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vendredi 11 mai 2018

Voler ! Et mais le monde des choses

Jouer et danser
L’invisible,
Jongler et dompter
Le pensé,
Pesé
Soupesé,
Modelé,
Pâte à tout faire,
Souple,
Agile,
Argile à tout dire,
Simple,
Abile,
Grand A,
Fier
Provocant,
Grand jeu des mots
Sans les choses,
Pensé
Aiglé
Roi des airs,
Voleur
Virevolteur,
Talent aiguisé,
Regard aigu,
Ultrasons
Inaudibles,
Imperçus,
Danse-silence
Avec l’impalpable.

En plein plane,
La claque
Et sans vergogne
Les choses
S’imposent,
Robustes,
Sûres d’elle,
Un peu moqueuses.
Le grand jeu
Est fini.
Ranger ses ailes,
Ranger sa tête,
Ranger l’apesanteur,
Un peu de bon-sens
S’il vous plaît !
Mais les mains et
Tout le corps
Recroquevillent,
Ne plus toucher à
Rien,
Rangé si fort
Que moignons
Etrécis
A la place.
Tronc démembré,
Mi-membré,
L’aigle royal
En grand handicapé.
Les choses s’imposent,
Et la peur mange
Les mains
Les pieds,
Ne plus toucher,
Les choses sont
Les plus fortes !
Rien ne les arrêterait.
Elles crient à
L’imposture,
Et rameutent
Gravité,
Poids mesures
Et toutes les lois.
Pétrifiantes,
Raides
Comme la justice,
Et pourtant,
D’autres certains
Avec elles dansent
Tout aussi fort.

Apprendre
Encore encore
Comme un enfant
La danse des choses.
Laisser repousser
Pieds mains
Et le désir.
Apprendre
À toucher,
Puis saisir,
Empoigner
Provoquer
Corps à corps
Le monde des choses,
Le vrai
Dit-on.
Oser l’entrer
Et
Le danser
Voler
Aussi
Souple et
Abile
Que l’invisible pensé.
Et vivre
Tous les mondes.
Handicapé
Ressuscité.



mercredi 3 janvier 2018

Les cerbères intra-tripes

Lâche prise !
Décroche !

Ils ne croient pas si bien dire.

Lâche proie.
Décroque.

Voilà la réalité qui se cache derrière
un sourire
bien appris,
sagement brandi
à tout bout de champ.


Ils disent
qu'il ne faut pas
qu'on ne doit pas
qu'il n'y a qu'à
catapulter
décadenasser
et
décaniller
cataclismer
en liberté.
Catastrophe pour les normopathes.
Délectation pour les classiques névropathes.

Mais mais !
Il faut savoir à qui l'on parle,
quand on.
Parce que
derrière,
un sourire
bien appris,
sagement brandi
à tout bout de champ,
peut grogner
dans sa muselière
un vrai cerbère.
Complètement inattendu.
Complètement maquillé
et tu.
Mais vivant.

Alors,
le slogan de l'époque :
« lâcher prise ! »
« laisser exprimer votre être profond ! »
et tout le tralala expéditif,
recuisinons-le
chacun à notre sauce.
Remettons-y notre grain de sel,
propre et unique.
Car Cerbère ne ferait certainement pas
bon ménage avec le monde
des
vivants,
si normophiles,
quand pas tout à fait
normopathes.

Alors pesons nos mots quand
un « Relax ! » nous échappe,
un « Cool ! »,
un « Zen !
Car je peux,
en connaissance de cause,
vous dire
qu'un Cerbère attend
son heure
au cas où,
sait-on jamais,
au creux de mes tripes.
On dit « Apaise-toi ! »
mais la rage qui bave aux lèvres des trois
têtes du gardien carnivore
leur est
tout à fait
inconnue.
Ils ne savent pas
et prévenir ne sert de
rien.
On ne croit pas à la suprême qualité
d'un masque.
C'est la vraie seule vraie, me dit-on.

