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mardi 28 février 2017

La vie à l'envers




La grand-mère est une tête brûlée, vieille comme Hérode, fripée de partout, on se demande d'ailleurs comment elle est encore vivante, si elle l'est vraiment, jusqu'à ce qu'on l'ait entendu parler. Elle se déplace avec son déambulateur et là, finalement, c'est pour presque tout un chacun le signe qu'elle est foutue, qu'elle n'a plus à vivre que des jours atrophiés, maladifs, épuisés. C'est ce qu'on croit quand on la voit et qu'on n'a jamais été vieux ou qu'on pense ne jamais l'avoir été parce que, qui nous dit qu'on n'a pas été dans une vie antérieure un vieux, très vieux tout déglingué, même alité des année ? Mais voilà des choses qu'on oublie, qu'on oublie et qui nous font croire que cette grand-mère en a fini avec la vie. Pourtant, répétons-le, c'est une tête brûlée, c'est une aventurière. Vous riez ? Parce qu'une aventurière n'a pas de déambulateur ? Eh bien détrompez-vous ! C'est au contraire bien plus aventurier que d'être un ado plein de fougue et de vivacité qui se fait raser les fesses par une voiture à toute berzingue. Un connard ! Qui ? Les deux d'ailleurs, le jeunot qui joue au Musclor alors qu'il ne prouvera certainement rien à personne puisqu'on sait qu'il peut éviter le danger de par sa jeunesse ou le chauffard stupide, connard au dernier degré qui croit que ses couilles vont gonfler et lui assurer une plus grande virilité en appuyant comme un furieux écervelé sur le champignon. Le pire, c'est qu'il vous dira qu'il ne fait pas ça pour ça et qu'il aime la vitesse. Bien sûr qu'il ne vous dira pas qu'il fait ça pour ça, il a un minimum de fierté sinon de bon sens. Ca, il n'en a pas un sou. Il faudrait qu'il soit moins préoccupé de son ptit cul et de ses biceps ridiculement gros sur ses jambes maigrelettes. Il dit qu'il aime la vitesse et c'est tout, il se vexe tout de suite comme un gamin pris en flag', à 45 ans. Il est d'une immaturité atterrante. On a envie de lui rire au nez mais pas sûr que cela soit bien prudent parce qu'encore une fois, le cerveau n'est pas au top... Bref, Revenons à notre petite vieille, qui fut peut-être une grande, qui fut peut-être importante ou même éblouissante mais qui, aujourd'hui, elle, n'a plus besoin de s'en vanter. Elle a fait tout ce qu'elle avait à faire. Elle a accompli ses rêves. Comment je le sais ? Ca se voit merde ! Elle sourit, elle se balade, elle observe le monde, les gens. Elle n'a besoin de rien. Elle ne pense pas à ce qui pourrait être encore mieux, encore plus. Elle n'en est pas ou plus effleurée. Peut-être, là encore, qu'elle a été une grande ambitieuse, qu'elle a voulu conquérir et tout gagner. Mais aujourd'hui, elle en est revenue et elle est sereine. Je ne dis pas que tous les vieux sont sages, loin de là. Parce que je vous vois venir à critiquer et dire que c'est pas parce qu'on est vieux qu'on est apaisé. Bien sûr que non ! N'empêche qu'il y a plus de gens sereins chez les vieux que chez les jeunes à fond la caisse. N'est-ce pas ?! Sûrement qu'elle a été beaucoup moins zen, avant. Evidemment. Bien évidemment. On ne peut être ainsi qu'à cet âge avancé. Le seul avantage. L'un des avantages. Tout dépend du point de vue.
Cette grand-mère-là est quand même une tête brûlée. Elle aime rire, provoquer. Elle aime, non véritablement le danger, mais quelque chose comme la sensation , de temps en temps. C'est pour ça que, sûrement, elle a été une ambitieuse. Plus on y pense et plus on y croit. Tout se tient. Les choses se tiennent quand on y regarde à deux fois. Et avec son déambulateur arc-en-ciel, elle nargue déjà nombre de ses concitoyens. Ils la regardent narquois, mais quand elle lève les yeux sur eux, ses yeux noirs ébène, ses yeux d'Africaine qu'elle n'est pas, ils remballent vite leur sourire et constatent qu'elle les coifferait au poteau s'il y avait une lutte, une vraie lutte, on s'entend, une lutte d'humain à humain, pas de biceps à pectoraux sans esprit et sans véritable dignité. Elle serait capable d'assassiner et il n'y a pas nécessité d'être un génie pour le comprendre en un éclair. Même les plus idiots la laissent tranquille.Voire ! Voire, la respectent. C'est dire !

