lundi 1 juillet 2013

Main d'or

Ces deux-là discutent au coin d'un café parisien. La mère est une beauté agressive épanouie et impérialiste. Elle magnétise les regards qui viennent l'admirer dociles assis en tailleur dan son cercle, redevenus écoliers en à cartable et costume bleus. Elle pourrait être installée devant eux lascivement sur son bureau d'indigne enseignante assumée, se tortiller sexy. Elle affiche un sourire nébuleux et savant.
En face, elle est jeune et fanée, fade effacée, douce égarée. Elle laisse la génitrice régner, elle lui livre la place, elle ne peut pas lutter contre cette chaleur pas tant exubérante qu'ordonner, à respirer, à conspirer. Elle doit collaborer.
On les observe et elle serre le cœur la collabo, pendue au cou de la mère impitoyable. On se dit qu'elle est perdue, elle tire des larmes. Et même, c'est elle qui trinque la petiote ! Elle sort le chéquier et sa plume décalée.

Et s'opère le fameux changement de côté.

 Elle dégaine l'arme qu'elle s'ignore, incluse en elle, qu'elle brandit si régulièrement et qui lui ouvre la voie. C'est à n'y rien comprendre. Elle sert comme d'habitude de dame de compagnie, de porte bagage, de vestiaire, de chien-chien à la reine de la ruche servile, toutes les têtes bourdonnent pour elle.  Et puis, c'est comme si le vent tournait, c'est elle qui fait tourbillonner le monde, qui chausse sa belle robe de princesse, chasse la poussière et les mites qui l'entouraient joyeusement. Elle se rasseoir en elle, enfin stable sur ses hanches, entière et nécessaire. On est émerveillé par l'araignée mal épilée, recluse derrière  ses vieilles toilettes humides de salle de bain désuète. Elle a dégaine l'arme : a déposé son corps et appuyé son bras, la main d'or a surgi. Son homologue moustache, le Capitaine Crochet, bave devant cette sublime difformité. La peau blanche diaphane de la jeune fille prudente devient un serpent brillant qui ondule parmi les ternes humains. On est forcé de reprendre son souffle devant trop d'éloquence. La main dévoilée, sortie de son tunnel, doré le corps à son tour et renverse le réel comme un gant ou un poteau de jeu, échecs/petits chevaux, digne/populo échevelé. Ou le pull double face. 
La métaphore se perd avec le scotch.
Et le monde lui appartient jusqu'à minuit et Cendrillon. Elle écrit, fait danser l'encre et ses folies. Ceux qui honoraient l'autre sont à ses pieds, brûlent de baiser cette main et ses doigts qui maîtrisent l'univers. Elle leur fait dire faire et devenir ce qu'elle a décidé, la main d'or agile volète à la surface de l'atmosphère. Elle est le vrai tyran de l'univers, versatile, ignorante et sublime.

dimanche 30 juin 2013

Un personnage !

Il entend qu'on remue autour de lui, qu'on bouge dans les étages. Il faut se réveiller, partir à la conquête du monde.
Les quelques premières minutes sont douloureuses. Mais c'est un combattant, il retrouve vite son punch et la sève de la vie l'enivre une nouvelle fois ; il gonfle la poitrine, fier en ce petit matin. Il a toujours ce mouvement d'euphorie qui l'anime au lever qui l'ébouriffe et le remet sur pied. Il se sustente correctement pour être sûr d'être opérationnel. Bien entendu,ne activité est aléatoire dans son domaine. Tout dépend de la demande. Et même si l'on peut déterminer des tendances générales, chaque jour ou presque diffère, même d'un iota. Ça lui plait bien ce rythme-là, il est toujours sur le qui-vive. Sauf en quelques occasions, comme tous ses collègues et partenaires, notamment lorsqu'il boit trop. A ce moment-là, il ne répond plus de rien, il n'est plus lui-même. Mais il ne regrette jamais ce qu'il a pu faire sous l'effet de l'alcool. C'est un hédoniste, depuis qu'il se connaît. Il n'apprécie pas les règles, détourne les interdits, franchit les limites. Il n'a pas froid aux yeux ce gigues-là. E puis il ne s'en laisse pas conter. Une ou deux fois, on a tenté de le tromper sur la marchandise, en fourbe ; il y a vu clair malgré sa réactivité un peu impulsive parfois. Il a tout de suite levé le voile. Il n'a pas cherché la castagne. C'est un soldat parfois têtu mais pas un imbécile. Plus, en tout cas. Dans sa jeunesse, il a vécu des choses pas très jolies jolies mais cette époque est révolue. Maintenant c'est un personnage respectable, costume cravate, toujours bien mis, bon poste, bon salaire. Une certaine sérénité mature mais le principal est de rester naturel.
Mister Le Zob.

