
pleurera pas ?
geindra.
geindra pas ?
cèdera.
cèdera pas ?
pliera.
pliera pas ?
finis.
finis pas ?

Il la crèverait si c'était permis
                    s'il pouvait se cacher
                    si on comprenait
                    s'il ne croyait plus.

D'un coup brutal, il voudrait éventrer cette mélancolie qui la tient, au couteau
                                                                                                        à la gorge
                                                                                                        aux tripes
                                                                                                        haut la main.

Il veut la libérer, pour qu'elle aime son enfant
                           pour qu'il soit moins seul
                           pour qu'elle déterre la hache
                           pour qu'ils soient tous les deux.

Il a cru de tout cœur
            plein d'espoir
            émerveille
            doux miracle, que le bébé tirerait sur la corde vivace.


Eh oui elle s’est dressée un instant
                                       fulgurant
                                       démoniaque
                                       suspendue.

Il a retenu son souffle en priant qu’elle soit rapatriée
                                                                       renracinée
                                                                       atterrie
                                                                       pieds à plat.

Elle est restée quelques instants en lévitation mirifique
                                                                         magnifique luminaire
                                                                                            transtellaire explosée
                                                                                                                 déflagrée épatante.

Mais il la connaît comme sa poche et il a vite compris qu’elle tiendrait pas des lustres en l’air
                                                                                                                                         à l’air
                                                                                                                                    milliardaire
                                                                                                                                         éclair.

Elle s’est écrasée
                enterrée
                enfoncée
                installée tout au creux de la planète, tout au chaud au noyau solitaire
                                                                                                     joyau tranquille
                                                                                                     loyaux compairs
                                                                                                     tuyaux inanimés qui l’enveloppent tendrement.

Elle se love entre tous ces rouages invisibles aux communs
                                                                         aux normaux
                                                                         aux mortels
                                                                         aux myriades grouillants humains. Elle seule et ses semblables, martyrs mélancoliques s’embourberont aussi loin.

Elle ne peut pas vivre en oxygène, il lui faut du minéral
                                                                             minerval
                                                                             dénervé
                                                                             hibernal et bouillant chaud dans la chair.

Il se résigne à sa disparition de la surface et du berceau qu’elle lui transmet
                                                                                                          hérite
                                                                                                          fourgonne
                                                                                                          rejette.

Il doit relever ses manches et pouponner
                                               tétiner
                                               chantonner
                                               tartiner sans broncher, parce que la petite fripée n’a rien à voir avec la géologie maternelle et ils se tiendront compagnie.

Il se transforme papa gâteau le fier Pater.

mardi 4 février 2014

La femme qui ne voulait plus d'enfant

Ne plus enfanter
Décidé, suffit !
Se laisser hanter
Laisser fissurer

Ne plus jouer la vie
A bas les fessus
bambins ! Assouvie !
Joie défigurée

Ne plus résister
Entourage déconfit
Ne peut qu'assister,
Ultime défection

Ne plus sourire
Les yeux bouffis
Et faire pourrir
Le masque filou

Inexister
Sombre défi
Dépister
L'infini

Crever
Faire fi
Caver
Pauvrir

Hosto
Raffut.

Enceinte
Tardif
Contrainte
Difforme

Désespoir
Maladif
Mer à boire
Infâme

Se relever
Intuitif
Ravivé,
Desuiffée.

Affûter ses armes
Affirmer sa rage
Détrôner les larmes
Invoquer les mages.

Protéger l'enfant
Sur son frêle esquif
Amour étouffant
Canines en canifs.

Lui donner un nom
Isabelle En Tifs,
Bébé à chignon,
Subtil profiteur.

Réfuter le destin
Et ses fatalités
Autovore festin
Élimine l'infesté.