Notre Monique, Simone, Jacqueline ou autre, se balade. Elle ne trottine pas, on s'en doute. Pas de jolie démarche, pas de courbettes souples. Une courbe dure, oui. Qui l'affaisse mais contre laquelle elle se bat comme un chien enragée. C'est une furie si elle le veut. Elle ne changera pas ça ! Sereine mais jamais sans se battre. Elle n'est pas jusqu'à recroquevillée. Mais elle pourrait, dans un avenir proche. Les médecins racontent pleins de choses, on le sait, pleins de belles choses, qui très souvent n'arrivent pas. Ils ont souvent raison aussi. Aussi souvent qu'ils ont tort. Alors, elle attend de voir. Une fois encore, bref. Monique-Simone-Jacqueline se balade et l'on fait des travaux par chez elle. Pas juste à côté, quoi que ce ne serait pas si grave, elle monte le son de la télé dans ces cas-là et zou ! Elle n'entend que ce qu'elle veut. Elle a eu 80 ans pour affûter ses filtres et ses barricades. Tout cela est magnifiquement efficace. Mais elle doit attendre un peu plus longtemps au feu. Bien plus longtemps pour être honnête. Il est devenu un peu interminable et voilà le seul point noir de la sérénité de notre petite vieille. Elle supporte très mal, même si mieux, l'attente aux feux rouges. En voiture, elle a fini depuis un bail, elle n'y voit plus que dalle. Mais même à pied. Elle trépigne et ça picote dans les jambes et tout le tralala. Elles commencent à danser toutes seules et c'est très agaçant, tout de même. Alors, ce jour-là, Monique-Simone-Jacqueline souffle et joue sa tête brûlée en riant sous cape. Pas besoin de se cacher de toute façon puisque le cou penche sérieusement sur le guidon du déambu. Elle a écouté et vérifié avant de se lancer, un petit peu, un tout petit peu, c'est suffisant. Il n'y a personne à cette heure-ci et elle poireaute comme une idiote alors elle descend le trottoir et la voilà sur la chaussée. Les flics, elle s'en contrefiche, ils ne disent jamais rien aux vieux. En plus aux femmes. La vieille femme est protégée par toutes ses faiblesses et vive la discrimination positive.
Sauf qu'un hic toque, vous vous en doutez, sinon cette histoire ne servirait à rien.
Ce n'est pas l'heure des travailleurs mais c'est l'heure des mecs bourrés. Les mecs, incluant hommes et femmes bien entendu. Une jeune femme arrive en trombe, dans cette longue ligne droite de ville, que personne ne craint, qu'on soit en déambu ou en béquilles. Elle arrive en trombe, a trop bu parce qu'elle est au bout du rouleau. Son mari s'en tape une autre, moins flétrie, même si elle n'est pas vieille, elle, et surtout moins vergeturée puisque pas d'enfants. Elle, elle est maman et puis c'est tout alors aujourd'hui elle est aussi bourrée. Et elle ne voit rien, elle pense à ses malheurs et elle entend un fracas de tous les diables avant même d'avoir vu quoi que ce soit, parce qu'en plus elle changeait la radio à ce moment-là. Elle était enfin au calme et ça n'était pas arrivée depuis des mois. Elle se sentait enfin moins dégueulasse et moins soumise. Pour la dernière fois de sa vie, malheureusement. Elle a renversé la vieille et son déambu. Elle pile. Elle n'a rien vu, putain ! Elle n'a rien vu !! Elle n'est pas si bourrée que ça quand même. Elle n'a rien vu.
Elle est criminelle.
Elle est crimin
Elle crinimel
elle vomit
elle s'évanouit
elle ne sert plus à rien.
Monique-Simone-Jacqueline a les deux jambes en équerre et les yeux furibards. Elle a hurlé au choc et elle a senti le bitume sous elle. Elle ne s'était jamais allongée sur le bitume, cette tête brûlée-là. Comme quoi, il n'y a pas d'âge pour faire des découvertes. Ce n'est pas agréable mais ce n'est pas affreux. Ca gratouille, c'est plutôt drôle. Le reste, pour être franche, elle ne le sent plus du tout. Elle essaye de regarder mais elle ne peut absolument pas bouger. En réalité, elle a les deux jambes en équerre, qui tracent un W ensemble. Elle verra les photos après et elle se dira que le sort est ironique. Elle n'a aimé personne tant que Wilfried, le frère qui meurt en plein vol. Elle a aussi volé peut-être. Mais sans doute pas, car le déambu est un déambu de compèt' et qu'il a amorti le choc. D'autant plus que le chauffard allait doucement, très doucement. C'est aussi pour ça qu'elle ne s'est pas méfiée. Peut-être qu'il dormait au volant.
Elle s'inquiète. Ca s'agite beaucoup autour de la voiture. Elle a entendu vomir. Elle, elle avait déjà vomi toutes ses insultes de Connard, Enculé, Va te faire foutre, Pauvre attardé etc. Elle avait fait rire les pompiers et passants mais quand ils avaient croisé son regard, ils avaient tout de suite repris leur sérieux. L'effet œil d'ébène furibard.
Quand même, Monique-Simone-Jacqueline se dit : « C'est la vieille qui attend gentiment sur son bitume, alors que le jeunot oh non ! C'est une jeune femme ! La jeunette est en train de clamser.  La vie est une pute. »
Et elle se met à chanter La vie en rose.