Alors j'en conclus,
avec déception,
mais certainement pas pour la première
ni pour la dernière fois,
que mes plus proches ne me
connaissent pas,
n'ont pas compris,
n'ont pas du tout compris,
entendu
le fond de l'être,
même avec des mots.
Je suis déçue
sans être surprise.
Je pense à lâcher non pas prise
mais la bête.
Et mes plus chers
mesureront
l'ampleur de
ma fureur.

Quelques-uns,
trop perspicaces,
trop intelligents,
il ne fait pas bon être un surperformant,
ont vu et senti.
Ils disent des mots
qui résonnent juste avec
le brasier interne,
se délestant en quelque temps
de l'apparence
sociale.
Sourire.
Ils disent sans filtre
la brutalité
que j'essaye en vain de
dompter.
Ils la connaissent de
l'intérieur,
tout simplement.
Les colériques chroniques,
avec de jolis mots.
Les enragés invétérés.
Dans de beaux draps
qui font trop
croire.
Qui leur corsètent la gorge.
Et qui leur sauvent les miches.
Aussi.




mercredi 27 décembre 2017

Quand l'artiste n'est qu'un homme ; La Promesse de l'Aube, Romain Gary

L'on admire
l'artiste.
L'on salue
le talent.
L'on vénère
la main sûre
qui a écrit et frappe,
train sans arrêt,
les omnibus ne sont pas
pour cette main,
du premier coup,
direct,
K.O.,
Ok, je jette l'éponge,
le combat n'a plus de
sens,
on ne se bat pas contre ces
êtres-là,
magiciens,
faiseurs de rêves,
prometteurs du
nôtre,
de tous.

Et puis,
l'on réveille
l'homme,
l'on atteint
le réel,
l'on touche
la vraie vie.
Et le magicien,
non ne déchoit pas !,
on n'attend pas de lui qu'il
soit
aussi
magique
que ses
pouvoirs ;
le magicien est une
plaie,
béante.
Il accomplit sa
tâche,
lui-même sali
de la douleur des autres,
ceux qui l'ont élevé,
ceux qui l'ont planté dans
le grand jardin
des maux.


L'artiste est
un ennemi dévoué,
intime
de la folie.
Il porte
et ploie,
en meurt
parfois,
en hurle
toujours.
C'est un martyr,
qui fait de son sang
l'encre magique,
de sa plaie
la page et ses mots
gribouillés
incompris,
insondables,
le direct en pleine
face.

jeudi 16 novembre 2017

Rêvez avant d'agir !

Trop beau pour
ne pas être
vrai.
Trop beau pour
ne pas tomber
dans.
Trop beau pour
laisser
échapper.
Cela ne se voit pas,
ne s'attrape pas,
ne s'entend pas,
ne se marche pas.
C'est tout dans la tête,
arrête de rêver !
Ça diffuse comme un
bon thé rouge
dans toutes les veines
et affluents.
C'est bien beau de rêver mais ça nous avance pas !
Longtemps, j'y ai cru.
Mais Messieurs Dames,
je vous annonce tout le contraire.
Rêver est le début de toutes les
aventures
découvertes
rébellions,
ébullitions
depuis des siècles d'humanité.
Sans le rêve,
je ne suis pas réelle.
Sans rêve,
rien de sûr.
Le rêve ne joue pas
solo.
Il fait toujours la passe.
Et la matière s'anime.
Rêvez avant d'agir !


mercredi 19 juillet 2017

Émue enfin

L’habitude d’être intelligemment
Émue,
Comme il faut,
Ou pas,
Quand la tête s’y refuse trop
Expressément,
D’être esthétiquement
Émue,
Sans grand danger,
Sans obligée de relation,
L’habitude d’être consciencieusement
Emue,
En bonne humaine,
En bonne femme,
Au moins un peu conforme.
Parfois quand même,
Pouvoir dire que
Putain ça me fait ni chaud ni froid désolée mais pas concernée !
Le dire aux bonnes personnes,
Et pas trop souvent,
Tourner avec l’humour,
Sauf bien sûr avec les quelques âmes sœurs
Où pas besoin de filtre
Et ils sourient ou même rient franchement.
Un T’es folle jt’adore
A l’appui.
Ca c’est
L’habitude décennique.