Et tenter l'aventure
Même si ça ne dure qu'un temps
Même si l'enfant Isa endure
Un maternel boitant.

lundi 3 février 2014

Patrick chouchoute (38)


J’ai essayé de la chouchouter aujourd’hui, je ne sais pas si je peux parler ainsi s’agissant d’Anna. Ca ne lui convient pas bien. C’est étrange. Et en même  temps c’est ce qui m’animait moi, cette envie de la protéger et de l’apaiser. Anna, vous l’avez bien compris maintenant, c’est un animal à sang froid. Alors câlins bisous ne font pas partie de son panel d’expression. Vous me direz à juste titre que nous sommes collègues et que sur le lieu de travail, elle n’a pas à s’adonner à ce genre d’expansion. Sans aucun doute, et je suis le premier à respecter cette règle. Je suppose que nos autres collaborateurs diraient que c’est l’hôpital qui se fout de la charité. On me l’a toujours dit que j’étais distant voire antipathique. Je ne souris pas ou peu, j’en conviens. Anna ne s’en formalise pas, comme je vous l’ai expliqué, et c’est la condition sine qua non pour me supporter.
Bref, je parle de moi à vouloir parler d’elle. Mais c’est incroyable cette propension humaine à parler de soi dès qu’on aborde les sentiments. Emotions je ne dirais pas, ça me semble exagéré. Je ne m’émeus pas. Anna non plus, nous nous entendons là-dessus. Ces gens qui se pâment et tremblent de bonheur ou d’amour, ça me dépasse. Je les trouve ridicules bien entendu. Mais surtout, je ne comprends comment ils en arrivent là. Un peu de tenue tout de même ! On peut contrôler ces choses-là. Ils disent que ça les prend aux tripes et autres expressions stupides. Si ça prenait comme ils le disent, nous ne serions pas épargnés Anna et moi. Je me souviens de plusieurs fois, Noël, un départ à la retraite etc., où tout le monde a sorti les mouchoirs, les voisins se sont rapprochés, la communauté humaine en chaleur. Anna et moi étions dans un coin de la pièce, près de la sortie. Nous nous tenions le pus loin possible de ces effusions. Il n’aurait pas fallu qu’elles nous éclaboussent. Je pense que nous deux, alors que tous nous regardaient comme des énergumènes, perchés sur leur rationalité, nous sommes sentis plus proches qu’aucun d’eux. La première fois que cela nous est arrivé, nous avons échangé un sourire complice en partant et depuis, nous traversons ces épreuves ensemble. Nous avons notre coin attitré. De toute façon, on ne se bouscule pas autour de nous puisqu’il faut être au cœur de la fête paraît-il. Au moins, je suis sûr que personne ne me volera la place du bord. La place stratégique, la fuite est facile. Anna occupe un bout de table, moi un autre et nous pouvons nous enfuir aux toilettes ou très loin de tout ça quand nous le décidons. Ni l’un ni l’autre nous ne le ferions, nous sommes beaucoup trop corrects pour cela. Mais savoir que l’opportunité reste ouverte suffit.
Bref, je devrais me concentrer un peu ! Elle tremblait aujourd’hui Anna et pas de joie ou de tristesse. Elle tremblait de frayeur. Elle avait les yeux arrondis comme des billes, elle en fermait un de temps en temps comme pour vérifier quelque chose. J’ai cherché à comprendre toute la journée, en vain. Ca n’avait pas l’air logique. Je tiens pour acquis qu’Anna n’est jamais logique comme les autres. Mais elle l’est à sa manière alambiquée. Donc, j’ai tenté de capter le raisonnement menant à ce comportement inhabituel. En vain. Je n’ai pas osé lui demander. Elle m’a vu l’observer et j’ai cru percevoir de la reconnaissance face à mon calme silence. Il ne faut pas lui poser de questions à cette femme-là. Les autres aiment qu’on les interroge, qu’on s’intéresse à elles, disent-elles. Anna aime qu’on ne lui parle pas. J’ai