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mercredi 28 décembre 2016

La grand-mère et la sorciere

J’ai une sorcière au fond du ventre.
Une tord boyaux qui
Déjà
Harcelait ma douce grand-mère.
La grand-mère folle qui voyait des tabliers violets
Voler
Et qui m’avait prévenue.
Elle m’avait vue plier en deux
De douleur.
Petite,
Enfant.
Elle, l’aveugle ou presque,
Avait souri dans le vide
Mais pour moi.
Elle n’avait pas parlé de sorcière.
Elle savait que personne ne l’entendrait,
Pas même moi,
Petite fille rationnelle.
Elle avait dit qu’elle connaissait
Trop bien
Les moments  « tord-boyaux ».
L’expression dont personne ne se souvient
Mais qui a flashé pour moi.
La grand-mère débile
Handicapée
Qui avait mis le doigt sur mon mal.
Je crains d’être son héritière.
Je crains de descendre en droite ligne d’elle.
Elle m’aurait donc livré
Aussi
La sorcière harceleuse.
Il faut tu dois encore !
Je passe sur les insultes.
Ma douce grand-mère à épongé
Pour moi
L’aspect de vérité de cette folle-là.
Elle a dû la vivre.
Elle m’a épargné ces épreuves.
La douleur se dilue
Parfois
Avec les générations.
Je la sais fantomique
La sorcière.
Je la sais n’être que moi.
Je pense à la pauvre grand-mère qui la sentait
Véritable.
Immonde vie.
Pourtant,
Il faut je dois encore
Continuent de s’abattre sur moi.
Je les laisse faire.
Je ne sais
Toujours pas
me battre contre eux.
Elle n’a pas à changer de stratégie
Madame la Sorcière.
Elle sait que je marcherai,
Que je courrai
Comme un faon de 3 mois.
À pleurer...
Chacun de ce qu’il veut.

À qui obéit-elle ?
Ma douce grand-mère
Aux yeux blancs avait-elle trouver
Le grand maître
Qui guide ses démons ?
Sûrement pas.
Quand j’en aurais fini avec eux,
Avec cette répugnante sorcière
Qui torture les entrailles
Et laisse en souffrance
Les possibles
Intérieurs,
Je rendrai hommage à la grand-mère
Qui n’a plus voulu ni voir ni entendre.
À voix haute.
À voix très haute.
Elle regardera peut être ma liberté.
Et jouira avec moi.

samedi 24 octobre 2015

Fuyons !

La fuyeuse,
Fumeuse
Évaporée,
Dans les nuages
a essayé
réessayé
le monde.

Essayer
Comme un habit
Comme un ami
Colle à la peau
Même ok pour le
Maillot de corps.

La fuyeuse
Trop échaudée,
Brûlée presque à
Crever
Ne voulait plus y
Toucher.
Protectionnisme
Tranquillité.
On la comprend.

Et puis,
La fuyeuse
s’est sentie prête à
Repartir,
Plonger,
Avancer
bien dans l’eau,
Au milieu du bassin.
C’est sans danger,
elle sait nager.

Elle a joui
de sa prouesse,
la vraie vie,
celle qui engage,
celle qui rapproche des
rêves.
Elle a été
sacrément
Fière.
Elle n’est jamais
fière.
Elle s’est sentie
devenir.

L’univers s’écroule.
Tous les Wall Trade Centers
s’effondrent.
On a en a tous tellement
à l’intérieur.

Alors,
Elle a pensé à
« Prends tes responsabilités »
« Forcément, tu n’as pas de responsabilités t»
« Tu verras quand ! »
Et la fuyeuse reprend
d’autant plus ardemment
la Fuite,
Le Coeur brisé.


mercredi 14 octobre 2015

L'échelle du grand canyon

On remonte
l'échelle de
l'espoir.
Du fond
du grand canyon.
Un monstrueux
nuage
se dégage.
Le jour
est jour.

Monstrueux
le poids
de l'espoir,
le vertige
de la première marche,
première et minus-
cule.
Je suis encore
nue.
On ne sort pas
nue
au grand jour.
Pourtant,
cette nudité
trouvée enfin,
le ventre dégonflé
les harnais décrochés.
Les cicatrisation
et digestion
pointent leur
nez.
Depuis des années,
le vertige
brouille
mon ambition
ma confiance
mes colères,
les tait,
les étouffe
pour ne pas tomber.
Et pourquoi pas tomber
et se retrouver nue ?
M'y voilà oui,
mais l'échelle
me tend les bras,
sans masque,
et je lui ouvre
mes mains.

Maman avait dit
"Les premières fois sont dures pour tous.
Tombe et relève-toi sans honte."
La première marche
nue
me fait pleurer
de peur.
Je retrouve
mes prières
d'enfant
d'adolescente
au milieu d'une foule
huante
hurlante
désopilée
par ma nudité
au milieu d'eux
les bien-vêtus.

Pour quelques jours,
je tâte la première marche,
nue
dans mon âme,
dans mes rêves,
les cauchemars d'antan,
qui deviennent
mes espoirs.
Nue et entière.

Dans quelques jours,
serais-je accoutumée
à cette
authentique
entièreté ?
Mon esprit
travaille
et je pense à
Maman,
sans honte,
là aussi.
Ses tendres mots
et les bras enveloppants
l'adulte
et l'enfant en même temps,
puisque c'est elle qui sait
rebercer,
jusqu'à ce que les larmes
finissent
ou sortent enfin,
selon l'âge
que j'ai eu.
"Ça ira mieux la prochaine fois.
Ça ira mieux, n'en doute pas."

Dans quelques semaines
peut-être,
je sortirai
de mon canyon de
malheurs
sans exigences,
pas même de survie.
Je monterai
marche
par
marche.
Selon mes vagues.
Le vertige
se retournera
pour devenir
mes ailes.
Je le laisserai
m'emporter,
et chaque jour,
la peur
muera.
Il n'y a peur
que s'il y a désir ?
Je ris d'abord.
Puis pourquoi pas ?

Je monterai
marche après marche
l'échelle du grand canyon.
Nue et nouvelle.

lundi 5 octobre 2015

Le volcan et la panthere

Les volcans éteins
ne le sont jamais vraiment.
Un volcan reste un volcan
comme un fauve un fauve.
Ils ne s'apprivoisent pas.
Ils n'obéissent à rien.

A chacun son volcan,
son tigre ou sa panthère.
Tout au fond ou ras bord.
A chacun sa nature
et ses griffes
et son feu.

J'ai toujours étouffé
la montagne cracheuse
et l'animal crochu.
J'ai étouffé les meurtriers
pour mieux protéger
mes prochains.
Auto-mutilation.

Aujourd'hui,
la carnassière
se fait jour,
la lave coule hors du trou.
Les pincettes et les gants
à la benne.
Voilà les crocs et
les poussières flambantes,
les vérités et
émotions
que j'ai moi-même
effacées.
Pour être douce
et muette.

Attention !
Le volcan se réveille.
La panthère sort chasser.


samedi 3 octobre 2015

Son frère, mon.

Fulgurant,
resurgit le frère.
Une conversation,
longue,
à mi-mots
ou au contraire,
les mots pleins.
Les deux
élisent
leurs mots.
Les deux
se lisent
si aisément.
Ce frère
est une bénédiction.
Elle n'en parle
pas.
Par pudeur
et habitude.
La mollesse
émotionnelle.
Elle la hait.

Je la hais.

Détonnant
resurgit le frère.
Bien sûr,
il n'avait pas
vraiment
disparu.
Il est toujours là,
au cas où.
Il est l'un des
outils de sauvetage.
Les plus aimés
oui.
Aussi,
les plus fiables.
Le regard
et quelques mots
pour arriver
au but.
Le frère
comme amour de
jeunesse.
Elle l'adore.

Je l'adore.

Découvrant,
resurgit le frère.
Il désherbe le
coeur.
Il rouvre
le grand imperméable
de l'incognito
il faut
y a qu'à.
Il ramène l'arc-en-ciel
et
les racines en tête.
Elle retrouve l'histoire
et les personnages
vivants.

Je retrouve l'histoire
vivante.

mardi 29 septembre 2015

Reves en marche

Ne pas s'endormir un jour
ou à peine,
peiner à s'apaiser,
à Respirer
Parce qu'on voudrait
immédiatement
avancer
à pas de géant.
Réaliser tous les rêves
interdits
imprudents
farfelus
mais oui bien sûr !
Tous ceux-là
dont on croyait
pour sûr
qu'ils fileraient avec le
Temps.
Ils demeurent
les filous.
Ils s'enfoncent
dans le crâne,
en Capitales,
à la pioche.
On croyait que c'était
La mégalopole de l'ado.
Soi-même on croyait
parce que
bien sûr
qu'on ne'n disait rien
de ces rêves
de gloire.
Et puis, ce soir-là,
ils cognent comme des
Sourds
au front et
au Coeur.
Les palpitations sont intenses.
Pas celles de la peur.
Pas celles de l'excitation caféine.
Celles de la puissance
ou du désir de puissance.
On ne l'a jamais expérimentée,
on ne peut donc rien en dire.
Mais c'est ce sentiment
d'une grandeur
à laquelle
On aurait
Droit,
Bordel !
Après des années
à se rapetisser,
à prendre toujours moins de place
Pour prendre davantage d'importance,
le leurre d'un corps façonné
à la serpe.
Après des années
de bêtise,
des années ce soir-là
Et depuis
senties
Perdues
à ne pas voir trop grand
et à voir les autres grandir
Pousser
sobrement
dignement,
Comme ils le souhaitaient.
Pas tous,
Il y a ceux avec lesquels on
Rit
comme des bossus
De nos déboires
De névroses
Engoncés
dans leurs complexes
détestablement
Freudiens.
On voit,
on suit de loin,
ceux qui n'ont pas renoncé à
leurs aventures
racontées jeunes
accomplies à 30 ans.

