vendredi 6 décembre 2013
Crever les yeux
Angèle, la trentaine, solitaire et quelque peu misanthrope, mène une vie des plus routinières, entourée de ses animaux domestiques. Sa tranquillité va être définitivement troublée, lorsqu’elle reçoit régulièrement des lettres anonymes. Parallèlement à ces événements, un petit garçon perdu lui demande son aide. La violence, la crudité des missives et l’insistance de l’enfant vont la faire basculer dans la vraie vie, qui bouillonne en elle et qu’elle se refusait jusque-là à expérimenter.
Crever les yeux aborde les thématiques de la vie qu’on choisit ou non, de la difficulté d’être un enfant, de la mort et sa cohorte de douleurs, des épreuves auxquelles chacun doit faire face en essayant de les comprendre, de se protéger et d’avancer, coûte que coûte.
http://www.editions-pantheon.fr/clemho/romans/crever-les-yeux.html
jeudi 5 décembre 2013
Gégé et la chute du dragon lionne (20)
Et elle passe et elle repasse ce matin, le cocotte. Qu’est-ce qu’elle a aujourd’hui la gosse ? Elle est à courir dans tous les sens. Ca fait deux fois qu’elle fait demi-tour. Et elle repasse devant ma machine absolument égale à elle-même. C’est à en perdre la tête. J ’ai bien essayé de voir ce qui avait changé, une fois, deux fois, des gants en plus, un sac un peu plus gros, m’enfin c’était peine perdue. Il y a une chose que j’ai comprise avec elle : elle ne sort de chez elle que pomponnée au millimètre. C’est évident. Alors, j’ai essayé de comprendre. Ca fait quand même neuf mois tous les jours que je la pratique. Eh ben, bien sûr, si elle retourne cherche un quelque chose oublié, elle doit ne rien avoir touché de sa tenue et tout ce qu’on voit, l’apparence quoi. Vous voyez où je veux en venir. Elle doit être impeccable, intouchable, inchangeable dès le premier coup. Du coup, j’ai beau chercher la petite bête, je peux me brosser. Je ne trouverai rien. Elle est impeccable. Je ne dis pas qu’elle est parfaite. Mais elle est exactement comme elle veut être. Je ne sais pas comment expliquer ça. Je suis qu’un Gégé parmi d’autres. Je suis pas un intello moi. Et puis j’ai pas envie de perdre mon temps avec des mots compliqués qui veulent dire la même chose. Mais je peux vous jurer qu’elle se tient et se montre exactement comme l’ordonne sa volonté. Elle a un tyran dans le crâne la gosse. On sent qu’elle est aime pas ça l’erreur, même la petite de rien du tout. Je me suis souvent imaginé ce qui se passerait si elle découvrait une tache en plein milieu de la rue. Ca aurait peu de chances d’arriver puisqu’elle ne bouge pas d’un pouce quand elle avance le matin. Ni le soir d’ailleurs. Le matin, elle est raide comme un piquet, elle a les yeux rivés sur son point d’arrivée. Elle ne le voit certainement pas, sinon je le verrai aussi, mais on dirait qu’il est bien là, devant elle. C’est comme si elle suivait un grand panneau. Ca doit être rassurant de savoir où on va comme ça. Pourtant, on peut pas dire que ce soit une gosse rassurée. Elle a les yeux qui tourbillonnent dès qu’il y a un cheveu qui dépasse. Quand l’autre fois, on avait sorti la nouvelle machine, elle s’est retournée vers nous comme une folle. On aurait dit qu’elle avait le feu en bouche. Elle était prête à nous le cracher dessus. La femme-dragon ! j’y avais pas pensé mais ça lui va bien. Et on a beau être bien loin, on sait que c’est nous qu’elle attaque comme ça. Elle a les pupilles qui gonflent comme les minous. C’est un dragon lionne. Une bête mythologique. C’est drôle de l’imaginer comme ça quand on compare avec son corps en vrai. Elle est minuscule cette gamine ! Minuscule. Un petit pois orange. Y a que les yeux qui soient vert. Mais c’est vrai ça, elle est jamais habillée en vert. Pourtant, ma sœur est rousse, eh ben, tout le monde dit toujours que les rousses, le vert ça leur va comme un gant. Ma sœur, elle a suivi la règle. Mais l’autre, elle fait grève du vert. J’aimerais tellement lui poser la question. Elle m’enverrait valser comme un malpropre. Mais vrai qu’elle est beaucoup plus forte qu’on ne croit. On dit un truc je crois du genre elle a l’aura. Un petit pois orange qui gronde et crache du feu comme un dragon lionne. Bref, des tas de choses qui vont pas ensemble.