dimanche 29 novembre 2015

L'accident-éléphant

L’énorme accident.
L’accident d’éléphant.
L’accident pire que tous les
Carnivores.
L’accident qu’on ne sait pas
Imaginer.
Dénaturé.
Innaturel.
Pas pour se nourrir,
Non non non !
Sûrement pas !
Pas pour s’apaiser.
Pas pour se venger
Et basta.
L’accident presque
Maléfique.

L’on ne peut qu’
Invoquer Dieu
Et ses conneries,
Ses putains de couacs.
J’aurais voulu vous
Épargner
Mais la vie est ainsi
Pute.
C’est
L’accident de trois
Cars
Et dix
Voitures.
Dire qu’il y a des corps,
Pas vraiment non.
Il y a des
Morceaux.
Et l’on doit continuer
De penser
Que ce sont des
Bouts
De congénères.

Les trois conducteurs
Endormis
A la même seconde
Et les voitures,
Ben,
Elles tiennent pas la
Route,
Face aux monstros.
Quant aux humains,
Des petits prouts
Minables.
On dit à ce moment-là
Qu’une vie c’est
Sacrée.
Moi, primo,
Je demande où donc est Dieu
Là ?
Deuxio,
Bien sûr qu’on dit que c’est
Sacré,
Sinon,
Ça fait gerber
Et pas pleurer
La mort.
Remarquez qu’on peut faire les
Deux.
Ca sort
Quoi.
Mais bon,
Ca se fait pas
A priori
A la messe d’enterrement.