Alors,
Je ris
Toujours
de ces déboires
et des drôles d'arabesques
qu'on ne prévoyait pas
mais,
Il est vrai,
qu'on n'a pas voulu
éviter.
Mais je
Ressaisis
mes rêves,
mes voyages,
loin sur toutes les terres
les plus chaudes,
les plus arides,
mes romans
innombrables
les plus noirs,
les plus vrais,
qui changent un peu le monde,
qui font aimer les fous
et les sortir au jour,
meme nos propres fous
salauds.
Faire entendre la voix
des gouffres
de l'angoisse,
les voix des bannis,
répugnants
de deconnade.
La voix des plus laids,
des inhumains d'apparence,
es incompréhensibles,
de ceux dont on dit
Animaux
Singes
ou Gogol.
Oh regarde putain les boules !
Ces rêves-là
ressortent
du tiroir
Exigu,
bien étroit,
comme le chemin
Que je laisse à l'émotion,
écœurée.
Ces rêves-là,
Je ne les laisserai lis.
J'ai abandonné.
J'ai brisé.
Des générosités,
beaucoup,
de peur,
d'envie,
de haine,
ne l'oublions pas.
J'ai brisé
peu de chaînes
en revanche.
Il est temps.

Ceux qui les premiers
puis les uns à la suite des
autres m'ont acccordé
du credit
et entendu mes rêves,
autorisé à les
susurrer,
D.,
I.,
B.,
A.,
M.,
M.,
O.,
S.
Et les passants
que j'oublie.

Les rêves sont en marche.




mercredi 16 septembre 2015

Le monstre de nuage

Elle est assise,
sur son lit,
la tête penchée
pour la photo.
Elle a
accepté,
je ne comprends toujours pas d'où,
elle qui aurait
étranglé
tout amateur photographe.
Toujours est-il
que
elle a même
posé
pour l'occasion,
la petite salope,
la petite débile,
la pauvre fille.
Comme dans les romans
balzaciens,
zoliens,
la petite bonne
pitoyable
qui fait tout ce qu'on lui dit,
ce qui lui répugne aussi,
parce que,
sans doute,
les autres savent mieux.
Bref,
le sourire semble,
depuis toutes ces années
qu'on connaît cette
photo,
grossier.
Pourquoi n'a-t-elles sont pris l'air
bagarreur ?
Mais voyons,
parce que c'est une
faible
qui se couche avant même
le gong
de départ.
Avec sa salopette
à la Tom Sawyer,
envie de rire et
de montrer du doigt.

Je parle de cette enfant
que je ne peux
aucunement
aimer
ou respecter.
J'espère
secrètement
qu'un jour,
elle se détachera
de moi.
Je parle de cette enfant
à celui qui veut réconcilier
et qui sent ma haine.
Et je raconte
combien
elle est imbécile,
combien j'aimerais qu'elle n'ait jamais
existé.
Crevée.
Anéantie.
Comme l'avant naissance.

Puis,
soutenue,
je la mets debout,
la tête se redresse,
le cou et l'échine
restent
courbés,
les longs cheveux
se déploient.
Elle est grande,
mais elle est grasse,
joufflue,
moins naïve qu'
immobile sur le papier.

Puis,
je m'aperçois qu'elle a
peur.
Pas peur d'un contrôle
ou d'ère obligée de manger
des choux de Bruxelles.
Peur comme les fous.
C'est aujourd'hui que je me rends
compte.
Je l'avais toujours laissée
assise niaisement.
Elle se lève
et elle a peur d'être foudroyée
car
la chose se tient
derrière
elle,
couteau en main,
énorme lame sans remords,
prête à s'en-
foncer
dans
les côtes jusqu'aux poumons.
Elle ne pense pas vraiment à
mourir.
Elle pense à souffrir,
à s'étrangler,
s'étouffer,
râler,
seule.
La chose n'a pas de
visage.
Elle qui aime si peu
les histoires de fantôme,
elle pourrait dire que
c'en est un.
Je dirais que c'est un nuage
à forme humanoïde,
gros,
grand,
sans regard.
Seul se dessine
nettement
le couteau dans l'énorme
pogne.

Je ne l'avais jamais
vu.
Je l'avais ignoré.
Disant qu'elle était imbécile
de nature.
Et que j'avais dû
les vingt années suivantes
m'efforcer
à la renaturer.

Je l'aide à se retourner.
Et comme par magie,
la voilà la gogole
qui se redresse,
s'affine,
perd son sourire,
et fusille du regard
le cruel nuage.
Elle est elle,
elle est fière.
Tout a changé.
Je ne la reconnais
plus.
Elle est ce que j'aurais
voulu.
Voudrais encore.
Elle désarme la bête.
Et elle devient
enfin
la belle.

Celle que j'ai toujours
haïe,
devient mon ancêtre,
celle de qui je descends
évidemment.
Et le nœud,
cette fois,
tient dur.
Un nœud de fort marin
qui ne laissera plus
échapper
son bateau.



jeudi 20 mars 2014

Fierté du mammifère supérieur

Nouveau venu, nouvelle tête, nouvelle tenue, nouvelle démarche. Une première impression fugitive, au fond des tripes. Une impression comme évidence. Une impression qui ne s’imprime pas pourtant. On se dit de ne pas l’oublier, de la poser sur la table de nuit mais surtout surtout ! de ne pas l’annuler. On l’a trop fait par le passé, doutant de la valeur d’un sentiment aussi peu fondé rationnellement. Tu ne peux pas savoir comme ça au premier coup d’œil qui est cette personne ! Sois raisonnable ! » Raisonnable, de bout en bout, à bas l’intuition ! Obsession d’adolescente, rigueur de jeunesse.
On rit de voir dire que la jeunesse est bel âge comme si c’était l’âge de la douceur de vivre. On rit parce qu’on n’a jamais été aussi rigide et intransigeante qu’à vingt ans. Probablement qu’on ne le sera jamais plus, bien heureusement.
Alors on l’a jetée rageusement cette première impression, des millions de fois. Aux ordures, tu ne vaux rien sale menteuse !
Et puis, à force de la voir revenir tout doucement se vérifier de mois en mois, autant de millions de fois, on a revu notre copie. Ca a pris des années, une décennie ou pas loin pour accorder son dû à la première impression. Ce n’est pas tellement qu’on ne voulait pas démordre, pour ne pas avoir tort ou quelque chose du genre. C’est davantage qu’on avait peur.
Disons les choses comme elles sont et penchons-nous plus avant sur le problème. Il n’était pas question d’admettre que la raison puisse aller beaucoup plus vite, en un éclair, que les longs et tortueux cheminements conscients et donc maîtrisés. (C’est du moins ce que l’on croit que conscient donc maîtrisé et ne peut échapper. C’est agréable et rassurant mais on est sûr que c’est faux aujourd’hui. Puisque personne ne réfléchit de la même manière, ou exceptionnellement et c’est une heureuse surprise presque miraculeuse, c’est bien qu’entre en jeu d’autres éléments qu’on ne maîtrisera, peut-être, qu’à quatre-vingt et quelques années, quand on aura exploré le pourtour de notre être intérieur. Le problème, on le connaît tous : plus on s’analyse, plus on en sait sur soi-même, et plus on continue à vivre et à accumuler de l’expérience à analyser. On ne s’arrêtera pas. On ne le pourra pas. En revanche, on peut rattraper un peu de retard parce qu’au bout d’un moment, on aura compris les règles du jeu. En partie au moins. ) Parce que oui, on est aujourd’hui persuadé que l’intuition n’est qu’une autre forme de notre pensée raisonnée, la bien rangée, franchement obsessionnelle qui nous fait croire bien bien intelligent. On se sent ô combien utile et important alors. On a ce sentiment d’avoir un sens, de prendre du poids d’un coup. Un poids qui ancre, qui assoit, pas des bourlets flasques et sans volonté. Du poids tonique. Comme quand on s’est remis au sport, après une longue pause paresseuse ou handicapée, et que le corps reprend de l’assurance, se remet debout, et fier. C’est une métamorphose d’un instant, répétée parfois, à intervalles plus ou moins réguliers, selon aussi l’énergie psychique dont on dispose. Une espèce de conscience brutale et lumineuse, qui nous recompose. Mais c’est seulement qu’on l’enveloppe de conscience. Sinon, essentiellement, elle ne diffère en rien de l’intuition  de prime abord. On est fasciné par cette possibilité de se retourner sur soi-même et de s’englober.
En fait, presque la totalité du temps, l’on se bat pour rassembler les morceaux d’être éparpillés, pas vraiment déchirés ni perdus, mais qui se baladent. Pas forcément méchamment d’ailleurs. Certains résistent et font la révolution mais aussi il y a ceux qui rêvassent et qu’il faut ramener à l’ordre. Sans chien de berger. On n’en parle pas. On est seul pour faire ça. On ne se désintègre pas et même, cela reste dans notre sphère d’influence. Sinon, on crève de toute façon. Même les plus grands psychotiques, ils parviennent à garder leurs particules à portée d’action, même à la limite de feu, la limite de leur pouvoir. Simplement, quelle est la proportion de noyau dur et de morceaux atomisés ? Soi-même, selon l’heure, selon le jour et ceux et ce qui nous entourent, le baromètre varie.