Et puis,
Le drôle de jour

Pour un lot de 15
très bonnes raisons
Qu’on n’explique pas
Ici,
Même en vrai,
Trop long,
trop intime,
Pas vraiment utile,
on parsème
Des explicitations bien dosées
Par-ci par-là
Chacun la sienne,
Comme ça on a bien placé son trésor,
Lieux sûrs et dispersés bien.
Ce drôle de jour,
On parle,
Trop,
Beaucoup,
Tout cavale dans la bouche,
La langue est une coureuse
Elle tient le rythme sans problème,
On a les larmes à fleur de cils
Tous les quarts d’heure,
Putain c’est quoi ce bordel !
Emue
Intelligente,
Esthétique,
Consciencieuse,
Mon cul oui !
Emue avec les tripes
Les côtes
Et tous les sens,
Frissons.
Emue,
Comme on n’a jamais voulu l’être,
Parce que ça fait mal
Et pour rien d’autre.
Parce que c’est trop,
Ca déborde,
On sait pas faire avec.
Il faut s’en remettre.
Oui, c’est vivant comme rien d’autre,
Oui, ça nourrit pour tout un jour,
Besoins assouvis,
Pas de steak frites à happer,
Pas de banane split en vue.
Et comment on fait ?
On pleure ?
Tous les quarts d’heure ?
On fait peur à force ?
On se fait peur.
On se vide.
On vomit tout.
Pourquoi est-on si faible ?
Fragile ?
Porcelaine de mémère à deux balles ?
Le drôle de jour

On pourrait se détester,
Se désespérer,
Et où on pense aux paroles
Des
Âmes sœurs :
Putain mais lâche bordel ! LACHE !
Où tu crèveras en ayant accompli ça oui
Mais pas vécu.
Fausse vie.

dimanche 9 juillet 2017

Le silence ou la mort

Chacun se tait,
Chacun s’imagine,
Chacun reprend son monde
A lui
Lui seul
Seul et unique
Unique impartageable
Impartageable blanc
Blanc ou noir
Noir parfait
Parfait sans taches
Sans taches ni vie
Ni vie ni guerre
Ni guerre ni foi
Ni foi ni loi
Loi du plus fort
Fort comme un rien
Rien circulaire
Circulaire narcissique
Narcissique sans ami
Ni ami ni famille.
Le monde que personne
Jamais
(Le vrai jamais)
Ne connaitra,
Qu’on se le dise,
Qu’on se l’avoue,
De temps en temps,
Pas trop souvent
Parce ça saigne le coeur.
Quand chacun se tait,
Ce monde se rappelle à nous,
Et l’on se souvient
Qu’on a tout ça
A ne partager.
Alors gueulons merde !
Même pour dire des conneries.
Pour oublier cette solitude
Interminable.

dimanche 9 avril 2017

On ne peut pas plaire à tout le monde

Que toutes les armures soient
dénouées !
Lourdes et confortables armures,
à terre,
dans un grand fracas,
habits de fer,
connues,
reconnues,
prévisibles,
dirigeables.

Que tous les masques soient
mis à bas !
Beaux et raisonnables masques,
sur table,
comme cartes,
dans un fabuleux effort,
faux sourires,
clairs et nets,
comme il faut,
jamais trop,
chiens fidèles.

Que le vrai visage soit
mis à nu !
Celui qui surprend toujours,
plein de rides
et de grimaces,
de rires
et de larmes.
Celui qui se fait
adorer et détester,
celui qui n'a pas peur
d'admettre.

Affronte,
regarde dans les yeux,
avoue ton impuissance,
ouvre les mains tout grand,
sans fard ni pirouettes.
Aimée ou pas,
tant pis.
On ne peut pas plaire à
tout le monde.
Et enfin,
peut-être,
après cela,
éprouveras-tu la liberté,
ni bourreau
ni victime.
Jamais parfaite,
jamais toute à jeter
non plus.
Juste humaine
et en douceur
avec toi-même.

mercredi 3 février 2016

L'imposteur

Je suis l’imposteur
Imprévu
Invoulu
Inconnu.

On l’aime.
On l’admire parfois.
On approuve.
La fausse personne.