Revenons à l’accident
Éléphantesque.
Ah oui ! tout a volé
Dans tous les airs.
Tout a fait badaboum
Jusque loin
Dans les campagnes.
Et personne
N’a eu le temps de rien.
C’est ce qu’on dit
En tout cas.
C’est comme la vie
Sacrée.
Ca rassure bien.
Tant qu’à faire,
Pourquoi empirer les choses ?
Les morceaux,
C’est déjà bien
Dégueu.
Un peu d’adoucissant,
C’est la moindre des choses.
A ce moment-là,
On est bien pétrifié.
On pourrait s’enfoncer
Dans le sol.
Même bitumé.
On n’y voit plus de tableau,
Ni de scène de quelque chose.
C’est un truc.
Un accident éléphantesque.
Un accident de la jungle.
Et ca ouvre le gouffre.
La grande bouche
Dévoreuse
Des cauchemars,
Des enfants ?
Et des grands qui osent s’en
Rappeler et l'avouer.
L’accident à grandes dents.


jeudi 26 février 2015

Accident 5

Le petit matin
pointe.
Nous sommes un
lundi.
Tout en est à son
commencement.

L’angoisse de la page
blanche.
Tous les devoirs
qui nous
attendent
pour cinq jours
ouvrés.
Et le reste.
Bien sûr.

Le lundi matin
tôt
abat
son monde.
On n’est pas gai
pinson
sauf exception.
Alors,
on traîne de la
savate
qui paraît toujours plus
usée,
à ce moment-là.

Les petites routes de campagne
vides nous
ressembleraient
davantage
que la grande autoroute
dont on ne se
détourne pas
sans s’égarer
en fou.

Mais aux intenses citadins,
il est enjoint de vrombir
et accélérer
dès le tôt lundi
matin.

Le ciel est clair
comme les roses.
N’importe qui
en serait
romantique.
Presque le pire des
sadiques
aussi.
Le ciel est solidaire
de l’état d’âme
languissant.

Le monde est un traître
et artiste
implacable.
Un génie,
comme on dit.
Invivable
extraordinaire.

Les paupières en voie
inquiétante
d’alourdissement,
se redressent,
se crispent,
se figent.
Elles tirent
non sans mal
sur les yeux
qui voudraient
s’échapper
de leurs trous.
La bouche se met
au diapason.
Les narines
suiveuses.
Le cou s’étire
et entraîne
le buste.
Les seins des unes
s’écrasent
sur leur volant.
Les autres cassent les
poignets
à s’accrocher
mais reculer.

C’est une œuvre d’un
autre siècle,
un immense paysage
vivant
sans êtres pourtant.
Le ciel est un cliché
du genre.
Et sa douceur
détonne
avec le cramoisi
et acier du premier plan.
Le monde peintre
génial
a fait jurer les deux
parties.
Rose
rouge
et noir.
Et le tableau
est vampirique.
Une immense ligne
téléphonique
trace
maigrement
la différence
mais elle se fait
elle aussi
rattraper
et tacher.
Par endroits,
elle disparaît
très loin.

On ne sait plus,
en ce lundi matin
tôt
devenu vibrant
en moins de deux,
ce qui est de
terre
ou de mer.
Les bouées rouges
pullulent,
grossissent,
éclatent et puis
coulent.
Dégoulinent
salement.
L’impressionniste finira par
diluer ses jaillissements
et demain mardi,
il n’y
paraîtra
plus.
Tout sera de nouveau
propre
et
vierge.
Le monde est un
génie
sans remords.
Pour l’instant,
le tableau se poursuit.
Il se transforme.
C’est un
impressionnisme
en mouvement.

Pour équilibrer l’œuvre,
cinq points
d’attache
se distinguent.
Surtout pas cardinaux
pour la vérité animale
du tableau.
Ils se répondent
mais
ne s’égalent pas.

Cinq corps
ensanglantés
qui s’incrustent
dans les yeux
des conducteurs
ronrons
du lundi matin
tôt.
Cinq corps- bouées
flottants
poissons-volants
pour une fois
dans leur vie.
Peut-être n’en ont-ils jamais
rêvé.


Cinq
et tous ceux déjà peinturés
au sol,
ligne de terre
du tableau,
mouvante
et gluante
d’accidents
assassins.