On a mis sur la touche la première impression. On veut découvrir et argumenter son sentiment. Est-ce en soi une démarche qui a du sens ? Doutons-en. Mais c’est tellement agréable de penser que même dans les affections, on est quelqu’un de raisonné et de respectable.
On se retrouve le bec dans l’eau. Pourquoi ? Parce qu’à un moment de fatigue, le cerveau va se tromper dans son rangement d’informations. Mais pas tant que ça. Puisqu’on va enfin se rappeler. La benne à ordures va commencer à se déverser. Bon, on évite la catastrophe et la conscience trop vive alors on arrête vite le déballage fétide. Mais, dans sa libération fugace, la benne a été maligne : elle a laissé rouler aux pieds sous les yeux de l’intéressé la première impression méprisée. Obligé de s’asseoir en tailleur et de la regarder parce qu’elle pique. Elle ne fait rien de spécial mais elle est là et ça remue l’intérieur.
            Parfois, on s’assoit, on observe et on remballe dans la benne, retour à l’envoyeur. D’autres, on a le courage et l’envie de s’interroger : et on se dit qu’on ne veut pas penser que quelque chose en nous perçoit avec autant de vivacité, qui va plus vite que la musique, qu’on est peut-être mieux qu’on ne le supposait, plus puissant, plus riche mais que Mon Dieu ce que c’est dur à accepter. Faire confiance, on en revient à l’éternel problème. Faire confiance à l’inquantifiable. (Ca donnerait presque envie d’être un ancien superstitieux.) Faire confiance aux tripes, qui sont souvent bien douloureuses plutôt. Et si c’était parce que tout va à la poubelle ? Elles en sont peut-être lassés de ne rien avoir à dire, d’être motus et bouche cousue. 
            Pour sûr, la première impression ne claque jamais qu’une fois.

            Pourquoi arrive toujours ce moment où l’on doit dénigrer celui qui devient notre proche depuis peu ou moins peu ? Pourquoi se sentir attiré par la déception qu’il ne nous a pas encore livrée ?
On a suivi encore une énième fois les vagues habituelles. Première impression, faux départ. Puis pente douce qu’on monte tranquillement et avec plaisir. Un sommet atteint et pas du tout pressenti. On se retrouve comme un idiot en haut de la côte. On n’a pas envie de rester là à rien faire alors on redescend. Mais c’est bien caillouteux et on s’y casse les genoux. On ne voit plus le paysage, on est dans le creux. On a hâte d’être à la vallée et de s’allonger. On sent bien qu’on est rattrapé par toutes les randonnées et parcours précédents. Mais cela n’y fait rien que de le savoir, on s’y fait encore et encore prendre. Le filet invisible. L’attirance absurde pour le plancher des vaches et cette descente vertigineuse. Cette dénivellation, on la passe à remuer la merde, excusez l’expression, à remâcher ses vexations, même les plus minimes. On se surprend à agresser celui qui se rapproche dangereusement de notre sphère sensible.
Et on se dit qu’on est bien peu de choses mais qu’on ne nous y attrapera plus. On ne pourra plus désormais constater qu’on a suivi la pente, suivi le mouvement sans prendre le risque de rester en haut de la montagne. Risque mineur tout bien considéré. Pas à tous les âges bien entendu mais après plusieurs décennies de vie tout de même ! Les hauts et les bas nous guident par le bout du nez et c’est rageant. On se croit quelqu’un d’actif et lucide face à l’autre. On est comme tout le monde, absolument comme tout le monde. Peut-être plus cérébral par moments et ça ne change rien. Puisqu’on a suivi le troupeau.

            Le plus débilitant, c’est que toujours le même troupeau, toujours les mêmes têtes de bétail et un certain plaisir à retrouver le chemin connu et reconnu. On est tranquille au moins dans ces rails-là. Mais le moment où on touche la cuvette, où on repose enfin, on s’en veut bien quand même. Pas la grande culpabilité guerrière mais l’insatisfaction et la frustration de ne pas avoir cassé le pli, une nouvelle fois, de n’avoir pas changé de mesure. Les habitudes, les dociles habitudes. Quand il s’agit d’humain, c’est si facile et reposant. Et on se croit un peu hors de tout ça, un peu plus en recul. Que nenni ! On s’y fourre toujours allègrement.
Première impression
Premier rapprochement
Déception programmée
Désillusion de soi
Retour penaud aux meilleurs sentiments. Comme si on n’était pas franc du collier. Parce que les flux et reflux, rythme et dérythme, on les a souris sans parler.
Et « on fera mieux la prochaine fois ! »
Mais cette fois-ci vraiment. On va s’organiser et ça, c’est du jamais vu. On va ordonner en souplesse mais fermeté nécessaire la nouvelle virginité relationnelle. On ne va pas devenir un autre, mais on ramera à contre-courant s’il le faut. Rien que pour comprendre ce qui se passe en haut tout en haut au sommet, là où on ne peut rien faire d’autre que basculer.
Comme un inanimé.
Et fierté du mammifère supérieur insiste !

samedi 15 mars 2014

L'être perforé

L irascible volcan 
A nouveau s'envenime
A nouveau brise les sages
A nouveau hurle en diable.

L'intenable volcan
A nouveau jette l'éponge
A nouveau ouvre les vannes
A nouveau se débride.

L'irascible 
L'intenable
L'intraitable
L'insoluble.

L'insoluble volcan
Qu'on a éduqué lentement
Qu'on a amadoué prudemment
Qu'on a enveloppé doucement.

L'indomptable volcan
Qu'on a redoré et salué
Qu'on a reconnu et flatté
Qu'on a vraiment commencé à aimer.

L'insoluble
L'indomptable
L'intraitable 
L'indigeste

L'indigeste volcan
Qui fait une pierre au ventre
Qui divise pour régner
Qui rançonne à sa douane.

L'isoleur volcanique
Qui bombarde les ponts
Qui explose les estimes
Qui embrume les esprits.

L'indigeste
L'isoleur
L'inusable
L'immuable

L'immuable volcan
Aux pouvoirs endormis
Attendant le baiser
De la fiancée maudite.

L'insondable volcan
Cachant ses munitions
Capitulant faussement
Capitaine invaincu.


L'immuable
L'insondable
L'intolérable
L'insupportable

L'insupportable plaie
Qui rejaillit joyeuse
Qui resaigne en chantant
Qui répare en fissures.

L'irréparable trou
Qui nargue Bonne Volonté
Qui désole Optimisme
Qui brandit son cynisme.

L'irréparable
L'inacceptable
L'incorruptible
L'inaliénable.

L'inaliénable
Qui me fait détester mes pauvres illusions
Qui me ferait mugir et trembler l'univers
De haine et de colère.

L'insaisissable point
Qui rouvre la question que je n'ai qu'apaisée.
Elle ronronne dans son coin sans jamais trépasser.
Occir, éradiquer, raser jusqu'au dernier poil 
La question. 
Et le volcan,
Je le pourrirais jusqu'à l'Enfer s'il le fallait
Je vivrais pour lui nuire
Je l'épuiserais à force de brimades.
Je prends Dieu à témoin pour qu'il rejette
derrière Pluton cette moisissure expectorante.
Et Dieu n'y répond rien,
Et Dieu ne bouge pas d'un pouce
Et Dieu, je le cracherais aussi.
Toutes les puissances du monde me dégoûtent
me répugnent.
Elles n'auraient pas un peu de pitié de moi ?
A accuser les Cieux et un Volcan 
imaginaire
de pacotille
de poésie ?
Personne ne rit.
C'est moi qui finit par ricter.
Le volcan n'est que 
mon 
inoxydable
humanité
(Saleté!)
Et mon brûlant 
désir
d'enfin
comprendre
ce tambour
intérieur
qui sonne
le viol
et perforée.

dimanche 9 mars 2014

Les Papouma à la loupe


Papalèlà
Papalèlà
T'inquiète don pas ma grande !
Elle a pas même posé la question,
L'a rien demandé,
Papaoutai
Rien du tout
Les larmes elles sont sorties
Mais les aurait retenues si
L'avait su.
Pas eu le temps de dire ouf
De désirer
D'attendre
Et d'espérer
Le remède
De pleurer chaudement.
Papalèlà
Allez
Chuuuuuut,
Papalèlà...
Mamanvolé ?

