lundi 11 juin 2018

L'amour post-mortem

     Il y a ce mystère que je ne m'explique toujours pas de l'amour post-mortem. Je m'explique. Vous êtes à un enterrement, vous connaissiez bien ou pas le mort. Enfin vous, vous le connaissez toujours puisque vous n'êtes pas mort. C'est lui qui ne connaît plus rien. C'est justement avec ça qu'il faut jongler. Alors on dit qu'on connaissait, poliment, mais c'est pour s'aider à accepter que l'autre ne connaît plus que dalle. Que dalle ! Walou ! Bref, vous êtes à la cérémonie, peu importe sous quelle forme, cela n'impacte pas mon propos. Vous écoutez les conversations. Vous, vous avez opté pour le silence. Admettons. Il n'y a pas grand-chose à dire d'intelligent dans ces cas-là. Ce n'est que mon avis. Au vu de ce qui sort des bouches baveuses en ces moments-là, je crois fermement que le silence est de loin la solution la plus sûre de compatir et soutenir. Ca n'engage que moi. Pleurer pourquoi pas ? Au contraire, c'est dans le ton. Ca libère. Ca soulage. Et ça fait avancer. Donc, vous pleurez si vous voulez et vous écoutez tous ces mots qui chuchotent et s'entremêlent doucement. Tout est plus doux, plus bas, plus lent. Tout est cotonneux. Les éclats de sanglot se font rare de nos jours. Ici bas bien sûr. Les autres latitudes ont d'autres voix. Et c'est alors que vous, dans votre silence, pas nécessairement prostré, vous parvenez à vous extirper de cette situation délicate et à observer le monde qui vous entoure. Vous sortez de vous-même, genre fantôme, âme qui sort de son corps, vous voyez bien ce que je veux dire. Et vous écoutez attentivement. 
Ce jour-là, comme les suivants d'ailleurs, vous entendez le monde louer le mort, l'élever aux nues, l'auréoler. Vous entendez même les plus acariâtres s'attendrir entre leurs larmes. Encore une fois, les larmes sont les plus dignes de tout cela, qu'on ne se méprenne pas. Ils avouent combien ils aimaient cette femme, cet homme ; combien il était bon, combien il était brillant (plus honnête, ça n'implique pas d'apprécier), combien elle était belle, combien elle était généreuse, suivant bien sûr à la lettre les préjugés sexistes. La pensée est en berne, ces jours-là. Le prêt-à-parler s'impose en maître. C'est humain. Quand vous avez réussi votre extraction fantomatique, vous enragez. Mais surtout taisez-vous. Ou vous serez marqué au fer rouge de l'hérésie. Vous entendez donc ces propos encensants. Et vous tombez des nues vous. Vous croisez le mort dans son élévation et retombez le cul par terre. Voilà l'amour post-mortem. Le mort, la morte sont lavés de tout soupçon et de tout péché. J'ironise. Mais tout de même. N'avez-vous jamais vécu ça ? Pour peu que vous ne soyez pas si proche de la victime de la vie ou pas si attaché.
L'on se serre les coudes et l'on conjure la mort, la personne pour qui l'on est là n'a finalement pas tellement d'importance. Sauf pour certains, je ne suis pas cynique à ce point-là, mais finalement très peu si l'on est honnête. Ceux qui vraiment pleurent le/la mort(e) se comptent sur les doigts d'une ou deux mains. C'est selon. Les autres pleurent la mort. Ils pleurent cette fatalité insupportable. Ils pleurent sur leur propre sort. Rien de fou ni de condamnable là-dedans. C'est indiscutablement terrible. Mais la plupart du temps, la plupart d'entre nous n'y pensons pas. Je mets à part les beaux fous qui vivent avec elle souvent chaque jour de leur vie. Je ne parle que d'eux mais plein d'autres étiquetés non-fous traversent la même. Toujours est-il que les gens ancrés dans la vie et le désir se voient fouetter en pleine tête par la mort ces jours-là. Ils savent s'en protéger le reste du temps. C'est une belle performance. Chacun devrait y avoir droit mais la vie est ainsi faite. Rebref, ils pleurent la mort et sa tyrannie. Tout le monde est désespéré de ce fait, pris au piège dans cette inéluctabilité. Mais personne, vraiment personne, je ne mets cette fois pas nuances, n'admet pleurer sur sa condition d'animal impuissant. Alors vous qui êtes là à regarder les autres, vous priez pour revenir en vous-même et faire comme tout le monde. Parce que cela vous enrage. Cela vous écœure peut-être, pour l'hypocrisie de certains. Quoique l'hypocrisie telle qu'on la nomme aujourd'hui soit le terreau d'une paix sociale. Cela vous désespère. 
Fermez les écoutilles. Et ne recommencez plus jamais ca. Enfin quelle idée ! remplissez-vous d'amour post-mortem vous aussi. La mort reculera d'un pas. Sans mentir, juré craché.