Percussions
criantes
barbouilleuses
bariolées.

Le tableau
de Monsieur Monde
qui jamais
ne lâchera
les spectateurs
écarquillés.

mardi 24 février 2015

Accidents (4)

Deux et deux font quatre.
Personne ne dira le contraire,
même si ça fait mal au derrière.

Deux grands et deux petits
font toujours quatre,
surtout dans un Scénic
rempli à ras-bord
pour la mer.
Les deux grands passent
devant,
c’est la loi de la jungle.
Personne en queue pour
refermer
le convoi
mais cela changera-t-il
le cours
de cette douce
histoire ?
Point du tout
mon colonel !
Tout est presque
déjà écrit.
Et pourquoi donc ?
Croyez-vous que la vie
se décide comme un livre ?
Point du tout mon colonel !
C’est que vous allez
voir…
Annie et Francis restent silencieux.
Depuis 48
minutes,
ils roulent vers les vacances.
Il fait nuit
puisqu’ils ont décidé
de partir
à 22h17.
Correction intempestive :
ils avaient décidé 22h,
plus et moins 5
mais Francis est un
compliqué.
Il était prêt et
reprêt.
Il a dû vérifier les
serrures
une à une,
toutes
de la cave au grenier,
une 11ème fois.
Alors, bien entendu,
Annie a tricoté les
nerfs
pendant ce temps.
Elle a su qu’en même temps,
il passerait par
tous les robinets.
Elle était déjà assise
à la place du mort,
avec les deux petits
derrière.

Il est enfin
revenu.
Essoufflé comme un bœuf
puisqu’en plus,
il a couru
dans tous les
petits coins.
Annie le laisse s’asseoir à sa
place de chauffeur.
Il est penaud
même s’il essaye de garder
la tête haute
et froide.
Il dégouline,
en vrai.
Les enfants crient
de joie
quand le moteur
démarre.
Annie est de marbre.

Et passent les 48
minutes.

Ils sont sur l’autoroute.
Annie regarde
le paysage
filer
à toute vitesse.
Ca lui fait avaler
plus vite
la pilule.
Son mari est un boulet.
Elle ne dit rien.
Il jette un œil toutes les 2 minutes
et 35 secondes
vers elle.
Au bout des 48 minutes,
elle s’exaspère,
même si elle est moins en colère,
au fond.
- Veux tu dire quelque chose
Francis ?
-Tu es encore ronchon
mon p’tit chou ?
- A ton avis
Francis ?
- C’est le retard,
p’tit chou ?
C’est ton retard,
gros lard !
Non, elle ne le dit pas.
- A ton avis,
Francis ?
- Je suis désolé,
p’tit chou.
- Je sais,
Francis.
-Arrête de m’appeler Francis !
- Et pourquoi cela,
Francis ?
- Tu prends tes grands airs
d’offusquée.
48 minutes que tu boudes,
comme cochon.
- Va te faire soigner,
Francis. Tu as des TOC.

Francis rougit.
Les enfants dorment.
Francis a pris la mouche.
Il devient furibond.
Il est pris de sursauts.
Il vérifie le siège,
il vérifie la porte,
il vérifie le ventilo,
il vérifie les phares,
il vérifie pédales vitesse, cadrans, tous, frein à main, derrière le siège,
il est de dos,
il lâche le volant.
il tremble.
il contrôle.
Rien de tout cela
n’est sûr.
Annie a haussé le ton
depuis quelques minutes déjà.
Elle s’est même excusée.
Mais il ne s’arrête pas.
Tout ça,
c’est à cause d’elle.
Il n’aurait pas à vérifier
sans ses méchancetés.
Il vérifie,
pour finir,
que
les deux petits
respirent bien.
Annie hurle qu’elle ne
peut plus
rien faire.
Il a encore plus
envie de
l’étrangler.
Mais c’est lui
qui s’étrangle
et rote le dernier sang.
Dernier coup d’œil
et vérifie.
Tout le monde
est calme.
Il peut mourir en paix.

mardi 15 octobre 2013

Réanimation

En quadruple
sextuple
exemplaires
superposés
tout plats
sur l’insouciant partenaire.