Toi c'est quoi donc ton cas ?
Mamanvolé Papalèlà Mamansèrfor Papaoutai ?
Hein ? Quoi tu dis ?
Mais t es le frère d'elle !
Et donc elle dit
Papalèlà Mamanvolé
Et toi,
Tranquillement,
Beuh non ! Mamansèrfor Papaoutai.
Miiiiiiinp
Le buzzer manifeste,
Mauvaise réponse,
Vous vous mettez d'accord les deux-là.
Z êtes des vrais frère et sœur ?
Du sang du même ?
Bon, eh bien, accordez vos violons
Parce qu'ils peuvent pas être agents doubles
Les Papouma.
A elle de se mettre en colère,
Lui il est interloqué.
Ils s'aiment si forts les deux-là
Et souvent sont pas d'accord
Et alors ?
Tu veux ma photo
Fonctionnaire de mon cul ?
Pas toi lui ! Pardon frérot !
Faut bien trouver une entrée pour
L'insulter.
Donc, mon bon Môsieur,
Sachez à l'avenir que les Papouma
Sont
Des
Êtres
Complexes,
Pas comme vous, c'est certain.
Paix à son âme Seigneur...
Les Papouma se mettent pas dans vos
Cagibis à carreaux.
Pour moi c'est 1 et 2
Pour lui c'est 3 et 4.
Compris clochard ?
Oui mais c'est pôposib !
Il fallait pas convoquer les deux-là alors
Donc.
Blairtoc !

Pour elle,
Maman cherchée partout
Derrière
Là-haut
Tout loin.
Dure à cuire la cacheuse.
Mais Maman veut pas d'elle ?

Pour lui,
Papaoutaiiiiiii ?
De fond aux combles,
Du rire aux larmes,
Un trou à gauche
Invisible le héros.
Mais Papa veut pas d'lui ?

Mais Papa serre fort !
Mais Mamanlèlà !
Ah bon !
Ah bon !
Sûr et juré craché qu'on parle des mêmes ?
Exagère pas quand même
Gamine !

Conversations maintes et maintes
Fois.
Jeu devenu
Jeu baptisé :
"cache-cache des Papouma".
Pas commercialisé,
C'est pour les H&H.
Le jeu qui fait devenir
Grand
Parce qu'on pardonne
Toute la grande vérité
Tour de Babel
Patatras.
Et on parle pas la même langue,
Même même famille,
Mais on trouve la fréquence
Partage des ondes.

Et un jour,
Peut-être les deux-là
Dormiront sur leurs deux oreilles.







lundi 20 janvier 2014

Ma jeunesse fut un excentrique manège

Elle s'oublie, elle se perd la toute minus. J'en parle comme d'une martyre qui aurait survécu par miracle. J'en parle avec mes mots d'adulte qui d'années en années la déforment toujours plus. L'adolescente a su trouver certains des mots. Parcimonieux et évanouis, dorénavant. 

Douleur d'enfant
Joie de petite
Souvenir éléphant !
Qui laisse muette.

Au fil des hauts et bas tonitruants de la jeunesse, j'ai pleuré, haï, dorloté l'enfant qui m'échappait. J'ai creusé les fosses, ma tombe et tous les trous qui m'attiraient. En croyant déterrer l'emmurée précoce, j'ai bâillonné les vrais cris et leur stridence cruelle et jusqu'à aujourd'hui.

Douleur d'enfant
Joie de petite
Souvenir éléphant !
Qui laisse muette.

Voulu et veux encore, toujours et pour des décennies, courber en mots ces toutes petites et ineffables souffrances. Petites car silencieuses dans un corps de lutin. Petites en scientifique, énormes en empirique. Insoutenables moments que, quart de siècle passé, je n'accepterai plus. 

Douleur d'enfant
Joie de petite
Souvenir éléphant !
Qui laisse muette.

Je dois admettre que mon crayon magique et tous les mots leur tournent autour, les effleurent presque, les arabesquent délicatement. Mais jamais ne retrouvent la dureté et l'étroitesse ou la pulsion d'aimer et de sourire de l'enfant, sans innocence et sans pureté. Enfance aride et raide. 

Douleur d'enfant
Joie de petite
Souvenir éléphant !
Qui laisse muette.

Ma jeunesse fut un excentrique manège. Par monts et par vaux jour et nuit. Sans queue ni tête même après les larmes. Absurde pièce, rythmée d'accoups de montre molles, navette spatiale en perdition. Les jolies phrases sont impuissantes. Vagues surréalistes, les plus fidèles. 

Douleur d'enfant
Joie de petite
Souvenir éléphant !
Qui laisse muette.

Dalí Beckett et tous les fous juste sauvés reflètent l'indicible du tout petit, lilliputien chez Gargantua. Effroyable univers où l'on vous mange quand on vous aime. Où l'on doit obéir mais explorer (les grands explorateurs sont tous de mauvais garnements) et conquérir. 

Douleur d'enfant
Joie de petite
Souvenir éléphant !
Qui laisse muette.

A défaut d'esquisser les lignes de cette folie, j'en mesure l'impalpable. Je reviens au noyau enveloppé de normes, d'appris et de compris. J'essaye courageusement de le dépouiller, après tous mes efforts pour l'ensevelir. J'essayerai ce soir de battre le cœur de la minuscule mioche.

Douleur d'enfant
Joie de petite
Souvenir éléphant !
Qui laisse muette.

Et je ne m'enfuirai pas hurlant à l'injustice. J'accepterai les nausées, bonds et brusqueries du noyau vif au fond du ventre. Celui qui saigne quand j'ai trop peur, qui cogne quand j'éprouve trop. Celui qui ne peut m'atteindre qu'en douleurs symboliques, jusqu'à mon lent réveil. 

lundi 7 octobre 2013

Rencontre de palier

Un escalier un peu étroit
parisien
pas la place pour deux files
montante descendante.
Un grand papi bien amoché déjà
pas assez pour se taire
parisien.
C'est encore la sourdingue !

En un flash !

Je tourne mon regard vers lui
je suis ébahie
mot oublié
traqué
écrasé
au fond des esprits bulots
qui pensent en 0,1,2
et leurs subtiles combinaisons.
Je suis au haut des marches
position idéale
recul et dignité
tu parles !
J'ai envie
de lui croquer la jambe
de le flanquer par terre
de lui parler alors qu'il peine
inutilement
à se relever
T'es trop vieux Robert !
Laisse-toi glisser en bas,
tu voles déjà pas fort.
J'aimerais le voir
rougir
blêmir
bleuir
quand j'insulterai sa famille
quand je piétinerai ses étoiles
tout ce à quoi il croit
quand je déchirerai son âme
en mille miettes
inconscientes
inhumaines
quand je le traiterai d'infirme
et de primate
et qu'il s'étouffera
dans le monceau
de crachats
à mon intention,
Miroir !
qui lui reviennent.
Il aura envie
de me nettoyer le cerveau
de m'aspirer la matière grise
de faire des frites avec ma langue.
J'aurais été plus lourde
que sa fausse assurance de parisien précieux
je l'aurais pas permis
je l'aurais défendue
j'aurais été vidée
Enfin
de l'interminable colère.

En un flash.

Mais je suis restée coite
sur mon palier trop court
je l'ai regardé passer
il continue de grommeler
j'ai eu peur
de briser
de blesser
m'embraser
jusqu'aux cendres.
J'ai serré les poings lâches.
Il n'a rien su.
Dans mon esprit,
assassiné.