Et aujourd’hui je disais, c’est un jour spécial. La gosse, c’est pas le genre qui oublie. Elle devrait peut-être d’ailleurs. Je suis sûre qu’elle avait rien oublié. Elle était moins immobile que d’habitude. Moins sévère aussi peut-être. Mais franchement, elle était pas arrangée. Les yeux vrillaient comme une perceuse avant même qu’il se soit passé rien. Ou alors, c’était avant le coin de la rue où je la vois apparaître mais bon, ça m’étonnerait. Il y a deux pas et c’est une rue morte où viennent seulement chier les chiens des mémères du quartier. Je sais pas mais je crois qu’elle s’est réveillée du pied gauche, comme on dit. Une tête retournée, même pas blanche, transparente. On aurait pu passer à travers. Presque verte dites donc. Je me suis dit qu’elle était malade. Mais je crois que c’est plus compliqué que ça avec elle. Et puis, c’est le genre qui n’est pas malade. Je sais pas non plus pourquoi, mais je sens qu’elle est jamais malade. Ce matin, par contre, elle était pas fraîche. C’est ça, un peu moisie comme quand on a trop bu. Ca, je sais pas, peut-être qu’elle boit. Pour cracher plus de feu. Ca fonctionne bien ça. Ca se tient. Elle zigzaguait pas quand même mais elle était moins stable que les autres jours. J’ai senti qu’elle aurait pu trébucher à un moment. Je me suis rendu compte que d’habitude, j’ai toujours l’impression que même en la poussant bien fort, elle restera collée là où elle a décidé. Je suis un costaud quand même mais je me sens pas capable en face d’elle. Ce petit pois minuscule ! C’est à vous tourner les sangs. Et donc, la voilà ce matin, si étrange. Je la suis des yeux, un peu con, la bouche ouverte. Le collègue m’a dit que j’allais bientôt gober les mouches. Je me suis retenu de lui dire qu’au moins moi je m’intéressais aux autres. Mais il aurait rien compris. Il est bouché. J’ai ravalé et j’ai continué de regarder. Je voudrais pas que les imbéciles me prennent pour un pervers. Mais y a toujours des imbéciles, on peut pas lutter contre. Y a que les coups qui comprennent mais je suis pas un cogneur. Je me fais trop mal aux mains quand je frappe. Je trouve ça bête. Et la gosse donc, elle faisait un truc étrange avec son oreille. Elle prenait son petit doigt et elle se pliait l’oreille de haut en bas, trois fois. Puis un pas en arrière et c’est reparti. Elle l’a fait quatre fois sur la longue avenue où je peux l’observer. Je crois qu’elle l’a fait au niveau des poteaux, avant les deux passages cloutés. J’ai pas compris ce qui se passait. Je sais bien qu’elle est spéciale la gosse. M ’enfin de là à se plier l’oreille tous les cinquante mètres, elle est pas à lier quand même.