On croit
s’accoupler
avec un
individu.
On se fourvoie Mon Dieu !
My God !
Si on y plante ses yeux
vertigineuse
la profondeur
vide
d’astronome.
Dis donc, où sont-y passer tes pupilles ? T’as perdu les billes en route ?
autiste cosy baby dans son hamac
de multiples.
On met de côté et on en rit
parce
que
jouir,
c’est plus important.

A l’autre bout du monde,
le noyau palpitant
se réfugie.

On est tout seul et on l’ignore.

Et c’est alors que le vent tourne
c’est trop loin l’antipode
le voyage fatigue désormais.
et ce n’est pas l’effet de vieillesse.
C’est plus aussi dangereux ;
ce serait-y pas sympa,
même ?
C’est que j’y mettrais du mien !
Je me recolle
Retour aux pénates
les yeux dans les yeux (les miens)
on aperçoit quelqu’un en face.

Elle me sourit.
Elle me tient là.
Par cœur
et corps.

Comme toute première,
la bouche pend
les muscles flairent
l’atmosphère
Neurones en réunion extraordinaire
même les poumons prennent un moment pour s’étonner
Oh ben ça alors !
Main au menton, moue d’admiration, pas le temps d’applaudir, c’est l’usine ici mais
waouh quand même !

C’était pas fastoche avant ça.
(Comment on traite les ouvriers entre nous !)
La distance
les conflits,
d’intérêt probablement,
personne n’a jamais bien compris.
Les déplacements chez les Papous
aussi souvent,
c’est pas humain.

Alors la jolie jeune femme
qui a mis un terme
à cette danse infernale
Tout le monde la bénit.
Elle nous l’a changée notre petite hein !? Elle a les pieds sur terre maintenant !
N’importe quoi ! Elle a toujours eu les pieds sur terre. T’as rien pigé ! C’est au fond qu’elle s’enfonçait
Pas qu’elle s’envolait !
L’est pas bien malin ce cul-là !
(Ce n’est pas l’organe le plus subtil en effet. Mais on ne va pas lui demander la lune. Son boulot d’est de faire de la merde
et à mains nues. Forcément, ça tape sur le système.)
Bref, longues
discussions ma foi
amusantes.

Elle m’a ramenée chez les vivants,
elle m’a plantée face à moi
j’ai plus besoin de déraciner.

Corps à coprs dont
les belligérants se sont mués en
fleurs bleues.

Corps à corps
écoeuré
ranimé.

mercredi 2 octobre 2013

Accidents (3) : 3 garçons pleins d'avenir

Lancés au milieu des étoiles
à toute berzingue
discothèque en boîte
boîte à sardines
ils sont tassés
ils sont que trois
mais faut se plier pour y rentrer
bien se ranger
et plus trop s’agiter
surtout trois zigotos comme ça
mais bon, cette nuit
ils remuent comme des asticots
ils sont tout excités
et tout heureux
faut bien le dire.
Ri comme des bossus
bu comme des trous
tiré le joint et le reste
ils sont repus
le désir n’a pourtant pas de milites
ils voudraient chevaucher la lune
ils s’en bidonnent
le conducteur s’en tamponne le crâne sur le volant
en rythme
hilare
ils sont seuls dans cette campagne de science-fiction
leurs rêves explosent
plus qu’à ouvrir les mains
et cueillir.

D’un coup,
Rom à l’arrière
déjà sonné
par l’euphorie
sent que c’est pas si fou d’espérer la lune le ciel l’attire il pourrait l’avaler
plus aucune aspérité
plus d’obstacle
l’avenir intégralement offert
béant
son souffle est clair et entier
pour la première fois
il sent combien il est
une vraie personne.