Je crie la vérité
Pourtant.
Je crie a l’injustice.
Je hurle la lucidité.
Pour qu’on ne se trompe pas.

Je suis l’imposteur
Qui n’a pas même de
Féminin.
Je suis le coucou
Voleur
Au sourire
Charmeur.

Je regarde droit dans
Les yeux.
Je ne baisse pas la tête.
Je ne voile pas la face.

Je tente le diable.
J’ôté tous les atours.
Je dénoue les belles boucles.
À bas les cache-misère.

Je crie
J’écris
Et je répète
L’imposture
Oubliée.

Je quitte le petit coin.
Je quitte le fond de la classe
Et le chaud radiateur.
Je monte nue sur l’estrade.

Je me sens enfin
Vue
Entendue
Imposteur.

Le cache-cache
A cessé.
Les livres sont
Abaissés.
On n’en est que plus
Fier.
On continue d’aimer.

Je suis imposteur
A mon Coeur.
Je n’ai que mes yeux
Noirs
Pour entendre
L’écart,
Là grand écart
Sans jambes.
Le grand écart
D’entrailles,
Tiraillés
 Ecartelées
Sous toutes les couches
Des corps
Des peaux,
Des mondes.

lundi 20 juillet 2015

Poubelles magiques

J’écris toutes les
directions,
toutes les
trajectoires.
Tous les
pOssiBlesssss
que j’aimerais essayer.
Les milliers.
Déjà rien que ceux qui me
chatouillent
Et tous les autres que je ne sais pas
im
a
gi
ner.

J’écris toute la
palette
pour ne plus écouter le réel qui
manque.
Choisir et faire deuil.
S’engager et renoncer.
Un choix au lieu des dix milliards de possibles.
Travail famille patrie.
Bien sûr que j’aime
plus que
tout
dans
la nature l’arc-en-ciel.
On y trouve l’entier.
La formidable poubelle des couleurs.
On n’a plus rien à
chercher,
peut-être,
plus rien à
désirer. Je suis comblée face à l’arc-en-ciel.
Il est lui-même issu de deux possibles
contradictoires :
la pluie et le soleil.
Il nargue bien
les réalistes,
les décidés.
C’est l’étendard des
douteux.
« Oh moi ! (les mains grandes ouvertes inoffensives, je ne me prononce pas. Non que je sois un lâche mais tout est vrai et possible d’un certain point de vue. »
Le plus troublant,
même pour les plus douteux,
reste le double
ou triple arc-en-ciel.
Les arcs-en-cieux.
Alors je me dis
et ne suis sans doute pas la seule,
que le tout-possible-arc-en-ciel
lui-même !
se démultiplie
et
se
déplie.
mais j’ai, nous avons donc
bel et bien raison de
balancer,
tournicoter
et choisir
toujours malgré nous..
Nous sommes les réalistes.
Non pas bien sûr les
concrets Vlan !
Mais oui les réalistes.

J’écris de toutes les
couleurs,
tous les mots,
toutes les combinaisons
qui s’offrent à moi.
La mort en rose
et le mariage vert pomme.

J’écris et j’explore,
du moins, j’ouvre la porte de
toput
ce qui pourrait et
aurait
pu.
Sans aller jusqu’au bout,
je ne dispose que d’une
vie.
Mon cerveau et mes muscles
réclament,
de plus,
le dodo quotidien.
Que c’est agaçant cette nécessité
d’immobilité
et d’apaisement.
Tous les jours que
Dieu
lui-même
fait.
Remarquez que le rêve est une formidable poubelle magique,
lui aussi.
Au contraire !
quel gain de temps si je pouvais me rappeler
toutes ces
incongruités potentielles !
Mais la vie est une !!
Elle ne me ne nous
laisse pas nous saisir de
ce trésor.
je n’ai que le droit d’en connaître
l’existence
et d’en
ex
tir
per
précieusement
quelques
bribes.
A moi d’en faire mon miel.