Jusqu’à aujourd’hui, j’ai été fasciné. J’ai pas cherché plus loin que les questions que je voulais lui poser. Mais là, le dragon lionne est parti en fumée. C’était plus rien du tout. Et ça faisait pas rêver. Je me suis même pris à me demander pourquoi elle me fascinait tant. C’a été la chute. Mais je suis pas déçu. Je suis seulement surpris. Déjà que je ne comprenais pas mais alors maintenant, je suis sûr que tout me glisse entre les doigts. J’aime pas ça. Je suis un peu agacé aujourd’hui. A cause de la gosse oui. Je pensais pas que je dirais ça un jour. Elle me donne envie de la suivre partout tout le temps, d’être avec elle tout la vie. C ’est pas de l’amour hein ! C’est comme un aimant. Et puis, elle sort transformée ce matin. Y a de quoi être ronchon quand même. Moi, ça me donne du courage de la connaître cette gamine, de la voir matin et soir et d’imaginer plein de choses. Là, je me suis senti tout vide, tout aspiré de l’intérieur. Comme dans Harry Potter là, les fantômes qui font froid et qui mangent l’âme. Elle m’a fait exactement pareil. Je sais plus sur quel pied danser. J’y comprends rien. Et qu’on aille pas me dire que c’est comme ça les femmes. Celle-là, elle est spéciale.
mercredi 4 décembre 2013
Folle de qui aux couleurs de fauve (19)
L’humour se désarçonne devant la gravité du fou. La folle l’emporte définitivement.
Folle d’être rousse
Folle d’observer sans sourire.
Folle de sortir. Tous les jours.
Folle de croire.
Folle de montrer.
Folle de tout calculer.
Folle de ne jamais s’arrêter.
Folle de haïr le rêve.
Folle d’incohérence.
Folle d’indifférence et de drames.
Folle de minuscules détails.
Folle dédimensionnée.
Folle aux couleurs inhumaines.
Folle qui se laisse regarder.
Folle que tous reconnaissent.
Folle qui porte sa marque.
Folle au fer rouge.
Folle jamais furieuse.
Folle hibernée pour toujours.
Folle impassible.
Folle en tempête invisible.
Folle qui déserte son corps.
Folle qui désobéit.
Folle aveugle du non-dit.
Folle amoureuse du mythique.
Folle enlaçant Œdipe.
Folle poursuivant la vie.
Folle aux trousses de la mort.
Folle qui n’a pas de route.
Folle qui suit toutes les routes.
Folle qui ne choisit plus.
Folle de ne pas s’enfuir devant les monstres et les fantômes, les sorcières et les nains.
Folle d’accepter leur fardeau, sa dot. Personne n’en veut. Tout le monde la fuit. Et se protège.
Folle de salir ses mains irrémédiablement. Tachée de l’encre amère des générations torturées.
Folle de ne pas même y voir l’immense souillure.
Folle d’ignorer l’excommunication. L’amie des morts n’a pas sa place dans notre monde de vivants. Elle est brûlée, chassée, camisolée, loin de ses congénères qui la transforment en répugnance.
Folle de craindre les portes et les clés. De ne pas craindre les ricanements et les sarcasmes prêts à fouetter, lacérer jusqu’à crève.
Folle de préférer son propre cri de douleur au craquement des gonds qui pivotent.
Folle qui pressent la vacuité décorée de toutes choses. Qui ne peut l’ignorer et a appris à jouer avec ses camarades, un peu simplets d’esprit. Fragiles en fait, il ne faut pas leur dire. Chuuuut…
Folle d’attendre en patiente le moment de la gloire où sens dessus dessous, on la couronnera.
Cervelle voyage
Débilitation.
Brûlé de débrider.
En frein moteur
du matin au soir.
Habilitation.
Attestée conforme.
Impôts locaux
parmi les siens.
Accréditation.
Par cooptation.
Un cerveau pair
sans aventure.
Incaptation.
Fusion anonyme.
Neurones ramollis
ratatouillés.
Exploitation.
Sans état d’âme.
Le labeur synaptique
de décennies entières.
Occultation.
On oblitère.