Lui parviennent alors vaguement
des beuglements
qui l’arrachent
une milliseconde d’illusion d’une énième plaisanterie
puis il aperçoit dans les airs
barbottent à ses côtés Tom et Dom
comme s’ils se noyaient
Y a pas d’eau ici les gars ! Coo…
Rom et Toms’attrapent la main
et se sourient
ils s’aiment du cœur
Tom réveille Rom
de ses yeux amoureux
déclaration sans conséquence
ils vont mourir
Rom sait que c’est le signe.
Dom les surprend
fronce les sourcils
soulève la lèvre
il veut les tuer !
mais pas la peine
une seconde et ce sera fait.

Le trio amour et jalousie
s’achève
dans un gros boum
beaucoup de crac et croc
en miettes
Rom
Dom
Tom
en harmonie
le dernier désaccord n’a pas gâché
le final.
Spectaculaire
sans spectateur.

Sur le bas-côté
Rom et Tom font les dormeurs du val
allongés
bras dessus bras dessous
couple en goguette
Dom sur une branche
regard figé
sur les deux traîtres

mardi 27 août 2013

Accidents (2) ; trapézistes


Se déroule sur la face interne de mon crâne le bandage infini, couche après couche.
Les images se succèdent. On s’écrabouille toutes les secondes dans mes lobes.

Un père et son enfant déboulent comme des trombes sur la route, sur la voie, sur les voies, sur le bitume chauffé, bouillant, qui se déroule de ville en ville, de monde en monde jusqu’à l’Afrique tropicale de nos mirages.
Toujours est-il que ce mioche et son paternel font la course avec les voitures lancées à disons cent et quelques kilomètres heure. Enfin, font la course, façon de parler. Ils ont aperçu leur épouse et mère de l’autre côté des huit couloirs automobiles.  Leur sang n’a fait qu’un tour, ils n’ont même rien dit, ils se sont à peine regardés. On s’est garé sur la bande d’arrêt d’urgence, une urgence ça oui ! la revenante est là ! Elle fait coucou sur l’autre bande d’arrêt d’urgence. On l’a retrouvée, elle est là. Ils n’attendent pas plus longtemps, le cauchemar est terminé. Ils se réveillent enfin. Ces six mois d’horreur à essayer de vivre sans elle, à reconstruire sa vie, à passer à autre chose en ne pensant qu’à elle. Ils claquent les portières joyeusement. Ils regardent à gauche, pas la peine à droite pour le moment, il y en a déjà quatre qui arrivent en même temps. Hop hop, on va y arriver mon petit gars, on va rejoindre Maman tu vas voir. Ben pourquoi tu pleures ? Ne t’inquiète pas, le malheur est terminé mon tout beau. Tendre caresse dans les cheveux encore clairs. Allez ! viens dans mes bras, je sais que tu es impatient mais arrête de gigoter comme ça, je ne peux pas me concentrer sur la traversée. Mais ! je sais qu’il y a des voitures enfin ! c’est bien normal, nous sommes sur l’autoroute. Mais si on s’y prend prudemment, tout se passera bien, tu vas voir. Il essaye en vain de coincer l’enfant sur son épaule. Mais il est déjà trop grand. Il ne perd pas patience, il sait bien ce qu’il ressent son fiston. Cette immense joie qui l’emplit.
C’est quoi ce dingue ma parole, c’est quoi ce fou furieux ! Putain il marche sur la chaussée, je peux pas ralentir, non mais tu fous quoi, tu fous quoi ! Putain il sourit,  il est avec son…