Il était une fois...




Prologue

Vous savez, ces gens sans qui la vie n'aurait pas tourné pareil. On en a tous. Quand on n'a pas peur, ce qui n'est pas mon cas, on parle carrément de ceux qui ont changé notre vie. De là à la sauver, il n'y a qu'un pas. Mais rares sont les individus capables d'avouer ces vérités-là. Les vieilles gens peut-être. Certaines. Ils sont sûrs avec le recul de pouvoir l'affirmer. Et ils ne sont plus retenus, je suppose, par cette nécessité franco-française de ne pas trop s'étonner ni surtout encore moins s'émerveiller. Il est de bon ton et gage d'un grand sérieux de ne se laisser surprendre par rien. Quant à se laisser émouvoir, Mon Dieu quelle impudeur ! Un monde libre dit-on... Mais je m'égare avant même d'avoir commencer mon récit. Sachez donc, en tout cas, que je n'hésiterai pas, dans la mesure de mes moyens de femme d'âge moyen, pas encore avancé, à m'émerveiller. Quitte à passer pour une imbécile heureuse ? Quitte à, oui. Car s'émerveiller n'est en aucun cas une naïveté sauf les adeptes de la grande prêtresse du Scepticisme. C'est pourtant souvent elle qui porte la naïveté bien davantage que l'émotion.

L'histoire que je vais vous raconter, n'ayez crainte, elle arrive, est celle de la jeunesse follement catégorique. La jeunesse tyrannique. Dure à crever. Prête à tout pour parvenir à ses fins, à se prouver qu'elle a raison et peu importe les coûts. La jeunesse cruelle. C'est elle la plus cruelle. De loin. Elle ne laisse pas une miette. Elle ricane comme une hyène. Elle peut se nourrir de charogne si cela sert sa cause. C'est ce que j'ai vu de la jeunesse. Peut-être suis-je un cas vraiment très à part que les livres et les adultes ne mentionnent pas du fait de son exceptionnellité. Quel honneur ! ? Ou quelle honte... Ou peut-être tout simplement veut-on se souvenir d'une jeunesse insouciante là encore quoi qu'il en coûte pour se nourrir de doux souvenirs. Chacun sait au fond de lui que la jeunesse est loin d'être le plus bel âge et qu'être enfant puis adolescent peut couler, mais peut aussi être un calvaire de chaque jour, dans le silence le plus tonitruant qui soit dans l'existence. Jamais plus par la suite, on ne retrouve ce silence. Cette solitude dévorante.
Et un jour, tous les jours, sans exception, pendant des mois et des mois, tirée de ses propres affres par deux de ceux qui changent la vie.
Je n'en dirai pas plus. Je vous laisserai tirer les conclusions qui se doivent en temps voulu. Tirer d'affaire ? Sauver la vie ? On ne le saura jamais. Ou le sait-on déjà ?