Militaire table rase
au karcher.
Détestation.
Exploitation nivelée.
Tourner en rond,
haine de la masse.
Protestation.
Vaine, sourde oreille.
Ronger son frein
vengeance en vue.
Cogitation.
Mollo la foudre.
Organiser
Se taire penser.
Excitation.
Les pieds trépignent.
Prêt à bombarder
feu d’artifice.
Palpitation.
Chaud devant.
La coupe est pleine
tête en bouillons.
Exaltation.
Joie retrouvée.
Palette immense
de l’entendement.
Gravitation.
Sphères désertées.
Retour aux sources
si loin du monde.
Transmutation.
Instantanée.
Gonflé soufflé méconnaissable
jusqu’aux limites.
Brûlé de débrider.
En frein moteur
du matin au soir.
Habilitation.
Attestée conforme.
Impôts locaux
parmi les siens.
Accréditation.
Par cooptation.
Un cerveau pair
sans aventure.
Incaptation.
Fusion anonyme.
Neurones ramollis
ratatouillés.
Exploitation.
Sans état d’âme.
Le labeur synaptique
de décennies entières.
Occultation.
On oblitère.
Militaire table rase
au karcher.
Détestation.
Exploitation nivelée.
Tourner en rond,
haine de la masse.
Protestation.
Vaine, sourde oreille.
Ronger son frein
vengeance en vue.
Cogitation.
Mollo la foudre.
Organiser
Se taire penser.
Excitation.
Les pieds trépignent.
Prêt à bombarder
feu d’artifice.
Palpitation.
Chaud devant.
La coupe est pleine
tête en bouillons.
Exaltation.
Joie retrouvée.
Palette immense
de l’entendement.
Gravitation.
Sphères désertées.
Retour aux sources
si loin du monde.
Transmutation.
Instantanée.
Gonflé soufflé méconnaissable
jusqu’aux limites.
Cervelle
voyage
libre comme l’air
et solitaire.
mardi 3 décembre 2013
bisou Ta-Mère (18)
Maman Tata
Tata Mamoune
Tatamère
Tamère
Té mare
Tintamarre
Y en a marre
Marre au diable
A bas la famille !
Mes amours
Maman Tata.
Quand elles apparaissent
dans un angle mort
je m’approche pour bonjourer
cérémonieuse
bien élevée
comme il faut
oui Madame
mes hommages Monsieur
le Directeur.
Bonjour Ma tante.
Elle se récrie.
Elle a envie de me claquer.
Je le fais exprès,
elle est à cheval sur les principes
elle chevauche politesse et courtoisie
au grand galop.
Mais avec moi, tout aux ordures,
et nouveau règlement intérieur.
Sauf que c’est trop facile.
Et elle est tellement drôle
quand elle s’enflamme.
Tout le monde rigole
même Maman,
elle dit que c’est communicatif.
Et donc, je m’approche d’elle
et je divague
ça zizague
jambes de coton,
je manque de l’embrasser à pleine bouche
à chaque fois.
Elle ne le sait pas,
elle ne l’a jamais vu, personne d’ailleurs.
Puisque tout le monde hilare.
C’est toujours un
Voilà que l’autre jour,
avec Maman,
rebelotte la pleine bouche.
J’ai pris un peu de temps pour réfléchir
aux toilettes.
C’est fédérateur les toilettes,
ça ficelle les idées.
Et donc, ce qui venait de se passer
en boucle :
je me penche vers Maman
pour un bisou salut,
idiot en somme.
Et là, je réprime violemment le pivotage
en direction des lèvres.
Pendant quinze ans, je n’ai pas touché ma mère.
Elle sentait mauvais,
elle baladait ses seins en marchant,
vulgaire et tellement claire dans son jeu.
Stupide,
Je ne voulais pas qu’elle contamine
ma peau et mes os.
Parce qu’on sait tous qu’une fois la peau et les os,
c’est trop tard,
on est cancer.