trouvé la perle. Celle qu’il me faut. Celle avec laquelle je peux m’accorder. Enfin. Surtout ne jamais le lui dire ! Aussi, Anna est allée quarante-cinq fois aux toilettes aujourd’hui. J’ai compté. C’est idiot mais elle passe devant mon bureau pour se rendre aux toilettes. Et j’ai senti qu’il se passait quelque chose dans son pas la première fois qu’elle y est allée ce matin. J’ai entendu sa chaise grincer, le signal du départ. Et puis plus rien. Normalement, le pas d’Anna est perceptible même s’il est très léger. Toute la journée, j’ai recherché le bruit étouffé de ses pas, en vain. Elle a été parfaitement silencieuse. Beaucoup trop parfaitement. Il me démangeait de jeter un œil pour voir si elle ne s’était pas mise à glisser sur le sol en mode futuriste. Mais je me suis gardé de la mettre mal à l’aise. Je savais qu’elle avait plus besoin que jamais de ma discrétion. Comme elle ne peut compter que sur moi sur ce point ! Et puis bien sûr, je me suis demandée ce qui se passait aux toilettes. A chaque fois, j’ai eu peur de la retrouver ensanglantée sur le carrelage. Mais elle est revenue les quarante-cinq fois. Je ne sais pas pourquoi je me suis mis à imaginer ces scènes morbides. Ce n’est pas mon genre. Surtout pas quarante-cinq fois dans la journée. Anna devait savoir que je m’inquiétais, puisque c’est cela qui se passait sans doute. Au bout d’un moment, elle a tourné les yeux vers moi en passant dans le couloir devant ma porte ouverte. Comme pour me rassurer. Ou alors je divague. Mais elle avait un air très finement amical. Vous pensez bien que nous n’avons pas abordé le thème des toilettes.
Dans l’après-midi, elle a pâli encore un peu plus. Son teint est devenu verdâtre, diaphane, un peu comme les morts qu’on va voir une dernière fois au funérarium. Elle a déjà les joues creuses Anna, alors vous imaginez le portrait ! Ses cheveux attachés, tirés, parfaits. Pas de bijou. Rien qui brille. Sans vie dans tous les détails. Une poupée aristocrate. J’ai cru qu’elle allait se briser ou tomber raide à un moment ou à un autre. Mais non. Elle est demeurée sur ses deux pieds, sinon solide du moins battante. Bien sûr que c’est une guerrière Anna. Je le sais, vous le savez maintenant. Mais c’est tout le problème. Elle ne s’arrêtera pas à temps. J’en suis convaincue. Quant à savoir comment la freiner, je n’ai jamais envisagé la situation où je serais obligé d’opérer et intervenir en urgence. Je sais bien qu’il ne s’agirait que de la mettre à l’abri, l’allonger sur le côté et peut-être lui tenir la langue. Mais déjà qu’on ne peut pas l’approcher à moins d’un mètre ! Il y a des chances pour que cela n’arrive jamais. Heureusement.
Pour être honnête, j’aimerais pouvoir la chouchouter vraiment. J’aimerais la retenir si elle tombait. Pas d’image débile d’amoureux transi n’est-ce-pas ? Si elle tombait réellement sur le sol des toilettes au travail par exemple. Remarquez que non, puisque ce sont les toilettes des femmes. Si elle tombait dans le couloir ou dans son bureau. J’aurais aimé l’aider et lui dire qu’elle n’est pas forcée de travailler tous les jours que Dieu fait. Qu’elle peut aller chez le médecin et obtenir un arrêt de travail. Nous en avons déjà discuté tous les deux. Anna m’a soutenu que les arrêts de travail étaient toujours des faux (je ne m’en suis pas fait, elle dit souvent des choses étranges et assez drôles, peut-être qui ne font rire que moi d’ailleurs) et qu’elle n’était pas de cette engeance-là. Elle avait l’air furieuse. « Quand on veut on peut ! Sinon je ne serais pas là.» Devant mon air dubitatif, elle a baissé les yeux. Je ne suis pas sûr qu’elle était sûre. Moi je suis sûr qu’elle se trompait.