Alors,
tous les êtres
que je vois,
sens,
entends,
suis,
je les dessine à la lettre.
Je construis
les arcs-en-cieux
des êtres
et du monde,
de moi-même bien sûr.
Nous,
douteux narcissiques,
restons,
avouons-le,
fascinés de

lundi 30 mars 2015

La faiblesse et la force

Déterminer
où est le bon
où est le faible ;
examiner
le viable
l’handicapé ;
fouiller les êtres
à la recherche
des plus
des moins ;
établir deux
jolies colonnes,
proprettes
idiotes
et calmes ;
coller des
sparadraps
pansements-étiquettes
mutifonctions ;
ranger
et entasser
du plus grand
au plus petit
pour un équilibre
parfait.

Ou alors,
on peut aussi…

être à terre
tant on se sent
fragile.
Moi et d’autres
nous sommes
roulés
dans la terre
et parfois les ordures.
Parce qu’au moins là
était un fond.
Jusqu’au jour où,
infortunés,
même les poubelles
et la planète
ont cédé
sous nos derrières
bourrés
de coups.
Moi comme les autres,
on n’a pas cru qu’on
pouvait
descendre plus bas.
Mais il n’y a pas de limite
si ce n’est celle fixée
en désespoir.
Alors l’ivraie et le bon
vin ne font qu’un.
Même soi,
on n’est sûr de rien
de ce qu’on est.

Passent les ans à se mettre
debout.

Et surgit un jour,
l’image de
l’escalier colimaçon,
on aurait bien
envie
aussi
de parler d’escargot.
Avec un peu d’orgueil quand
même.
L’escargot fier
et complexe.
On voit aussi une vis
qui s’enfonce
dans un meuble
le fend
et se fond.
On se voit
danseur étoile
pirouettant sur soi-
même
jusqu’à devenir
un tournoiement
indistinct.
Et surtout
l’escalier colimaçon,
comme dans les histoires
magiques
de
citrouilles cabanes
et arbres multicolores.
L’escalier colimaçon
fait d’écorces d’arbres
multicolores ;
a base de vert.
Une lourde écorce
malléable et
enveloppeuse.
De conte.
De lutins et
de fées.
De forêts enchantées.
Parce que voilà
pourquoi :

Au départ est
un être chétif,
malingre,
comme attendu,
malaimé
et honteux.
Son tableau
est entièrement
gris.
Avec de belles nuances
chaudes.
Mais toujours tristes.
Il pousse en lui,
de tous ses pores,
entre les orteils
et de tous les
trous,
une plante
maléfique.
c’est celle qui
l’empoisonne.
Il lutte
comme un
forcené
pour
l’éradiquer.
D’arrache-pied,
il élimine
la mauvaise
graine.
C’est un labeur
du jour et la nuit.
Il ne ménage
aucun effort.
Tout demeure
gris
et souris.

Cela dure des années qui
paraissent
des siècles.
Il pense
à l’Apocalypse,
il ne trouve pas
cela si
grave.

Imperceptiblement,
le tableau
laisse
entrer
quelques taches.
De plus en plus.
Très,
lentement.
Très,
lentement.
Mais cela ne s’arrêtera
plus.
Parallèlement,
il étudie
la plante.
La phase d’observation.
Sans les mains.
La phase des hypothèses.
La phase d’expérimentation.
Avec les gants.
A mains nues.
Jusqu’au jour
tout le spectre
lumineux
s’est invité au
tableau
et où
la plante a poussé
pour le
bercer
et l’ennoblir.
Peu à
peu,
il a viré de toutes les
couleurs,
habillé de son arbre
vert
en colimaçon
tout autour de son
être.
Il est de la forêt
magique,
il rit
et il éclaire.

Passent les ans à réfléchir
ce monde.

Puis,
il recommence
à griser.
Il s’éteint.
A nouveau.
Retourne à ses
démons.
L’arbre
devient ronchon
parfois.
Il avait pourtant
tout trouvé !

Passe une longue année
à se creuser
la tête.

La tête n’arrive à rien.
Un jour, il sent
que
définitivement,
il a laissé
entrer
la plante au tableau.
C’est la métamorphose.
il se va à lui-même.
Il a cru qu’ils
étaient
deux.
Il s’est trompé.
A eux deux,
ce n’est que lui
et il touche enfin
parfaitement
tous les creux
et rebords
de sa coquille,
la sienne
et la sienne seule.
Plus jamais,
il ne verra
son arbre.
Mais il sait qu’il
est là.
Lui, la plante maléfique
et les malheurs.
Ils sont là
et parfois
ils ressortent
pour un duel
ou une petite guerre
orchestrée.