Et puis, la phobie est passée,
pas complètement mais mieux.
Elle a presque pleuré la première fois que je lui ai fait un bisou.
Mais moi, dès cette première,
un truc bizarre.
J’avais failli lui rouler un patin,
une pelle,
un énorme rouleau dans sa bouche de maman.
Je ne devrais peut-être pas donner autant de détails.
Il y en a qui seront choqués.
Ils diront que je suis folle.
Mais pas toujours.
Ce jour-là et les suivants,
Quand j’ai eu très envie de langourer Maman,
Je ne perdais pas la tête,
pas de cosmos et autres gouffres à l’horizon.
j’étais lucide.
C’est ça qui m’a le plus bafouée,
j’en ai pris une claque,
j’ai bafouillé pendant une heure après,
la première fois.
Et puis, je m’y suis presque habituée
à cet élan
craqué.
Ceci dit, je ne suis pas sûre d’utiliser les bons mots
quand j’explique.
du coup j’embrouille.
Mais ça, c’est une fatalité,
Je n’arrive pas à me rappeler les mots que je dis.
Il me faudrait mon assistant
toujours sous main.
Sous la main ?
Sous-marin ?
Soudain ?
Sourdingue ?
Je m’y perds.
Quand je parle de ça,
je ne dois pas aller chercher les mots.
La chasse de trop.
Donc,
je finis mon histoire de bisou Ta-Mère.
Aujourd’hui, chaque fois que je les salue ou remercie,
je voudrais les embrasser amoureuse.
Pas un bisou maman mignon tout doux.
je suis attirée par leur bouche,
par le milieu de leur axe,
être au centre de leur préoccupation,
prendre leurs mots,
les museler,
les éteindre
les étreindre de la langue
sans les bras
sans les mains.
Et en même temps, c’est répugnant.
Ce n’est certainement pas pour le plaisir.
C’est
pour
étouffer
dans
l’œuf.
Bouche-œuf.
Bouche bœuf.
Bouche bée.
A l’attaque !
Boucher un coin
et assaillir
jusqu’à plus soif.
lundi 2 décembre 2013
Frérot est dans la merde (17)
- Bon. Le bordel dans ma tête.
- …
- Par où je peux commencer ? je sens que je m’embrouille avant même d’avoir ouvert la bouche.
- Vous êtes clair pour l’instant.
- Je n’ai pas commencé donc je suis clair, évidemment. Vous, vous avez commencé à m’emmerder en revanche. C’est ça votre boulot en fait, emmerder le monde. Il y a deux catégories de gens qui font chier : les folles et les psys.
- …
- Et puis arrêtez de sourire. J’ai l’impression que vous ne me prenez pas au sérieux.
- Vous préféreriez que je me mette en colère et que je hurle ?
- Peut-être.
- Cela ne vous est jamais arrivé ?
- Non. C’est moi qui hurle dans cette famille. Et Anna si, c’est vrai. Mais pas contre moi. Jamais.
- Elle hurlait contre les objets, contre mes parents, contre ma tante, contre le chien. Jamais contre moi. C’est étrange dites donc ce truc-là. Pourtant je lui ai fait des misères. Je savais la prendre par ses faiblesses. Elle se retournait toujours vers un autre. Souvent une autre. C’est comme si je n’étais pas capable de supporter ses hurlements, qu’elle me trouvait trop fragile pour les entendre. De fait, je les entendais comme les autres mais je ne les supportais pas contre moi directement. Et maintenant, je ne déteste pas qu’on me crie dessus. Ca me fait rire. Je suis pris d’un irrépressible fou rire quand on se fâche tout rouge contre moi. Je trouve ça ridicule. Comme si cela ne pouvait pas être réel.
- Pas réel, c’est-à-dire ?