mercredi 24 juillet 2013

Minus

Un petit cours du mercredi pour les mini, divas à venir ?
Une minus de 5 balais mais grande minus, les cheveux qui rebondissent, toute heureuse d'apprendre et d'entrer dans le cénacle des artistes qu'on lui fait miroiter.
Une autre minus de 5 balais, peut-être 6, elle a quelques mois de plus, des baguettes qui glissent autour des oreilles, anxieuse et bougonne d'être trainée par la vocation parentale.
La-bas, on est tous en cercle, on regarde la dame qui ressemble a une grosse Moreille Matthieu avec un sourire débonnaire. Elle est toute installée en elle, elle réconforte presque la 2ème minus et elle donne encore plus d'ailes à la 1ère. Elles ne se connaissent pas. Enfin, elles n'ont que 1800 ou 1900 jours derrière elles (le soleil n'a même pas eu le temps dire ouf dans cet intervalle riquiqui !), onc elles n'ont pas encore eu le loisir de peaufiner leur cercle social. Mais ce n'est pas sans savoir qu'il va falloir s'y coltiner. Les deux mini ne sont pas très chaudes mais à la guerre comme à la guerre, on leur a dit d'être braves, elles se portent volontaires. Elles sont surprises de s'engager et de si rapidement se cogner à l'autre. Elles n'avaient pas encore relevé la tête pour circonscrire leur but qu'il est au bout de leur nez. Coup de boule de rase moquette, les mini poussent un petit cri étonné et se sourient. La minus 2 se dit qu'elle l'aime déjà, elle s'est pas mise à vociférer et à la montrer du doigt comme ils font tous. On ne sait pas trop ce que pense la minus 1 mais elle se met à rigoler carrément, sans se moquer, c'est évident. C'est peut être l'air un peu ahuri de la 2 ou la joie de voir qu'elle a aussi trouvé une vraie paire. On ne le saura jamais... En fait si, parce que dans le futur, ce sera son style à la 1 de pouvoir décrire précisément en adulte réfléchie ce que la naine qu'elle était ressentait à ce moment-là. Elle épate cette femme !
Revenons à nos moutons. Elles se serrent pas la main, ce serait un peu loufoque. Elles sont deux très polies, ce n'est pas le problème. Mais elles savent qu'on doit aimer les bisous et câlins avec leur taille d'handicapés, même si franchement les adultes dignes de confiance, c'est les doigts d'1/2 main au mieux. Parce qu'à cette hauteur, on doit pas être pessimiste, il faut s'élever pour ça. Mais elles savent très bien tout ça, elles sourient pas bêtement mais pourvu que les grands y croient. Bref, ça on l'a su beaucoup plus tard. La minus 1 comme la 2 se croyait seule avec ses pensées anormales. E ps une fois qu'on a pu délier la langue et débusquer les mots, on s'est déballé son sac. Dommage quand même qu'on n'ait pas pu se le dire alors ! Enfin, ça a fait de sacrées émotions après coup aussi. Les larmes aux yeux si les souvenirs sont bons. 
Elles savent pas trop quoi se dire et comme d'habitude c'est gênant. Mais un peu moins avec elle, elles remarquent dans leur tête de minus. Les mamans se rejoignent et papotent autant comme autant. Pour une fois, on ne leur en veut pas, on est toute jouasse de rester avec la copine.
Tous les mercredis rebelotte.
Et puis 6 ans, 7 ans, chacune de son côté. Au revoir rapide, faut se dépêcher ! 
Les années coulent jusqu'aux 16 balais. Eh ben tiens ! c'est plus du tout une minus la n°1. On la regarde d'en bas. M'enfin la 2 est pas si petite, elles s'y retrouvent. Sans doute l'une comme l'autre attendent beaucoup et pas trop de ce contact un peu sacré qu'on voudrait préserver des 11 cycles pourris qu'on vient de traverser à la palme, pas plus. La 1 a envie que ça revienne, la 2 ose pas se l'avouer, elle n'y croit plus. La 1 parvient a espérer malgré tout, c'est beau ça ! Le début est prudent comme en amour. Et puis vite vite et t'en vas pas, t'es trop précieuse. 
Et puis après encore 15 ans, on se demande comment on ferait sans la minus frisette qu'on chérit tant.

vendredi 17 mai 2013

Photo de famille

La photo immobile
Papillon volubile
Ouvre ses bras ailés
Mitraillette emballée
Attrape l'univers
Ses habitants pervers
Animaux amoureux
Téméraires peureux
Fleurs-âmes délivrées
Et cœurs-poires navrés.
 
La photo immobile
Arabesque subtile
Essences dévoilées
Carnaval ravalé
Eclaire les travers
Qui d’une fausse mère
Qui d’un visage creux
Qui d’un vieillard heureux
Une famille est narrée,
Allure bigarrée.

La photo immobile
Des intrigants habiles
Aux bienveillants mêlés
Et cerveaux déréglés
On saisit la misère
Les valeureux compères
Les tristes besogneux
Les amants vigoureux
La grand-mère délabrée
Petits enfants dorés.

La photo immobile
Trésor indélébile
Profondément grêlée
Abrite amoncelés
La vérité guerrière
Cachée juste derrière
La honte des lépreux
Et l’amour généreux
Tous hommes accaparés
Par la vie chavirés.

samedi 16 mars 2013


     Vous vaquez tranquillement à vos occupations habituelles, vous vous dirigez sans réfléchir vers le supermarché, vous accomplissez mécaniquement votre tâche ménagère. C'est alors que vous entendez cette phrase parmi tant d'autres dont vous n'avez rien perçu, que ces mots vous sautent aux yeux alors que cela faisait bien 3 minutes que vous ne compreniez plus ce que vous lisiez. Vous vous ne vous attendiez à rien, vous étiez en mode reptilien, rêvassant probablement, vous reposant de tous ces moments où l'on doit penser et parler. Cette phrase, ce mot même ou cette bribe de dialogue, vous réveille. Il, elle vous met en demeure d'être là à nouveau. Et ce qui se passe alors, c'est ce que vous imaginez d'un électrochoc ou d'un réveil d'hypnose.
Ce que vous avez lu, vu, entendu est entré directement dans votre cerveau le plus profond et le plus intime. Et il a su se diriger vers l'endroit précis ou il allait résonner, tonner dans tout votre être.  C'est un vrai concert de cloches dans votre tête et dans votre poitrine, ça tremble de vérité. Les tam tam sont de sortie. Vous étiez loin de chercher un sens quelconque à la vie et c'est comme si vous compreniez tout à coup. Vous comprenez quelque chose que vous n'aviez jamais saisi ou toujours remis a plus tard, consciencieux. Vos pieds sont terriblement ancrés dans le sol, pour une fois, vous êtes complètement vous et c'est un autre qui vous l'a dit. Un autre a saisi la brèche qui s'offrait a lui, la merveilleuse occasion de faire miroiter son double à votre intérieur. Vous vous sentez entier, vrai, honnête, intègre et consistant. Vous êtes vraiment quelqu'un, plus besoin d'éluder la question, pour le moment. On vous a enraciné avec un mot, une phrase, une voix qui répondait a votre question.
Et là, vous remerciez Dieu si vous y croyez.

jeudi 30 août 2012

Pourquoi VS Belles Personnes

Un de ces jours où je ne comprends pas.

Un de ces jours où revient lancinante la question, toujours la même : et pourquoi donc tout cela ? Cette question, quand elle est là, elle reste et on ne peut plus la déloger. Elle prend au piège. Elle se transforme. Se métamorphose. C'est un caméléon. Et je me demande alors :
Pourquoi travailler ? Pourquoi tous ces efforts si le soir je suis trop fatiguée pour aimer et sourire ?
Pourquoi expliquer ? Pourquoi se faire comprendre ? Ma vie comme celle des autres repose sur des centaines, des milliers de malentendus et je m'émerveille exceptionnellement, lors d'une discussion prévue, longue et sérieuse, d'un accordage d'une fugacité bouleversante et exaspérante. Pourquoi cela n'est-il pas plus souvent ? Pourquoi ? Quelle en est l'utilité, le bénéfice pour l'espèce ? En quoi cela nous aide-t-il à croire dominer le monde ?
Pourquoi apprendre ? Cela ne me fera ni vivre plus longtemps ni gagner en bien-être ? Une démence sénile, un AVC, me feront tout désapprendre en si peu de temps ? J'apprends tous les jours et je ne comprends toujours pas. J'apprends que je ne suis pas seule à ne pas comprendre.
Mais pourquoi personne ne dit-il qu'il ne comprend pas ? Pourquoi sommes-nous si nombreux à brandir nos compétences fiers de ce que nous savons et qui avec un peu de recul s'avère si ridicule ?
C'est l'un de ces jours où j'ai en tête l'immense tas de savoirs que j'ignore côtoyant les quelques feuillets de ce que j'ai appris, de l'immensité des mondes que je connaîtrai jamais, de toutes ces heures que je perds à 'ne rien faire' et dont l'humain a besoin paraît-il, de toutes ces vies que j'aurais voulu connaître juste pour savoir. Mais je suis là dans mon canapé à me demander pourquoi et à ne pas en faire davantage.
Pourquoi aimer ces gens qui m'ont fait du mal et ne pas arriver à aimer ceux-là qui me paraissent si bons ? Pourquoi ma tête et mon cœur ne se concertent-ils pas ? Un minimum de cohérence et on avancerait plus vite ! Oui mais pourquoi ? Gagner en pseudo suprématie intelligente ?
Et puis tous les pourquoi les plus banals s'ensuivent : pourquoi moi ici et maintenant telle que je suis ? Pourquoi comme ça ? Pourquoi la vie sur terre ? Pourquoi tout cela pour finalement mourir ?

Noyée dans tous ces pourquoi qui tourbillonnent et me blessent, je me raccroche aux belles personnes, celles qui me font oublier pourquoi, celles qui me font rire, celles qui me regardent dans les yeux, celles qui me demandent si ça va, celles qui me serrent dans leurs bras, celles qui aiment la vie et évincent les pourquoi parce qu'elles savent bien que les parce que n'existent pas, ces personnes qui brillent et auxquelles on pense très fort ou dont on dit le prénom pour se rassurer et se consoler quand on pleure seul dans son lit, celles qui convainquent qu'on en vaut la peine, celles qui prennent leur place dans ce monde et m'en donne le droit à mon tour, celles qui sourient même sans raison, celles qui regardent et rient sans se moquer, celles qui admettent qu'elles ne sont pas grand-chose, qui osent le dire et ne pas s'effondrer.