Sa faiblesse
est sa force.
Il l’a laissée
fondre
comme un vieux
camembert.
Il l’a laissée
œuvrer.
Il a rouvert les yeux.
Le colimaçon est
désormais
à l’intérieur,
dans toutes ses artères.
Il a l’air d’un
lutin,
un vrai de vrai.
Et ses yeux noirs sont
bleus.

lundi 24 novembre 2014

Temps (3)

            Le temps a été jusqu’alors comme un énorme pavé dans la mare, une énorme pierre, le boulet qu’on ne peut pas tirer ni pousser, qui parfois bouge sans raison évidente, sans direction cohérente. Du moins, c’est ce qu’on croit absolument.
J’ai toujours détesté le temps. Mon absolue incohérence car je ne suis rien sans lui. Mais ça a peut-être été très longtemps ma façon de m’en accommoder. Une donnée incontournable, que je n’ai pas affrontée, autour de laquelle j’ai fait le satellite sans contact, en observation aigrie. J’en ai fait mon ennemi puisqu’il fallait bien faire avec. (Il l’est encore la plupart du temps.) C’était mieux que de nier. Et c’était douloureux. Et la douleur c’est mieux que la mort. C’est encore du vivant. Et pas de cynisme là-dedans. Une réalité humaine.
Le temps a été la pierre qui me tirait vers le fond, vers le noir et la tristesse. Je le voyais ainsi. Une plaie.
Ma plaie.
Ma tyrannie.
Les minutes à compter.
Les minutes qui ne passent pas.
Les secondes qui s’étirent, prennent tout leur temps pour s’éveiller.
Les heures auxquelles on ne préfère pas penser.
Bien sûr que mon temps est traumatisé.
Je l’ai torturé. Je ne l’ai pas laissé reposer à ma cheville tranquillement en prisonnière modèle. Je l’ai fait obéir et il s’est alourdi toujours plus chaque jour, me renvoyant en boomerang mon combat. Ni lui ni moi n’avons rien gagné à cela. J’ai voulu l’asservir. J’ai voulu asservir toutes mes contingences à ma volonté d’acier, brillante, aux crocs acérés et découverts.
Asservir l’espace et ne tenir que la place que je voulais prendre, pas plus pas moins, Exactement cette place dans l’espace, si précise qu’elle tenait aussi en une toute petite seconde et qu’il fallait se battre pour sauter de seconde en seconde. Les gens sont des êtres d’heures et d’années. J’étais devenue un être de seconde, un point, sans épaisseur et sans rythme. Tout me résistait et je résistais à tout. Mon espace-temps était devenu mon adversaire. Au lieu de le subir, je me suis retournée et séparée de lui pour le frapper et le boxer sans arrêt au moyen de l’immobilité sans épaisseur. La morte-vivante. Les deux, morte et vivante. Impossible à dénouer dans ces deux visages. Utiliser la mort pour rester en vie. La plus immense apparente incohérence. Et pourtant si fréquente quand on y regarde de plus près.
Asservir le corps et tous ses besoins. L’empêcher de s’asseoir dans son espace et son temps. Lui interdire le droit de séjour dans la vague des heures.
Tu seras un être de seconde.
Tu seras un être pointu et aiguisé.
Tu seras ce que je te dirai.
Tu seras acéré comme un sommet de montagne.
Aussi digne que cela.
Aussi seul et unique que cela.
Aussi inatteignable et dangereux que cela.
Et le temps sera vaincu.
Le temps qui ne doit être qu’une circonstance est devenu un objectif. Le temps est une conscience sourde. Il a toujours été relativement bruyant pour moi. Il est devenu criard lorsque je l’ai pris entre quatre yeux. Il n’a pas supporté le face à face. Moi non plus, mais j’ai lutté pour croire que j’y gagnerai le trophée.
Est demeuré depuis toutes ces années ce litige d’une violence inouïe avec le temps. Ma rage parfois contre ses heures qui me retiennent et m’ennuient à en mourir m’emplit et déborde. Je mange pour l’endiguer. Pour lutter encore. Pour ne pas accepter de me laisser toucher. Parce que cela m’écœure.
Parce que j’en vomirais toutes mes viscères et vide, je serais encore moins.
Parce que je ne serais plus qu’un bout de peau flasque inutile.
Parce que l’épaisseur aujourd’hui acceptée serait aspirée brutalement.
Elle est transparente ma bataille avec le temps. Elle ne se voit en rien. Avec l’espace, j’en ai un peu fini. Celle-là s’est vue. C’était sa belle particularité.
La bataille avec mon temps passe à la trappe si les mots ne la pose pas quelque part. Elle s’évanouit effacée par le temps lui-même, ce traître.