          Je vivais dans un monde parallèle. Je me sentais être une extra-terrestre. Je ne comprenais rien à ce qu'on attendait de moi. Je le faisais à l'instinct, par crainte et parce que je n'avais non plus rien d'autre à faire. Les règles remplissent le vide intersidérale qui pourrait nous envahir alors à ce moment de la vie. Heureusement, il y en avait tellement à suivre que j'y plongeais avec volupté. Je n'avais pas le temps pour autre chose que pour suivre les règles. Elles, j'étais sûre de les comprendre, celles qui étaient énoncées explicitement. Les autres, tacites ou fluctuantes, me laissaient terrifiées et je me raccrochais à celles qui se criaient le plus fort. La loi du plus fort reste une constante relativement fiable lorsqu'on ne possède aucun autre décrypteur de réalité. Je faisais en moi-même référence au monde animal, rationnelle, en me rappelant que le plus fort est souvent le plus tranquille et que suivre la meute demeure le plus sage en maintes circonstances. La fuite était encore alors en question : je savais que les animaux et donc moi-même en tant qu'animal avions cette tendance innée à fuir le danger inutile. Mais j'avais beau raisonner aussi correctement que pour ce qui était de la loi du plus fort et de la soumission au groupe, je ne pouvais pas encore m'y résoudre. Je n'en étais pas capable et je ne m'autorisais pas même à penser que la fuite puisse être autre chose que lâche. Alors qu'elle aurait pu m'être si pratique souvent. Mais il est toujours temps de se rattraper.
Je vivais dans un monde parallèle, non parce que je rêvais ou que je refusais de partager l'univers de mes congénères. Je vivais dans un monde parallèle car mon chemin était excentré. Toujours à côté, derrière, devant, dessous, trop loin, trop lente, trop stress. Trop ou pas assez, jamais dans le bon sillon. Je ne sais pas toujours pas si c'était le cas, si cela apparaissait à tous. Les autres me semblaient le crier. Je voyais leurs regards désarmés, moqueurs, lointains, qui me le signifiaient. En tout cas, c'est ce que je croyais voir dans leurs yeux. Je ne saurai jamais. Et c'est un drame comme un miracle. Tout peut se réécrire sans cesse.
            Je n'attendais personne. Ou pour mieux dire, je n'attendais plus personne. J'avais espéré tant et plus que la cuve était vide. L'espoir agonisait. J'avais donc préféré, en toute conscience l'exécuter définitivement ou presque. Du moins, je me faisais croire à mon total scepticisme. J'avais délibérément choisi l'immobilisme. Une mort sous cape. Celle qu'on met en scène sans même le savoir. Je me targuais de pouvoir être seule. Et cela n'était pas faux. J'étais prête, enfin, à être seule et à repousser tous ceux qui m'empêcheraient. De quoi qu'ils m'empêchent, je ne les laisserais plus faire. Plus jamais. J'avais prononcé tout bas, le regard au loin, à travers la vitre d'une voiture, ce « Plus jamais ». Je l'avais prononcé une dizaine de fois dans ma tête, seule. On n'avait pu l'entendre. Mais je savais pertinemment qu'en effet, plus jamais ma vie ne serait la même. J'avais choisi de ne plus rien attendre des autres. Et aussi de me venger. Il ne s'agissait pas seulement de prendre ma revanche. Il s'agissait de se venger : faire souffrir et regarder couler les larmes sans ciller. Sans sourire non plus. Quoi que...
J'avais toujours été sage. Plus jamais je ne le serais. Je m'en faisais la promesse éternelle. Sans un bruit, sans un boum. Dans le calme le plus total.
Et en effet, c'est bien ce jour-là, les yeux collés à la fenêtre fermée de la voiture que je ressentis le calme pour la première fois. Le calme après la tempête me disais-je. Enfin la guerre est finie.
Tout le monde crut que la guerre commençait.
Dans la vie, tout n'est qu'une question de point de vue.