Les pourquoi sont là tout le temps, plus ou moins puissants, plus ou moins menaçants. Ces belles personnes aussi, partout où je suis passée, j'en ai trouvé de ces perles rares qui tout d'un coup éclairent une pièce et avec qui, parfois, on ne s'adresse jamais la parole. Mais je me rappelle face aux pourquoi que toujours il y aura ces personnes-là qui me protégeront de la terreur de mon incompréhension.

   

mardi 17 avril 2012

Cicatrices

   Par hasard, j'aperçois son bras droit. Je reste interdite : de l'épaule jusqu'au poignet, le membre est strié comme l'écorce d'un vieil arbre qui a vu un siècle s'écouler et qui affiche le nombre des années passées dans les crevasses de son écorce. Les blessures dessinent comme le plan d'une ville inconnue, les rues s'entrecroisant en tout sens et formant parfois même des arabesques élégantes. Ce n'est pas une écorce, ce n'est pas un plan, c'est une peau humaine qui se dévoile à moi. Et c'est celle d'une jeune femme qui n'a qu'à peine commencé sa vie. C'est du moins ce que je croyais. Elle sourit ; beaucoup ; souvent. Elle regarde droit dans les yeux, son regard est puissant et donne vie à ce qu'il touche. J'ai toujours eu cette impression en l'observant que les choses et les gens étaient plus intéressants une fois qu'elle les avait regardés, malgré son jeune âge. J'en avais conclu à une force intérieure que certaines personnes possèdent, on ne sait trop par quel miracle de la vie. Elle faisait pour moi partie de ce groupuscule de gens un peu extraordinaires ou que j'aime à penser hors du commun, ceux qui dégagent ce quelque chose d'indescriptible et incompréhensible. Je me laisse hypnotiser par leur pouvoir un moment, comme je me laisserais glisser dans le plaisir de la sensualité. Mais la limite de cet état survient toujours et mon cerveau reprend les rênes, outré de tant de laisser-aller. Et alors, je veux comprendre, je commence ma quête, je fouille les yeux de cet être spécial et je ne m'arrêterai que lorsque j'en aurais saisi l'essence. Avec elle, je n'en étais pas là. Je m'enivrais de sa présence suave qui me rassurait par sa densité et sa tranquillité.
    Je reste figée, je suis fascinée par cette immense douleur qui me frappe de plein fouet, que je ne prévoyais pas, qui était là et que j'ai magnifiquement ignorée ; il y a aussi la beauté de ces marques. Je ne me maîtrise pas, je n'essaye pas de jouer la comédie du socialement correct ; je fixe intensément son bras. Elle me voit, bien sûr. Devant ma réaction si vive, je la soupçonne de me laisser quelques secondes de plus face à cette intimité qu'elle a laissé paraître. Puis, elle rabaisse sa manche. Je mets quelques secondes avant de lever les yeux sur elle. Son regard n'est plus le même. Le bleu si serein de ses yeux s'est électrisé. Une tension est montée en elle et elle m'en fait part avec un sourire qui n'est pas malheureux ni plaintif. Elle me sourit avec un certain soulagement mêlé à une crainte qu'elle ne peut visiblement pas réprimée. Je ne l'ai jamais vue ainsi. Ma surprise l'amuse derrière ce passé qui surgit et la reprend à sa nouvelle existence. Un frisson la traverse. Je m'étonne de frissonner à mon tour comme en réponse à son corps qui parle. Mon intellect se remet en marche et une foultitude d'images s'associent pour faire naître en moi tous les scenarii possibles. Mes pires cauchemars me reviennent en tête et je pense à la potentielle réalité de ces terreurs nocturnes. J'en tressaille à nouveau.
   L'instantané d'une histoire m'a été livré. Je suis désormais dépositaire de cette mémoire. Je garde ce nouveau trésor dans le précieux coffre-fort de mon âme. Le quotidien reprend ses droits et nous partons chacune de notre côté vaquer à nos occupations.

   Après ce jour, notre relation ne fut plus jamais la même. J'ignore pourquoi elle m'avait laissée voir par une inconsciente imprudence. Peut-être n'était-ce pas involontaire, peut-être m'avait-elle fait cette inestimable confiance de m'offrir la clef de son univers. Nous nous rapprochâmes peu à peu et devînment amies puis amantes. Elle restait la personne calme et avenante que j'avais connue, la complicité de l'attachement en plus.

     Je me souviens du jour où elle se dénuda devant moi pour la première fois. Je savais pour son bras mais elle ne m'avait jamais rien expliqué. J'attendais qu'elle soit prête pour écouter l'histoire qu'avaient définitivement inscrite ces trous et ces sillons en elle, sur elle. Ce jour-là, je ne crois vraiment pas que je soupçonnais ce à quoi j'allais devoir résister. Elle s'assit lentement, avec une lenteur particulière et inhabituelle chez elle. Elle s'était écartée de moi et me disait à mi-mots de garder mes distances. Son attitude me dérouta de sa part mais je la mis d'abord sur le compte de la simple pudeur. Précautionneusement, elle souleva son pull puis son t-shirt ; elle dégrafa son soutien-gorge. J'ouvrais la bouche par réflexe et réprimai un mot, un souffle, un cri, je n'en sais rien. Je restai hébétée parcourant son torse, sa poitrine meurtris du regard. Elle continua de se dévêtir en douceur. Je ne bougeais plus. Elle se remit debout et se planta face à moi. J'inspectais maintenant ses longue jambes qui m'avaient tant séduites et qui étaient sauvagement lacérées. Je dus m'asseoir. Sa peau était entrecoupée de cicatrices en tout genre : coupures, brûlures, fractures, et toutes celles que je ne parvenais pas à décrypter. L'humanité de cet être qui se tenait debout devant moi avait été saccagée, mise à terre, écrasée, défoncée, arrachée, mise à feu et à sang. On avait voulu faire d'elle un chien, un déchet. Quelques parcelles de sa peau avaient été épargnées mais elles n'en étaient que plus surprenantes dans ce chaos de chair tant bien que mal réparée. Son visage intact perdait son sens au haut de ce corps déchiré.
Elle ne m'accorda pas de répit et ne céda pas à mon choc. Je lui en sus gré. Elle me fit la violence de ressentir une part de l'horreur qu'elle portait. Elle sut bien avant moi que je tiendrais bon et que j'accepterais de partager cela avec elle. Des larmes de révolte commencèrent à couler sur mes joues. Je les essuyais rageusement, en colère contre moi-même, contre les coupables, contre le monde entier, contre Dieu s'il m'entendait qui avait autorisé cela. Je me raidit de haine. J'aurais hurlé de fureur. Je ravalai mes sentiments, sachant que c'était précisément ce qui ne l'aiderait pas. Elle avait ressenti que je partageais sa douleur et la colère qui s'ensuit. Mais ces marques étaient celles de son histoire, elles lui appartenaient et il n'était pas question pour moi de les lui voler. Il s'agissait de sa douleur et de sa colère. Je m'avançai vers elle et la serrai dans mes bras. Puis je parcourais de mes doigts les sinuosités de sa peau détruite. 
Et elle se mit à rire et pleurer, libérée du secret de sa monstruosité que j'aimais.

   

jeudi 12 avril 2012

Attention ! elle attend.

Elle sort, non pas en courant comme la plupart. Elle ne se presse pas. Elle adopte la démarche craintive qui lui fait courber le dos et rentrer les pieds. Elle sourit à ceux et celles qu'elle connaît. Quelle belle maman elle a ! Elle a peur de la regarder d'un air idiot tellement elle l'admire et les envie elle et sa fille. La femme à les dents d'une blancheur presque brillante, ses cheveux sont soyeux et surtout blonds. Elle aimerait se pelotonner dans ses bras. Mais non ! C'est absurde. Elle a tout de suite honte de toute cette affection qu'elle rêve, de cette femme qui ne lui est liée par rien. Une étrangère, une parfaite étrangère. Elle la garde quand même au fond de ses pensées, au cas où.
Elle se hisse sur la rambarde. cela lui scie les fesses. Mais elle ne veut pas s'asseoir. Elle ne peut pas, son corps ne peut pas. Elle doit rester en suspension, ne pas reposer sur quoi que ce soit.pas avant son arrivée. Elle balance les jambes, doucement. Il y a encore du monde. Elle pourra s'agiter quand elle sera seule et que personne ne la regardera plus. Des femmes et des enfants passent devant elle, lui sourient ou continuent pris dans leur conversation. Elle n'est pas encore seule. D'ailleurs, elle ne le sera pas, non ! Elle observe les enfants, les parents qui restent : les grands discutent, ils prennent l'air sérieux ; les petits se poursuivent sur le bord de la route. Ils vont même sur la route. Il y a des voitures pourtant ici. Elle se dit qu'elle, elle n'aurait pas le droit de faire ça, que c'est dangereux. Elle s'étonne que ces parents ne disent rien. Elle reste vigilante aux véhicules qui débouleraient du virage, au cas où.
Puis, ils se séparent finalement. Ils se dépêchent de rentrer manger. Sinon, ils seront en retard pour le retour tout à l'heure. C'est malin, ils n'ont pas pensé à cela. Parfois, elle ne comprend rien aux parents.