L'héritage

Pas le choix, pas toi qui décides.
Elle se répète en boucles infinies ces phrases opérant saccadées l'interminable tour de cerveau. Elle les regarde précieusement pour ne pas croire qu'elle est victime, qu'elle va s'affaisser comme un vieux slip tout sale au milieu du salon indécente. Ou alors, au pire, comme un tas de crottes gluant comme du riz trop cuit. On l'a trop cuite elle aussi, c'est sûr. Ça a grillé des neurones, elle n'est pas comme les autres, il lui manque une case. C'est une énergumène et la mère y a laissé sa peau. Elle lui a brûlé le corps définitivement. Elle l'a enflammée en sortant d'elle et elle s'est consumée pendant une longue année a petit feu. Le cœur du brasier sanguinolent s'est étendu de l'origine du monde jusqu'aux cheveux et orteils. Il en a survécu un petit tas de cendres, assez ridicule pour une mère abandonnant ses quatre enfants. 
C'est comme ça qu'on lui a raconté : une mort absurde toute exiguë. Peut être que c'est pour cela qu'elle aussi à son tour, elle se sent se tasser. C'est inscrit dans ses gènes. C'est son délicat patrimoine, ce à quoi elle a droit, ce qui la rend légitime. Le problèmes reste entier : résister à la fatalité du tas ou la laisser s'emparer de soi parce que l'on sait que çela surviendre, plus ou moins, rapidement ou pas, mais à la fin, on sera amorphe et bien vivant. 
Elle sent son intestin où se livre une guerre sans fin. Elle aussi ça l'a brûlée. Cela n'est pas Dieu possible de faire tout comme sa mère qui n'a même pas la courtoisie d'être là, qui n'assiste pas  aux  représentations de sa progéniture !
Mais quand même, il y a cette satanée différence : ce n'est pas un tas de cendres qu'elle devient, c'est de la belle bouse croutée. Bah ! Bouh ! Ah ! Haut-le-cœur ! des spectateurs ? Il n'y voient rien ! Dans sa poitrine ? Sa gorge à elle, qui s'ouvre ? Eh oui voilà ! Elle se nauséabonde et la maman fugueuse admire d'un sourire bienveillant comme toujours. Ne t'inquiète pas ma fille. Ne t'inquiète pas ta fille ?! Je ne m'inquiète pas, je bouse ! Toi tu contemples immobile, tu ne sers vraiment à rien, même crevée. 
Et elle poursuit la route d'une autre comme si elle lui rendait hommage. Drôle de reconnaissance qui en passe par la métamorphose merdeuse ! Elle n'y comprend pas grand-chose mais elle sait qu'au fond, elle y est attachée. Ce tas insensé lui confère au moins une certaine absurdité qui n'est pas sans la rassurer sur son existence.
Vivons merdeuse, vivons heureuse !

jeudi 27 juin 2013

La boussole décompense

La boussole débloque, elle tic tacote,
c'est la panique, elle pique un fard
tremblotte de froid dans son bocal
elle s'est embuée, elle chasse sa queue
cherchant follement de droite à gauche
elle n'attrape rien, elle se démène
pousse mille jurons, lève un poing belliqueux
mais elle est claquemurée, elle suit la flèche
et tourne en rond dans le brouillard local
elle ne peut ni creuser ni fendre le plafond
on l'a plaquée, détoffée, condamnée,
elle ne peut pas s'étendre, se prélasser, gargouiller d'épaisseur.
La boussole s'affolle, elle décolle sa raison
elle frappe si fort au carreau de sa prison
que tout explose et craque en cristaux de colère.

mercredi 26 juin 2013

Pas touche !