Les deux silhouettes avancent sûrement et calmement il fait bien attention le père, c’est son rôle. La voiture ne l’évitera pas, elle avance, elle vrille, elle devient hystérique, elle crisse, crache, caracole et se met à giguer. Elle voudrait tellement l'éviter, ne pas leur faire de mal mais elle est trop rapide, trop puissante. Tout à coup, elle sent qu'elle n'est plus toute seule, qu'elle a touché quelque chose de plutôt mou, qu'elle les a débobinés de pièce en pièce. 
Ils voltigent, ils tournoient docilement dans l'atmosphère. Il a enfin retrouvé son amour, son bel amour. C'est ça qu'il ressent là, il jouit, l'orgasme approche rien qu'a l'idée de cet être adoré. Il a conscience de toutes les particules de l'air qui l'enveloppent, de tous les mm2 de son corps. Mais pourquoi hurle-t-il le petiot ? Il est pas bien quand même, c'est enfin la fin et il s'égosille comme un âne. Comprendrai jamais rien aux enfants moi ! Et l'orgasme ! Ma tête explose littéralement ! C'est sublime, c'est quoi... Le palpitant claque d'un coup, il laisse tomber, il a tout essayé, trop tard pour lui, depuis longtemps.
Le minuscule triple la hauteur du paternel. Trapéziste en devenir. Attention ! Quand on dépasse son papounet aussi tôt, ça fait des dégâts. Impressionnant le poupon ! Figures et compagnie hein ! Et puis rebondit élégamment. Hurle Papaaaaaa ! qui n'entend rien. 
Et la voiture coupable se ratatine de honte dans un coin de tôle froissée.

lundi 26 août 2013

Accidents (1) ; ballet de charognards

Se déroule sur tout le pourtour interne de mon crâne le bandage infini, couche après couche.
Toutes les secondes, on s’écrabouille dans mes lobes.
Le monstrueux carambolage d’un camion et d’une toute minuscule voiture. Un shbam tonitruant qui fait trembler les murs. L’autoroute en pagaille, encastrement multiple.
Le camion est monté sur la pointe des pieds, tour girouette au ralenti, appui sur un coin de phare, équilibre ténu. Le souffle on le retient. Silence implacable avant la réception qui déterminera la réaction du jury.
Les yeux rivés en l’air en lieu et place du goudron. Tête à queue, titubations, zig-zags, peintures abstraites en caoutchouc de pneumatiques.
Puis, mastodonte s’abat comme une baleine mâle en séduction, découvrant sa virile nageoire et son ventre prometteur. Les yeux tout ronds et les bouches en langues saliveuses se ferment et disparaissent sous le choc
ou se perforent de bout en bout. Il n’y a plus ni queue ni tête.
On en découvre une tour de véhicules tous plus lascifs les uns que les autres, parfaitement impudiques, au vu et su de tous. Bien entendu, on ralentit dans l’autre sens pour admirer la big partouse. Pas prévu le plan cul en famille au retour des vacances. Ca augure pas si mal de l’année à venir. Eh ! un peu de tenue ! on dirait des fauves assoiffés de sang. C’est pas la jungle ! Vindiou !
Les eeennnfaaannnts ?? On ferme les yeux bien fort ! Comme Maman ! Où ça ? Où ça ? C’est où Papa ? Rôôôô ! Ca avance pas. Ils vont me faire des cauchemars pendant une semaine avec ces bêtises !
Pin pon ! Pin pon ! Dégagez sales vautours !
Le cirque !
Branle-bas de combat. Succèdent aux arabesques élégantes et imprévues des danseurs du premier round, les diagonales efficaces et parallèles des secours. Ca casse les courbes, tu trouves pas ? Mais bon ! Ca diversifie, on perçoit bien les deux mouvements de l’œuvre ; en contrepoint. Bien sûr, c’est plus net vu de l’hélico. En fait au fond, c’est toujours la même chose. Le hasard invente, innove éclate dans le réel et on déconstruit tout ce beau travail spontané, sous couvert de rationalité bien-pensante. Ce monde n’a plus rien de fougueux, vivant ; plus d’émotions. Retrouvons l’émotion ! (un air de diva éplorée), dixit l’intellectuel désigné pour la journée.
Je t’offre généreusement la bande infernale mon vieux gars. Tu vas voir si elle te plaît
l’adrénaline à temps plein.
Le coup de jus à tous les battements de cœur.
Percussions assurées, H24, 7/7.