- Ben, pas réel. Vous comprenez très bien ce que je veux dire. Pas réel, comme une pièce de théâtre où chacun joue son rôle et lui en face c’est le méchant ronchon du métro, le célébrissime parisien insupportable. Il n’est pas crédible. Ou l’incontournable mégère du quartier, il y en a toujours une dans son quartier, n’est-ce-pas ?
- Si vous le dites.
- Si je le dis, rien du tout. C’est bien la vérité. D ’ailleurs, il y en a bien souvent plus d’une. Tout un petit groupe. Si j’ai le malheur de les croiser, je me retiens de pouffer devant elles mais je m’éloigne rapidement pour pouvoir me soulager. C’est dur de se retenir…
- Vous soulager ?
- De rire oh ! de rire !
- Bien.
- Non, pas bien. C’est crispant. Et puis je deviens tout cramoisi comme les bébés qui poussent dans leur couche. On dirait que je vais éclater, comme eux.
- Vus avez peur de leur éclater dessus ?
- Bien sûr que j ai peur de leur éclater à la tronche et de les salir en public comme ça. Je n’aurais même pas honte mais elles alors…
- …
- Comme toujours avec vous, on est parti dans des histoires sordides. Et puis vous me faites parler d’excrément alors que je n’avais rien demander. Tous pareils ces psys. Comme si c’était si important toutes ces choses intimes. Bref, je venais aujourd’hui pour vous dire que je suis très emmerdé, vraiment.
- …
- Je suis empêtré entre ma haine de cette sœur complètement fracassée et une grande tendresse pour elle. Je vous explique : je suis allé dîner en famille hier soir. Et Anna était bien en forme, souriante même par moments. Je ne l’avais pas vue come ça depuis des lustres. C’est vrai, ça m’a vraiment fait chaud au cœur. Et elle nous a fait rire, comme jamais ! elle nous a fait pleurer tous les jours de notre passé mais hier, elle était épatante. C’est là que je me rends compte de l’affection que j’ai quand même pour elle. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir voulu tout effacer. C’est comme certains matins, je me réveille bras dessus bras dessous avec elle. Comme dirait ma grand-mère, on est comme cul et chemise quand je dors. Dans la réalité, c’est un autre combat. C’est une folle.
- Comment s’appelle-t-elle dans vos rêves ?
- La folle bien sûr. Mais dans mes rêves, c’est un petit nom douillet. C’est louche ce truc. Pourquoi vous m’avez posé cette question ? du nom ?
- Vous avez beaucoup répété la folle, ça m’a interpellé.
- Ah bon.
- …
- Et donc, hier soir, elle s’est mise à raconter (Anna n’est pourtant pas une fille qui raconte ; c’est une fille qui commente ; mais bon, c’était un autre jour hier). Elle a raconté les histoires de cœur de son travail. Pas les siennes bien entendu. Elle n’a pas de cœur. Mais elle a cul ! un de ces culs ! Oh pardon qu’est-ce que j’ai dit mon Dieu ! qu’est-ce que j’ai dit ? C’est dégueulasse de dire ça de sa sœur, qu’est-ce qui m’a pris ? C’est pas possible que j’aie dit ! Je viens vraiment de dire ça ?
- Ca quoi ?
- Ben que ma sœur avait un de ces culs ! un de ces culs mon cochon ! Oh merde ! Oh mais non, c’est pas possible ! Quelle ordure je fais !
- Vous avez bien dit ce que vous venez de dire oui.
- Je viens de le répéter oui merci, enculé ! Oh pardon, pardon, pardon.
- …
- Quelle sacrée merde. Je m’embourbe.
- Que se passe-t-il aujourd’hui Herbert ?