             C'est donc ce jour-là que je naquis à moi-même. Je n'avais jusque là été qu'une poupée qu'on trimballe, qu'on jette, qu'on câline, quand on veut. En libre accès. Je devins alors une véritable personne. Je n'avais jamais eu le sentiment d'en être une. Et la suite en donne encore davantage de preuves. Je me renaissais, auto-engendrée. A partir de là, la famille fut accessoire. Un passé que je voulais oublié. Une planète sur laquelle je devais chaque soir revenir, mais désormais en étrangère, en invité hautaine. Je N'étais plus un membre de ce clan. Je n'avais jamais eu la sensation de l'être. Je m'accordais désormais de ne plus l'être du tout. C'était en tout cas ainsi que je réécrivais l'histoire à l'époque.
Là encore, l'histoire se réécrit à chaque âge et celui-là était le temps d'un nouveau monde. Pas seulement un nouveau départ. Un vrai nouveau monde où tout aurait une autre saveur, comme passée de l'autre côté du miroir. Comme un gant retourné. La tête à l'envers. Et finalement se sentir plus droit.
J'arrivais en cette rentrée scolaire neuve, prête à une existence inconnue mais dont j'étais maître. Ce n'était pas qu'un leurre. Bien sûr que je n'étais pas plus maîtresse qu'une autre de mon destin. Je l'étais davantage que je ne l'avais jamais été. J'avais imaginé, avec certitude, étonner les autres, bien sûr. C'était l'un des objectifs de cette entreprise. Mais aussi qu'ils seraient admiratifs ou du moins reconnaissants d'une certaine vigueur. En réalité, c'est mon intention la plus sombre qui les prit à la gorge et les plongea dans une inquiétude désolée. Notre monde est intolérant au désespoir.
On commença à s'inquiéter. J'en conclus que le monde n'appréciait pas la libération des âmes. J'étais plus heureuse qu'au temps de tous mes sourires. Le sourire est un terrible faux-ami. Les adultes en sont invariablement dupes. Et les enfants diablement adeptes de cette arme fatale. On meurt de sourire et faire croire. Mais personne n'en parle. Je décidais de mettre en place la stratégie de non-sourire inutile. Il n'en restait pas beaucoup. La notion d'utile et inutile s'est avérée cruciale à ce tournant de ma vie. Je pris le parti extrême de considérer comme inutile tout ce qui relevait de la politesse et de la gentillesse sans émotion. Vous imaginez bien qu'il ne restait plus grand-chose à se mettre sous la dent. Les sourires de réponse, pure et simple convention qui assure des relations pacifiques ou les annoncent, étaient eux aussi bannis. Je regardais droit dans les yeux ceux qui me souriaient dans un bonjour agréable, refusant de m'abaisser à cette règle sociale hypocrite. Je regardais simplement la personne lui signifiant par là que nous étions en effet bien en relation mais que la paix ne tenait pas à ce sourire de façade que je honnissais désormais. Il m'avait menée à ma perte. Je l'exilai loin de mon nouvel univers.
De fait, je n'avais plus peur d'être seule. Tout comme j'exilai le sourire et sa batterie de mièvreries polies, je m'exilai moi-même et ôtais toute fioriture qui me semblait inutile. Il ne restait plus grand-chose sinon le grand intérieur. Et j'avoue, je me plongeais dans ce grand intérieur, pas nécessairement avec volupté, mais par souci de cohérence. Cela était vrai et réel.
           Quelques amis étaient dans ma classe. Je les aimais beaucoup. Je les avais aimées beaucoup. Etais-je encore capable d'affection ? Je mis peu de temps à me rendre compte que la solitude me convenait et que les autres m'ennuyaient. Je me regardais évoluer, absolument Narcisse. Sciemment. Jusqu'à un certain point où je fus prise à mon propre piège. Mais il n'est pas encore temps. Je gardais de bonnes relations, sans aucun doute. Plus dures et plus exigeantes. Mais mes pairs n'en furent ni surpris ni irrités. Ils se prirent aussi au jeu. Dangereux. Mais ils surent s'arrêter à temps, bien heureusement et me laisser nager en eaux troubles à l'envi. Je traversai donc le premier trimestre dans une espèce d'euphorie silencieuse et froide. Mais palpable. J'étais enfin heureuse. Les anciens amis restèrent présents et aimants. Mais deux nouvelles têtes s'approchèrent, tout près. Des têtes brûlées. Proprement brûlées. Ils avaient déjà essuyé de nombreux auto-dafé et ne craignaient pas l'approche d'un autre feu fou. Encore une fois, ils s'y retrouvaient sans doute. Et malgré ma méfiance et ma douce solitude, ils m'attiraient aussi, irrésistiblement.
           D'abord elle, s'approcha. Nos chemins s'étaient déjà croisés et nous faisions chacune partie de l'histoire de l'autre. Moi, sans vraiment m'en rendre compte. Certainement sans vraiment le vouloir non plus puisque j'avais relégué ma vie d'avant aux oubliettes. Mais, il ne fait aucun doute que les enfants que nous avions été se reconnaissaient. Je l'occultais, envahie par mon nouveau moi enivrée. Elle savait et n'en fit jamais l'économie. Elle appelait l'enfant qu'elle avait connue et elle s'inscrivait dans mon histoire, sans que je le comprenne. Elle prenait racine loin derrière et acquis ainsi, moi aveugle comme une imbécile heureuse, ma confiance plus vite que n'importe qui l'aurait pu alors.
Becca, je préférais Beka, plus stricte et intrépide, douée d'une intuition hors norme, sut exactement s'adapter à ce que j'étais capable d'entendre des autres, surtout des inconnus. J'étais devenue l'être le moins adaptable qu'il fut donné de côtoyer (si tant est que je ne l'avais pas toujours été...)  pour beaucoup d'entre ceux que je fréquentais. J'imposais que l'on se calque sur ma cadence et mes possibles. J'avais cessé d'écouter les vagues des autres. Je ne demandais pas qu'on écoute les miennes. Mais si vous choisissiez de le faire, il vous fallait vous armer de patience. 
Je n'étais vraiment pas une fille sympa.