Elle est la dernière. Elle est seule en fin de compte. Une vieille dame lit son journal sur un banc, sur la place. Elle l'observe quelques minutes. Elle a peur d'être vieille.
Et alors, elle se met à attendre ou à sentir combien elle attend. Elle tente de penser à ce qu'elle vient de voir, à sa matinée. Mais il est trop tard. La machine est lancée : son cœur s'emballe, son ventre se contracte indéfiniment,ses jambes qu'elle fixe consciencieusement se balancent de plus en plus vite. Elle ne sent plus ses fesses. Ça y est. Les questions la prennent, la tiennent et commencent leur grande fête autour du feu de joie de son attente. Elles étaient là depuis le début mais déguisées, c'est tout. Va-t-elle attendre 2h ici, jusqu'à ce que les portes rouvrent ? Que vont penser les gens en la voyant là ? Ils la trouveront stupide à attendre comme cela.
Elle se lève, s'avance sur le chemin de la maison et prie très fort que la rencontre survienne. Mais la rue est vide et bizarrement silencieuse. Peut-être que quelqu'un va venir lui poser des questions ? Elle ne veut parler à personne, elle veut disparaître. Elle revient à la barrière et se réinstalle Précisément à la même place. La vieille dame à lève les yeux sur elle et elle sent qu'elle est prête à venir lui demander qui elle attend et pourquoi. Elle baisse la tête d'un coup, sans appel et colle ses pupilles à ses rotules en action. Elle se berce de ce mouvement circulaire, si étrange, si fluide. Elle s'apaise un instant. Elle sent à nouveau la douleur dans ses fesses. Elle descend lestement, sautille sur place et se remet en position.
Au bout d'un long moment entrecoupé de regards jetés en arrière, elle se met debout et repart vers la maison. Comme la première fois, elle rebrousse chemin lorsque sa barrière disparaît.

Elle se rassied.
Elle attend.

Cela pourrait durer l'éternité. Elle ne voit pas le bout de son imaginations. Elle se perd dans le trou noir. Elle sombre. Elle transpire. Elle est sale. Elle a honte.

Elle scrute une fois encore : il arrive. Le trou se referme. Elle s'effondre à l'intérieur d'elle-même, épuisée. Le soulagement coule dans ses veines et elle revit. Ce qu'elle a mal ! Pourquoi être restée comme cela sur cette barrière ?
Et là, surgit la question : 'Il m'avait oubliée ?' elle a à peine le temps de la penser. Elle la jette loin, le plus loin possible, dans le coin des idées-ordures. Il arrive, gêné, prononce la phrase fatale. 'Je suis désolé ma chérie, je t'avais oubliée.' Elle ne peut pas s'effondrer davantage et ce n'est plus ce qui peut arriver, elle le sait désormais. Elle ne peut pas le regarder. Elle sent un sourire narquois se dessiner sur son visage. Ce qu'il est idiot ! Elle a honte pour lui de ne pas même avoir la décence de cacher sa petite omission. Je suis devenue son trou de mémoire, un petit trou de mémoire. Je le méprise de tout mon être. Même moi je sais qu'il ne faut pas dire ces choses-là. Et il est mon parent ? Laissez-moi rire. Officiellement, c'est vrai. Mais pas pour moi. Je sens monter en moi cette force sombre qui le tuerait. Je la laissé l'envahir quelques minutes tout en faisant semblant de m'intéresser à ce que je lui raconte. Puis, je la relègue elle aussi au deuxième plan. Elle est trop puissante pour lui, je ne peux pas la laisser voir. Il s'écroulerait comme un château de cartes. Elle le connaît. Elle ne doit pas laisser la force de colère la contrôler. Elle doit rester de marbre. Elle ne peut tout de même pas le regarder. Elle croit qu'elle ne pourra jamais plus d'ailleurs. La haine se mêle au mépris, elle met toute son énergie à l'amadouer et à l'endiguer. Du moins, à la faire taire. En réalité, elle ne fait que la nourrir encore plus.
Il l'a oubliée. Elle a honte de lui, elle a honte d'être ce qu'elle est elle voudrait se métamorphoser, transformer son univers comme par magie, ou tomber dans le coma et que tout le monde s'inquiète pour elle. Quelque part, au fond d'elle-même, elle sent qu'elle vaut la peine, qu'elle est plutôt gentille mais elle ne doit pas penser cela où elle ne pourra plus faire marche arrière et elle haïra, en face. Elle n'est qu'une enfant. Elle est faible. Elle ne peut rien faire, rien dire qui fasse le poids. Elle est face au mur. Elle déteste être une enfant. Elle se promet qu'elle se vengera quand on la verra comme une vraie personne qui en vaut la peine. Pour l'instant, elle l'aime parce qu'elle n'a pas le choix et elle n'y pense pas. Son cœur ne doit pas mourir maintenant. Elle tomberait définitivement dans le gouffre noir. Elle les aime de tout son cœur pour vivre, par instinct, on verra plus tard.
Heureusement pour lui que pour l'instant elle est trop faible. S'il savait ce qu'elle pourrait cracher, vomir, les horreurs qu'elle a au creux de la bouche, les coups bas qui animent ses poings qu'elle serre de toutes ses forces pour ne pas l'ecraser, le demanteler. Heureusement qu'il ne sait pas combien ce sourire est faux combien ces yeux pourraient lui hurler le massacre rêvé et le dégoût inhumain. Elle garde cela pour plus tard. Et là, il verra. Ils verront tous, les autres, les mêmes. On ne l'oubliera plus. Elle brûlera beaucoup trop haut.

mardi 13 mars 2012

Le secret

        Elle les observe s'agiter, tournoyer autour d'elle. Elle ne comprend pas vraiment en quoi consiste cette danse, quelles en sont les règles, les interdits ni l'horizon. Elle a beau les observer, quand ils la laissent en paix, qu'elle peut enfin respirer un peu, soulager son corps et son esprit de leur regard, elle ne saisit pas. Elle enregistre et se repasse en boucle, le soir seule dans son lit, tous les pas de cette étrange chorégraphie. Elle se dit que peut-être en les répétant mille, dix mille, un million de fois, en les apprenant dans les moindres détails, elle comprendra. Elle n'a peut-être pas encore atteint les mille. Ca doit être pour cela que le brouillard ne se dissipe pas. C'est tous leurs gestes mais aussi leurs mots, leur manière de les agencer. Ils ont chacun leur voix mais il reste toujours quelque chose de commun derrière les mots que chacun aime et le ton que chacun prend. C'est ce point-là qui lui résiste. Alors, elle pose des questions, elle essaye de capter quelques informations. Elle sait maintenant qu'il y a une règle : ne pas trop poser de questions, les poser au bon moment, faire comme si on demandait une faveur, feindre la pauvrette aux yeux plaintifs. Voilà qui fonctionne bien. Mais, une fois la question posée, encore faut-il que la réponse vaille quelque chose. La plupart du temps, elle n'est que médiocre mais elle, elle s'en repaît quand même et la décortique pour essayer de trouver le coeur brillant, la pierre précieuse au creux de cet amas de mots. Elle sait bien que sa tâche est rude. Mais elle ne peut pas l'arrêter. Que ferait-elle si... Elle n'y pense pas, elle sent un vertige s'emparer d'elle.
     Malgré tout, elle a quelque chose d'harmonieux cette incompréhensible danse. Elle pense à un mystère, elle rêve à un mystère qui lui sera révélé quand elle sera adulte. Ca l'aide quand vraiment, tout s'embrouille dans sa tête et qu'elle se sent ballottée de-ci de-là par les grands.
     En fait, elle n'est pas sûre de vouloir devenir adulte. C'est gris un adulte. Mais ça danse et ça décide, même en gris. Valser, virevolter, refuser une danse, en proposer une, s'asseoir un moment... Elle, elle aimerait avoir tout ça mais rester colorée comme une enfant, et danser en robe rouge. Elle réfléchit : si tous les autres sont en gris ? Elle aura l'air bête.
      Un jour, elle a entendu parler de ces gens qui ne grandissent jamais, de ces enfants qui vivent dans la rue et qui restent des enfants. Tout le monde autour d'elle s'est exclamé d'horreur en voyant ça. Elle, c'était comme si elle avait trouvé la solution à son problème. Petite et grande à la fois. C'est ça qu'elle veut au fond. Elle sait bien que cela n'est pas possible malheureusement. Elle se demande bien si elle deviendra un jour adulte. Ca lui paraît absurde et impossible. C'est un autre monde. Elle s'imagine plus tard, elle essaye de s'imaginer plus tard parfois. Elle en arrive toujours à rire toute seule de l'univers farfelu qu'elle invente. Rien à voir avec ce qu'elle observe tous les jours. C'est un peu comme Alice au Pays des Merveilles ce qu'elle a dans la tête. Elle ne trouve pas les bonnes proportions. Mais ça, on en revient toujours au même, à ce secret qui règne chez les adultes et qu'elle n'arrive pas à briser.
     Certains sont différents. Elle jette son dévolu sur eux pour leur soutirer des informations. C'est grâce à eux qu'elle sait le peu qu'elle sait. Ils répondent à ses questions et même, il y en a avec lesquels les yeux de chien battu sont inutiles. Elle savoure ces petits moments où la porte s'entrouvre. Mais elle sent bien qu'elle ne peut pas aller jusqu'où elle veut. Les autres s'interposent et arrêtent le traître dans sa discussion avec elle. Ou alors, lui-même, dans un sursaut se reprend et rebondit sur un thème inutile et vain mais convenable avec les enfants.