- Je me sens tiraillé. Je vous l’ai dit en arrivant. Et quand je suis tiraillé, je déraille. Ca part en sucette mon histoire. J’essaye de finir. Et justement donc Anna nous racontait les histoires de cœur et de cul qui se passent à son travail. Elle ne dit rien et je suis sûr que ses collègues ne la soupçonneraient jamais d’observer tout ça. Et encore moins de le raconter. Elle prend son air de sainte-nitouche et puis, elle entend tous les détails salaces que donnent ses collègues quand ils se retrouvent dans la pièce commune. Et elle enregistre aussi fidèle qu’un magnéto de poche. Elle raconte tout ça avec un air tellement placide en plus. C’est hilarant.
- C’était un bon moment que vous avez passé en famille hier donc ?
- Oui, un bon moment, même très bon. Je me demande si cela m’est déjà arrivé…
- …
- Oui quand même mais cela faisait un bail ! Ca fait du bien. Le problème c’est que je ne sais plus quoi penser. Je me surprends à me dire que je n’ai peut-être pas raison de la bannir de mon univers.
- Je crois que vous ne la bannissez pas de votre univers, bien au contraire.
- Oui elle est très présente. J’en rêve tous les deux jours quand même.
- Qu’y a-t-il dans ces rêves ?
- Oh je ne me rappelle jamais de ce qui s’y passe. Je sais seulement qu’on est comme cul et chemise.
- Vous êtes le cul ou la chemise ?
- La chemise évidemment puisqu’elle est un cul ! un cul de cul ! Oh mais c’est pas possible. C’est vous avec vos questions aussi. Vous me provoquez. Ca sert à rien de me provoquer comme ça !
- Excusez-moi mais je crois que ces mots sortent de manière très spontanée.
- Sans doute oui. Mais enfin vous ne m’aidez pas à me contrôler.
- C’est le but en effet.
- Voilà ! c’est bien ce que je vous dis. Enculé va ! Oh mais non…
- Vous aimeriez que je vous donne la fessée.
- Oh oui ! noooon !
- Que votre sœur vous donne la fessée ?
- Oh oui ! hmmm ! Nonoooon ! Quel pervers !
- Vous ou moi ?
- Les deux.
- Je ne me sens pas pervers et je ne crois pas que vous le soyez non plus Herbert.
- Herbert le pervers ! C’est parfait.
- Nous en reparlerons la semaine prochaine.
- OK enculé. Pardon. Pfff
- Pas de problème. Reposez-vous ce soir. Donnez-vous le temps.
- Je vais encore me tournicoter les neurones, enculer les mouches, et merde ! Bon, au revoir Docteur
- Au revoir Herbert.
dimanche 1 décembre 2013
Grand-mère gâtée (16)
Heureusement que je le sais : les femmes sont folles.
Heureusement je ne les suis pas.
J'ai mis ma vie
à le saisir.
Je me suis demandé toutes ces années
d'où elles sortaient toutes les toc toc
qui l'entouraient.
En premier lieu mes filles,
difficile de dire Mes.
Je préfère Les.
Elles n'aiment pas ça.
Elle n'aime pas ça.
L'autre s'y est faite.
Les filles sont folles.
La fille petite est un alien.
Bien intégré mais intégrale aliénique.
Feu mon époux
disait que nous étions folles femmes.
J'avais fini de le contredire.
Cela l'arrangeait de me jeter dedans.
Il n'y comprenait rien aux femmes.
Et puis du jour où la fille petite
est arrivée,
transformation,
fini les couilles et qui pisse le plus loin.
Il a rejoint le clan FF.
Je me suis retrouvée seule.
Comme ces matriarques ridées
de tribus lointaines truffées d'eunuques.
En fait, la dernière des recrues,
une sorte de mandarine gesticulante,
je n'avais jamais vu un bébé si orange,
a ensorcelé l'homme.
Unique spécimen de la famille.
Il en est tombé amoureux.
Je lui ai dit
elle est trop jeune pour toi enfin !
et puis elle est orange quand même,
c'est une folle femme,
pire que les autres,
c'est sûr.
Il m'a balayée d'un envers de main.
Contente-toi de rattraper tes filles !
