vendredi 31 mai 2013

Portrait x 4

Alcoolique
ascétique
grande dame érigée
critique
cynique
impassible elle trône
dogmatique
prophétique.

Atrabile
immobile
grand génie abrégé
vigile
stérile
rationnel il calcule
intactile
rétractile.

Obsédée
lézardée
fol lutin dérangée
bridée
vidée
incertaine elle suspecte
corrodée
truandée.

Constructif
directif
hardi gars rallongé
rétif
hâtif
intrépide il bâtit
réactif
créatif.

Electrique, barricadée, indélébile, compétitif.
Vers commémoratifs.

Rouge timide

Secrètement présente, à sa place légère,
Elle défie le vent de la percer à jour,
S'évanouit transparente, impalpable recours,
Abandonne la scène aux fous, clowns et mégères.

Loin des yeux loin du monde agité, l'air sévère
Elle recule dans l'ombre, fuit l'effrayant concours
Des hommes qui s'affrontent sanglants et sans détours.
Elle s'emmitoufflonne, cieux nébuleux d'éther,

S'enfonce délicieux jusqu'à la chaleur moite
De la calme langueur de sa tannière étroite
Où elle garde précieux le secours d'un refuge.

Parfois, d'aucuns l'appellent, elle joue la distraite
Mutant caméléon dans les sphères abstraites
A l'abri de sa honte et ses brûlants ravages.

jeudi 30 mai 2013

Voyage aux origines

Flux et reflux d'une comptine qu'on ronronne
attrape mes oreilles, m'aimantent habilement,
m'entourloupent m'encharment imperceptiblement,
et je glisse tout doux au coin où l'on pouponne.

Un petit bout de femme, qui s'empresse et bichonne
Minuscule bout d'homme, rougeoyant enroulé,
Maman aux airs de vierge, mots d'amour roucoulés
au creux d'un pli de cou, douce maman fredonne.

Je m'approche sans bruit, cachée m'encapuchonne
invisible fantôme échu de l'avenir
lancé à la recherche ailée du souvenir
d'un temps me devançant sur qui mon coeur questionne.

Je plonge dans les yeux de l'incroyable nonne,
ces yeux limpides et sombres, de tendresse et d'effroi
qui chantent la caresse mais que des éclairs froids
incompris et soudains, la pupille sillonnent.

Au fond de son regard, j'entends le coeur qui sonne :
"Sainte Vierge, mère ultime, écoute ma prière
mon enfant est un monstre absolu de lumière
Je l'aime et le déteste, est-ce un coup qu'on pardonne ?"

Je remonte à son âme qu'intraitable on bâillonne
qui se débat rebelle à un destin d'otage
d'une guerre civile, pur exact sabotage
d'un esprit boutonné, d'une vie qui bouillonne.

De retour ici bas, la vison m'abandonne
mais m'instruit sans détours, sans troublante fiction
me consolant douillet sur ces drôles d'affection
pour grand-mère et papa dont les douleurs résonnent.

mercredi 29 mai 2013

Un contrat sur la vie

"Arrivera ce jour, paupières clignotantes
où on fuira mes pas, ma vigueur et mon coeur,
et mon regard dardant impérieux dictateur
du désir de vous tous ! devenus mes servantes.

Arrivera l'instant, maladie délivrante
où l'on me haïra, écoeurante noirceur
et mon âme moisie, gangrénée de rancoeur
contre vous, et vous tous ! lie humaine ignorante.

Arrivera le temps de ma gloire éclatante
où l'on admirera mon aveuglante ardeur
et mon courage inouï, furieux détonateurs
enclenchés pour vous tous ! sainte engeance rampante."

Et ce jour arriva, instant d'un lourd verdict
s'abattant sur mon sort comme exigence stricte
d'un contrat sur ma vie dédiée à la vindicte.

Cet instant-ci scella l'avenir ascétique
et d'un mol escargot, je devins porc-épic
rêvant de chirurgie martyre et arsenic.

Mon âme et mes yeux noirs fusant de dynamite
je m'adonnais féroce aux pratiques illicites
de manoeuvres psychiques, célébrant mon mérite.

Et le vif porc-épic devint faible hérisson,
léthargique piteuse, famélique animal
se cramponnant coriace à ses pulsions primales ;
les glas de ma vengeance tintaient à l'unisson.

Je dus m'avouer vaincue ou gagnée, je l'ignore,
par le souffle du monde anéanti bafoué,
systématiquement interdit étouffé,
qui m'éveilla pourtant et le monstre s'endort.

Labyrinthe du désir

Plongée au vif du labyrinthe du désir,
ma volonté s'égare, se disperse et s'emmêle
entre les haies de roses, chemins intemporels,
baisse les armes, fondue et se laisse gésir.

Autour de moi ondulent voluptueux plaisirs
je suis lovée gavée du trésor éternel
de la tentation et des rêves charnels.
Tous m'enlacent lascifs, m'offrent de les saisir.

Je demeure immobile, avalée de douceur
cohabitant sans honte avec ardeur, douleur
d'aspirer, suffoquant de soif d'exaltation.

Ce dédale sinueux où Il Faut avoir peur !
me caresse élégant pénétrant de torpeur,
m'engloutissant de ses spécieuses passions.

mardi 28 mai 2013

J'ai perdu mes nuages

Et le guidon m'échappe
brusquement les soupapes
s'ouvrent sur la béance
de mon impuissance.
Cesser de pédaler
de peur d'être avalée
et crever bouche ouverte
au pied du monde inerte.

J'ai suivi les nuages, compagnons de voyage,
qui dessinaient ma route aux cieux protecteurs
contrant ma sourde oreille face à leurs détracteurs
et matins soirs pieusement leur ai rendu hommage.

Aujourd'hui je frappe
terre et ciel me happent,
chemin vide en errance
mon cher vélo balance
au coeur de la vallée
désarmé emballé
au hasard de la perte
les yeux au ciel alertes.

Je suivrai les nuages arabesques images
demain et pour toujours, ils brideront ma peur.
Rebâtissez mon toit, douces tendres vapeurs !
Que mon ennui contemple le salvateur mirage!

L'esprit-loup

Les yeux à peine ouverts, mon corps gardien prévient :
matin traînant des pieds, les yeux vissés au sol
grand déjeuner boyaux tressés et rétrécis
après-midi s'éclaire et le coeur se deserre
soirée souffle calmée souriante un peu vide.

Au premier son du monde, veine du jour me tient
dictatrice acharnée des dièses et des bémols
du chant de l'esprit-loup soumis à sa merci
qui enrage et arpente sa prison de verre,
mon âme transparente, impuissante et lucide.

La bête se lamente et hurle, je m'abstiens
de la laisser s'enfuir de prendre mon envol !
Mon âme et la bête enfiévrée s'embrassent, voici
qu'on se réchauffe en choeur dans le sein de ma terre !
tout y était aride, se mue mielleux limpide.

Peu à peu, heure à heure, esprit-loup galérien
recouvre son pouvoir et ses fantaisies folles
peut enfin dresser vers l'horizon éclairci
son regard jaune aigu, quitter ses sombres fers,
vers la vie et le rêve accourir intrépide.