Plus tard, si elle est adulte un jour, elle travaillera avec les enfants. Elle sera Traître.

dimanche 12 février 2012

Il y a quelque chose que je n'ai pas compris ?

Non, ce n'est pas là le réquisitoire d'une victime éplorée de cette méchante société que serait la nôtre ! Non, je ne ferai pas la concession de ces jérémiades insipides, ineptes et stériles. Trop facile d'accuser sans davantage d'explications ! Trop facile de s'en tenir là et de se lover dans son petit confort de victimes inoffensives et inutiles ! J'en ai fait partie et j'espère que cela n'arrivera plus jamais. Mais là n'est pas la question. La voici la question qui me taraude, qui me met en rage comme aucune autre et que je vous pose à tous : y a-t-il quelque chose à comprendre à l'humain qui recule devant tout miroir qui peut s'offrir à lui ? Y a-t-il quelque chose à comprendre, réellement ?
Enfant, adolescente, mon univers était peuplé de créatures, je dis bien créatures et non personnes, plus ou moins dangereuses. C'était en fonction du degré de méfiance que je devais adopter avec chaque humain que je croisais, quelque âge qu'il ait, quelle que soit sa fonction auprès de moi, que j'évaluais celui qui me faisait face et mon attitude en retour. Je me cachais sans cesse, personne ne savait ce qui m'habitait et certainement pas moi-même. Je savais une chose : j'avais peur, honte, souvent envie de disparaître et les autres faisaient peur et mal. C'était pire quand j'osais les aimer. Je ne pouvais évidemment pas m'en empêcher, heureusement, la survie n'épargne personne. J'attendais le drame, la prochaine erreur que j'allais commettre et qui me ferait me haïr un peu plus et me pousserait du bord de la falaise où je me tenais, dans le trou noir. Vous pourriez vous dire que l'enfant, l'adolescent s'imagine toujours des choses bien plus dramatiques qu'elles ne le sont en réalité. En réalité ? J'ignore ce que cela veut dire mais passons là-dessus. Eh bien, vous vous leurreriez : le drame arrivait toujours, plus ou moins rapidement mais mon rêve de me terrer dans les profondeurs chaudes d'un sous-sol se manifestait toujours un moment ou l'autre..
Ca a été comme ça et il n'est plus temps de s'en désespérer ni d'accuser. Cet univers était tenu par le fil de l'éclatant espoir de voir ma vie d'adulte s'attendrir grâce à l'intelligence humaine que j'attribuais aux adultes face à un autre adulte... N'est-ce pas mignon ? Cela m'a fait vivre, et tant mieux. Mais j'en ai longtemps souris amèrement. J'étais sûre, plus tard, de trouver le moyen de communiquer, de se comprendre et d'avancer sur un chemin commun.
J'ai mûri, vieilli, j'ai continué d'aimer malgré tout, bien sûr. Et puis, après avoir eu bien trop mal bien trop longtemps, j'ai arrêter d'aimer. J'approchais de l'âge que je considérais comme celui de l'adulte, qu'enfant j'avais arbitrairement fixé comme celui de l'adulte que je rêvais d'être, celui qui n'aurait plus peur, celui qui serait compris ; et rien ne changeait. Une fois que j'ai eu cet âge-là, l'enfant que j'avais violemment fait taire s'est retournée dans sa tombe et m'a tiraillée de plus belle. On ne me comprenait pas. J'étais accablée oui, mais une colère absolument incontrôlable m'animait aussi et c'est elle qui est devenue le moteur de ma pitoyable vie. De fait, je m'en suis tenue à une attitude face au monde qui m'entourait : haïr et mépriser. J'étais comme un élastique sur lequel on avait trop tiré, qui avait cédé, à bout. Je n'étais pas tout à fait consciente de ce que je faisais, se rassurera-t-on. Pas tout à fait inconsciente non plus, nous ne voilons pas la face, et pas insouciante du tout. Quelques rares trouées de tendresse se dessinaient de temps en temps, rares, fugitives mais parfaitement sûres et jusqu'à aujourd'hui, je ne les ai jamais oubliées, ni ceux avec qui je les ai partagées. Pour la première fois de ma vie, j'avais le sentiment d'obtenir ce vers quoi j'avais toujours tendu vainement. Ils me comprenaient. Et les autres, que faisaient-ils, cloués dans leur monde minable qu'ils chérissaient tant du simple fait qu'il était leur ? Je les méprisais de toute mon âme avec une méchanceté et une violence inacceptables, que je ne disais pas, bien entendu, puisque je n'avais plus aucune confiance en la moindre parole. Cette haine, appelons-là par son nom, je la montrais, je l'exhibais, j'étais la laideur qu'ils ne voulaient pas voir, la réalité de notre déchéance et de notre petitesse que je connaissais si bien et qu'ils semblaient se cacher si facilement à eux-mêmes. Je refusais non seulement de comprendre mais même, d'essayer de comprendre. A mon tour, je restais fixée et je regardais sans bouger, mi-goguenarde, mi-désespérée. J'attendais égoïstement qu'on vienne à moi, comme j'avais si souvent vu faire, croyant sans doute faire changer les choses, tout au fond de moi, loin derrière.
Je me suis insurgée encore et encore jusqu'à aujourd'hui contre ces gens qui ne comprennent pas, plus ou moins violemment. Ceux qui ne comprennent pas, qui avancent dans la vie à l'aveugle, qui parfois savent très bien qu'un miroir les attend à chaque tournant mais qui parviennent à toujours l'éviter, non sans dégâts collatéraux. Après m'être contentée de les mépriser, j'ai essayé de me mettre à leur place. J'ai bien vu, à mon grand désarroi, qu'ils ne m'étaient pas si étrangers. Ils étaient comme un repère pour moi ; facile de s'orienter grâce à ce qui nous révolte, beaucoup moins grâce à ce que l'on espère accomplir. J'ai changé, je me suis assouplie. Mon univers n'est plus le même, ses habitants changent,ses paysages changent, mon regard change, ma vie change et reste cet agacement quotidien, se muant en profonde colère, en blessure brûlante, en incompréhension muette, en larmes chargées de tous ces sentiments, au gré des événements et de mes vagues intérieures. Je ne peux pas admettre ce refus, pourtant si humain et parfois touchant il est vrai, de se regarder en face et de se mettre à nu volontairement même une seule petite seconde et d'oser regarder. Je ne peux pas l'admettre. J'en crèverai. Jusqu'au bout de mon existence, je sais que je tiendrai ce fil : lutter et me révolter même inutilement contre cette lâcheté qui me touche démesurément.
Pour qui est-il facile de se regarder, de voir combien il est fragile, combien il est humain ? Pour qui ? Pour personne, sans exception et ceux qui semblent à l'aise et qui le sont peut-être avec les affres de leur psyché, ne sont pas épargnés par cette douleur de voir. Que cette imbécillité de croire qu'il y a des gens qui sont faits pour se comprendre et comprendre soit abolie ! Qu'on ne me resserve pas ce réchauffé ! Il n'en est rien et je risque le pari que ceux qui le disent savent parfaitement de par la conscience que nous détenons tous, de par cette angoisse existentielle qui nous est commune, qu'ils ne font que fuir. Et gare au jour où la mort les surprendra sans aucune issue, ce jour où ils devront lever les yeux, lever la tête droit devant eux et regarder sans détours la noirceur, l'horreur, l'immonde qu'ils auront mis tant d'énergie à repousser ! Leur douleur n'en sera que plus vive. Sans m'en réjouir, ce jour-là, je ne m'attendrirai pas.
Je crois que le plus triste reste précisément le constat de toute cette énergie et ces efforts vains, de tout ce temps perdu. Pourquoi ne pas descendre dans l'arène et affronter la terrible brûlure de la lucidité et la surmonter, en hommes et femmes incroyablement résistants que nous sommes tous, et jouir enfin de l'apaisement de savoir qu'on n'en meurt pas, qu'on est plus fort que cette torture d'un moment et de pouvoir ensuite jouir de l'épanouissement du monde ? Toutes les réponses me convainquent, aucune ne me satisfait. Je continue de chercher dans tous les miroirs que je croise.