Je suis restée bouche bée
quelques minutes après la porte fermée.
Il n'a toujours pas compris qu'
heureusement je ne les suis pas.
Alors j'ai pris les rênes,
je me suis bien rappelé de ne pas en vouloir
au bébé mandarine.
Mais enfin, je n'ai pas pu l'aimer quand même.
Et j'ai pris le trône vacant
du tyran hybride.
Les filles folles ont fui encore plus loin.
L'époux déserteur m'a enfoncée d'autant dans la case erronée.
Il ne voit toujours pas qu'il est une fervente FF,
que je n'ai jamais été.
Le bébé mandarine a grandi dans le bain chaleureux
de toutes ces femmes.
Elle a paru spéciale
jusqu'à vingt ans.
Comme si elle avait fait son miel à sa manière.
Et puis, elle s'est laissée happer par le filet FF.
J'ai espéré une assistante,
vice reine mère.
Me soulager de l'ordre et de la propreté.
Mais elle est repartie
Dans le camp des tarées.
J'ai échappé à la malédiction,
comment se fait-ce ?
Parfois je me sens folle aussi.
Heureusement c'est un éclair
et le génie revient.
Moi l'évadée FF
la survivante du camp
la gardienne sage de la famille.
Si vous saviez.
Heureusement je ne les suis pas.
J'ai mis ma vie
à le saisir.
Je me suis demandé toutes ces années
d'où elles sortaient toutes les toc toc
qui l'entouraient.
En premier lieu mes filles,
difficile de dire Mes.
Je préfère Les.
Elles n'aiment pas ça.
Elle n'aime pas ça.
L'autre s'y est faite.
Les filles sont folles.
La fille petite est un alien.
Bien intégré mais intégrale aliénique.
Feu mon époux
disait que nous étions folles femmes.
J'avais fini de le contredire.
Cela l'arrangeait de me jeter dedans.
Il n'y comprenait rien aux femmes.
Et puis du jour où la fille petite
est arrivée,
transformation,
fini les couilles et qui pisse le plus loin.
Il a rejoint le clan FF.
Je me suis retrouvée seule.
Comme ces matriarques ridées
de tribus lointaines truffées d'eunuques.
En fait, la dernière des recrues,
une sorte de mandarine gesticulante,
je n'avais jamais vu un bébé si orange,
a ensorcelé l'homme.
Unique spécimen de la famille.
Il en est tombé amoureux.
Je lui ai dit
elle est trop jeune pour toi enfin !
et puis elle est orange quand même,
c'est une folle femme,
pire que les autres,
c'est sûr.
Il m'a balayée d'un envers de main.
Contente-toi de rattraper tes filles !
Je suis restée bouche bée
quelques minutes après la porte fermée.
Il n'a toujours pas compris qu'
heureusement je ne les suis pas.
Alors j'ai pris les rênes,
je me suis bien rappelé de ne pas en vouloir
au bébé mandarine.
Mais enfin, je n'ai pas pu l'aimer quand même.
Et j'ai pris le trône vacant
du tyran hybride.
Les filles folles ont fui encore plus loin.
L'époux déserteur m'a enfoncée d'autant dans la case erronée.
Il ne voit toujours pas qu'il est une fervente FF,
que je n'ai jamais été.
Le bébé mandarine a grandi dans le bain chaleureux
de toutes ces femmes.
Elle a paru spéciale
jusqu'à vingt ans.
Comme si elle avait fait son miel à sa manière.
Et puis, elle s'est laissée happer par le filet FF.
J'ai espéré une assistante,
vice reine mère.
Me soulager de l'ordre et de la propreté.
Mais elle est repartie
Dans le camp des tarées.
J'ai échappé à la malédiction,
comment se fait-ce ?
Parfois je me sens folle aussi.
Heureusement c'est un éclair
et le génie revient.
Moi l'évadée FF
la survivante du camp
la gardienne sage de la famille.
Si vous saviez.
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