mercredi 29 janvier 2014

Fatals zéros (37)

Tout le monde le dit, ce que c'est dur les fins de mois ! Apparemment, c'est une histoire d'argent. Je me joins à leur chœur pour cette fois. Je n'explique rien, on est d'accord sur la forme. C'est suffisant. 
Ce soir, il n'est même pas 17h mais je veux qu'on soit déjà le soir. Il fait nuit, c'est tout comme. Satanés mois d'hiver ! Ce soir, je disais, je dois me préparer.
A la nuit.
A demain.
Au surlendemain.
Au fucking trente et un. 
A l'immonde lenteur du dernier soir jusqu'au premier 00h01. 
Avant 00h01, je n'y crois pas. 00h00, on dit généralement que ça commence là. Ça ne me convient pas. Et je me fous de la science bon Dieu !  Ils en font un et ces foins ! Je ne vois pas pourquoi ce serait une meilleure raison que les autres. 
Salope de science ! 
Vulgaire ce soir ma petite ! Tu flambes, prends tes gougouttes ! 
Allez, 1...2...3...4...5 et gloups. C'est vraiment dégueugueu. 
Parce que 00h00, ça n'existe pas, excusez-moi mais c'est un fait, il n'y a que de la nullité. Moi je me sens à poil avec tous ces 0. Et j'attends la minute suivante pour respirer. C'est une fausse heure. 00h00 c’est l’heure des fantômes, des moins que rien, des rien du tout. Je veux être une quelque chose. Alors tous les jours, je me presse pour m’endormir avant cette purée d’heure de 00h00. Je ne veux pas être consciente pendant cette heure où je meurs. Dodo et hop là ni vue ni connue. Mais pour peu qu’on approche de la fin de vingtaine, je ne dors plus aussi bien. Et c’est decrescendo. La vie est mal faite parfois. Alors ce soir, d’hiver, vingt-huit, je vais veiller. Ou plutôt je le sais bien, je vais m’endormir à 20h et me réveiller juste pour le passage à blanc à 00h00. J’ai beau essayer de m’empêcher de dormir, c’est impossible. Comme si mon corps se préparait à la veille de mi-nuit.
Donc, pour atténuer le schmilblick, je vais opérer mes 3h, une fois n’est pas coutume, d’exercices. Ce n’est pas du temps perdu. Je suis plus vite sur pied après. Bon, il faut que je me fasse violence pour ne pas m’arrêter à 2 ou continuer vers 4. Le 3 est un terrible chiffre. J’aimerais l’anéantir lui aussi. L’année des 13 ans a été satanique…les 23 se sont un peu mieux  digérés. Les 30, comme sur des roulettes. Les 33 vont piquer. Ca me démange déjà.
Donc, le planning de ce soir est le suivant : lecture et relecture de la Loi, avant après chaque tâche. C’est l’armature. Ce que ça soulage, rien que d’en parler. Et puis dans l’ordre d’arrivée dans l’appartement :
1-     Ranger toutes les chaussures de fond en comble, les nettoyer de l’intérieur. Dommage qu’on ne puisse pas les retourner les godasses. C’est toujours un dilemme, essaye essaye pas dessus dessous ?
2-     Manteaux par ordre alphabétique dans la penderie. Heureusement que j’ai une bonne mémoire et que je me rappelle de toutes les références. Je suis gâtée pour ça. Parfois aussi, la nature est bien faite.
3-     Démonter le radiateur et le laisser reposer en paix dans la couloir. Nettoyer son arrière-train.
4-     Aspirateur dans la penderie et le couloir et sur le radiateur. Ca le rafraîchit.

Première étape achevée.

5-     Refermer la porte du couloir d’entrée et ne plus la rouvrir avant demain matin. Sous aucun prétexte.
6-     Se tourner vers la grande salle et en avant toute. Prendre son courage en main.
7-     Commencer par la gauche et tourner le long des murs pour ranger, jeter, limpide, horizon libre. Meuble après meuble, coin après coin.
8-     De retour à la porte communicante, respirer bien profondément et sentir le bien-être pointer son nez.
9-     Eventuellement, réciter la Loi une fois de plus à ce moment-là.
10-  Aspirateur sur toute la surface sans aucune exception, le lit est relevé contre son mur.

Deuxième étape achevée

11-  Ne plus toucher à rien et investir la cuisine. Grand et rude labeur.
12-  Faire un tour des opérations à mener. S’organiser très rigoureusement.
13- Tourner de gauche à droite toujours le long des parois de la pièce. Récurer sans aucune pitié.
14-  La cuisine est un lieu de perdition pour la ménagère, qui plus est en fin de course. C’est mon cas en ce vingt-huit. Ne pas perdre espoir. Tout peut reluire un jour. Frotter, astiquer, abraser jusqu’à atteindre son objectif. Ne jamais abandonner ou c’est la chute.
15-  Une fois toute tache et goutte éliminées, vérifier. La cuisine est un tonneau des Danaïdes.

Troisième étape achevée.

Loi haut et fort.

Délicatement s’allonger sur le lit et évacuer toutes les mauvaises poussières stomacales et vésicales.
Il est 20h et voilà le moment fatidique où il ne faut pas s’endormir. Aujourd’hui, sois prudente Anna, tu dois prêter très attention à ce qui se passe. C’est l’anniversaire mensuel et annuel. C’est le lourd anniversaire. Il ankylose. Je suis une grosse mémère à hauteur d’enfant.