Cou allongé éloignant prudemment la précieuse boîte à idées des membres et des organes impuissants, visqueux nerveux excités, et de tous leurs semblables.
Posture droite sans appel rectangulaire millimétrée, la chair enmachinée, domestique ordonné.
Jusqu'au plus petit capillaire de l'auriculaire gauche, fluides au débit contrôlé, muscles serviles esclaves, articulations au tour militaire, sexe muselé loin dans le ventre, enfoui entre les jambes, derrière le pantalon, fantomatique et confus.
Il s'avance dans la foule gluante de ses congénères coulants comme des vieux camemberts trop faits. Il s'en assèche d'autant plus, précautionneux de se poser une place dégagée et lumineuse ; il trône dans osn imlplacalbe raideur.
Il est campé et ne remuera pas d'ici plusieurs heures. c'est inutile, énergivore. Il fera semblant d'être là, les yeux ouverts, pas vraiment bienveillants mais pas si froids que le reste. En réalité, il se glissera tout entier dans sa boîte fantastique, dans sa boîte à idées.
Toujours soucieux de préserver sa riche solitude, il continuera d'afficher un air affable mais silencieux désertique.
On le laissera tranquille car on sentira bien la répulsive aura glacée qui s'oppose à toute intrusion, timide,digne ou subtile. On essaiera par-ci par-là de s'attaquer au mystérieux ermite mais aucune brèche ne s'ouvrira.
Il y en aura un ou une, il y en a toujours un(e). Qui forcera le passage, violera la quiétude impassible. Il sera dérangé, chatouillé, tapant sur les doigts de l'impudent malotru. Qui poursuivra sa quête comme un enfant qui veut toucher ce jouet qui brille trop haut pour lui.
Et le masque tranquille froncera les sourcils, retroussera la lèvre, soufflera des narines, raclera de la gorge, crachera, cognera l'imbécile d'un claquement de langue impérieux métallique. les pupilles dilatées du félin en furie dans les starting-blocks.
Le ramolli du bulbe recule, frottant son front, son corps tout endoloris par ce heurt invisible contre cette coquille de verre qui l'a chassé féroce hors du monde convoité du beau monsieur poli, assis dans le doux fauteuil bleu.

mardi 25 juin 2013

La traître paria


La pièce s'allonge, s'agrandit brutalement au son de ses paroles cinglantes.
les oreilles tintent et carillonnent de surprise, de colère, déçues, amères.
Métamorphose de meubles, des murs, des hommes à la vitesse filante
de l'étoile pressée dans sa fugue loin des vaines prières
qui s'élèvent de tous les coins du monde en un faisceau bourdonné.
On se range en soi-même pour ne pas s'égarer dans l'étendue menace
qui n'arrête jamais de creuser, plus loin, et plus profond vers l'Enfer et ses cerceaux damnés.
on essaye d'être ferme mais on tourne limace
l'angoisse, la traître paria.
par quelques mots débilitants.
On flotte bien trop au large mais complètement ratatiné
dans un rebut de corps aspiré étouffant.
La lune se lève au jour tout déglingué,
on se retrouve au beau milieu d'une vieille photo pourrie en sépia.
on essaye d'avancer dans l'immensité démembrée zébrante et zigzaguée
insensée.
Elle nous a enrôlée,
dévertébré, désespéré de notre beau travail piétiné

lundi 24 juin 2013

Lendemains épouvantent

La quiétude du monde s'écroule sous mes pieds plantés facticement dans la Terre.
Il en avait fallu du temps pour faire confiance aux gravillons, goudrons et autres dessous de corps.
D'abord flotter puis glisser, enfin s'appuyer doux précautionneusement et au bout de toutes ces années ancrer sa vie dans son cratère à soi, modèle sur mesure inimitable, un cratère juste à la bonne taille, juste du bon ton, ni trop ni trop peu, qui prend la forme de l'âme.
Le cratère-nid berceur en petits bouillons duveteux dedans qui, le soir venu, se hérisse de piques crépitantes de feu contre les loups et autres chauves-souris fourbes noctambules.
On se croyait désormais hors de danger, fermant les yeux sur le désir d'une foi indéfectible.
Ca faisait chaud au coeur de se laisser à s'installer fermement et légitime.
On était enfin quelqu'un, une vraie personne à qui on adresse et avec qui on rit.
On avait tout bien rangé dans son petit intérieur, coeur en haut à gauche, estomac bien centré, foie à la droite du Père.
Et patatra ! tous de retour dans les chaussettes ! coincés au fond des talons submergés.
Embouteillage sérieux pour atteindre la pointe du raz au gros orteil. Ca gonfle, les veines s'affolent et sortent de terre en vaguelettes battantes. On devient tout pâle, bientôt verdâtre, de la cime jusqu'aux racines, grand échalas dégingandé, exceptés les gros panards rougeauds.
On ne peut plus les calmer, ils gigotent en tout sens, comme on les a longtemps connus, saucissonnés entre la panique de leurs nerfs et l'hystérie veinarde.
On est retombé en enfance, nous qu'on pensait avoir grandi !
Notre grotte secrète s'est invertie en colline bosselée inconfortable et exposée.
Branle-bas de combat en souterrain !
On sautille de pas en pas, observé transparent, angoissé de se brûler, de se congeler au contact du sol armé jusqu'aux dents.
Lendemains qui déchantent.
Lendemains épouvantent.