Et puis, je perçois peu à peu que le temps n’existe pas vraiment. J’en ai fait un monstrueux paquet, parfaitement carré. Un énorme colis plein de béton et d’acier, complètement compact. Devant mes pieds, devant mes pas.
Mais non ! il y a mon temps et c’est tout. J’ai banni mon temps de mon esprit. Je ne pouvais pas m’inscrire en lui et m’accoupler avec lui. Puisque c’est bien cette impression de pénétration qui m’a tant fait reculer et lutter.
Le temps serait l’homme qui me pénètre malgré moi.
Le temps serait un violeur.
Le temps serait mon dominateur incontestable. Je me retrouverais à nouveau prise au piège comme dans cette enfance honnie.
« Le temps est un enchanteur et pervers. Il tourne autour et caresse pour attraper et violer. Le temps est mon ennemi juré. Jamais ô grand jamais tu ne lui cèderas, femme fragile ! Jamais tu ne seras à nouveau une poupée, une plante qui se tait et supporte.»

J’ai accepté d’être avec l’autre, avec un autre. Pas seulement à côté, mais seule surtout, quand je veux comme je veux. Fais que je veux !
En adulte qui croit toujours ne pas savoir dire non.
En adulte qui croit que les autres sont plus forts.
En adulte qui croit que les autres nous mangent.
En adulte qui croit que laisser toucher c’est se laisser mourir.
En adulte encore toute petite fille qui n’est pas passée au suivant.
J’ai désormais accepté d’être touchée jusqu’au noyau infrangible de mon être. Il n’appartient qu’à moi mais il n’est plus fermé à double tour. Je croyais déjà avoir tout ouvert. Et le temps restait mon ennemi douloureux. Je ne comprenais plus ce qu’il fallait ouvrir.
La pudeur.
La colère.
La honte d’aimer.
L’impression du ridicule du sourire au visage de l’autre.
Voilà celles qu’il fallait ouvrir. Comme souvent, je n’y avais pas même pensé : elles m’étaient parfaitement constitutives. Et finalement, je suis davantage que cela. Je suis un être d’heures et d’années qui s’ignorait jusqu’à peu. Je suis, sans avoir besoin de savoir et comprendre par quelle mystérieuse révolte.
Etre est un fait. je crois que je croyais ne pas être vraiment.

De l’eau tout autour de mon corps. Les membres qui glissent en elle. Ni sur. Ni contre, quoi que, pourquoi pas contre. Les ondulations qui se plient à moi. Moi qui me plie aux règles de l’eau. Cette si chère image de l’eau maternelle régressive. Pas envie de l’avouer. Mais cette douceur est bien celle d’un autre temps, quelque chose de puissamment vivant. L’eau maternelle à laquelle s’adjoint à un moment, alors que je suis allongée, les yeux au ciel (le plafond carrelé de la piscine…), mon temps. Ce n’est plus le temps et sa terrible abstraction. Il s’agit là de mon temps, le mien et pas le leur. C’est-à-dire mon temps singulier et ma mort. je ne suis qu’une vie. le temps comme un boulet et énorme colis m’empêchait de mourir. Il m’empêchait aussi de vivre. Si je veux vivre, je dois être dans mon temps et ma mort jusqu’au bout. Elle sera toujours là. c’est le boulet de mon temps.