Fumeuse colère

Fulminations
Pshiiiit des oreilles
Des naseaux
Taureau
Soufflant
Râlant,
Cette putain de cape
Verte,
... Aaaaah rouge pardon
Au temps pour moi,
Cette cape bref
Va pas se
Payer ma tête
Encore une fois.
Envie de tout fracasser,
Qu’il est bon d’être une
Bête à cornes !
Ca fume toujours,
Mais maintenant d’un peu partout,
Même un nuage
Qui fait bulle.
Les poings fument
Les pattes grattent
Et le feu préhistorique
Flambe,
Absurde
En cet ère électrique
Voire tronique.

Aussi stupide cette
Colère
Du fond des âges,
Renée de nulle part
Et partout
Qui croit
S’émouvoir.
Elle n’est qu’un vaste
Leurre,
Un écran de fumée,
Précisément,
Aussi fumeuse
Qu’elle en a l’air.
La colère
De pacotille
Qui pourtant mènera à
L’abattoir
Si l’on ne tourne pas
Le dos
Au tapis vert là,
...
La cape rouge pardon.

Le vent souffle
Le tapis-cape s’envole.
Le feu et la fumée
Avec.
Seul dans l’arène.
Le public est parti,
Il n’y a plus sa place.
Et
Les yeux ronds
Un chaud liquide coule
Quelque part.
Le torse ceinturé
De velours rouge
Ourlant leurs vagues
De douleur.
L’on regarde
L’hémoglobine
Vomir la plaie.
Les larmes
Roulent les joues
A leur tour.
Les jambes se
Mouillent.
La rage
Est une hérésie.
La blessure
Béante
En plein bide
Ouvre les yeux.



samedi 9 juin 2018

On est tous le connard d'un autre

Dans un amas
De phrases,
Ok d’accord,
Tranquille,
Sans relief,
Sans à-coup
Non plus,
Du banal bénin
Comme dans du beurre.
On vague
On vogue
Lalilala...
Et surgit,
Brutale brillante bravache
Se pavanant
La phrase
Honnie.
Une de ces phrases,
Courtes et crânes
Qui croient
Comprendre
Et
Expliquer.
Les simplistes qui
Estropient
Le réel,
Castrent
Dans des cases
Et encrassent
La pensée.
Les phrases qui
Craquent
Toutes les complexités,
Caricatures
De la connerie
Facile.
La fameuse phrase
Cingle
Et
Lalilala
Se redresse,
Tend l’oreille.
Un volcan
Explose,
La lave coule
Ecroule
Crade
Crâme,
S’écrie
Et
Des cataractes
De colère
Vomissent
Les mots
De la bêtise
Et de l’irrespect.
Pas la bêtise des neurones.
Celle-là est indolore.
La bêtise du coeur
Et de l’humanité.
L’immense connerie
Qui s’empare
Parfois
Même des plus
Caressants.
Les vannes se referment
Et la phrase
Imbécile
Il fait aucun effet, pas qu’il vienne pleurer après !
Laisse tomber, elle en vaut pas la peine.
Cet enfant est un vrai diable.
Tu réfléchis trop !
Ca sert à rien de pleurer.
...
Toutes ces phrases
Qui,
Chacun la vôtre,
Vous déclenche
Et le volcan
Érupte.
Chacun la nôtre,
Que l’on affirme
Péremptoire,
Connard d’un instant,
Toujours on est
Le stupide imbécile de quelqu’un.

Le volcan bouillonne
Mais la lave coule
En intérieur.
Demain,
L’on dira
Soi
Cette
Insupportable phrase
Qui réveillera
La montagne de feu
D’un autre.

Quand même,
On cognerait bien
Notre con du moment.
Mais Monsieur le lobe frontal
Est un artiste
Et le silence est
D’or.
Seuls les yeux
Assassinent.




vendredi 8 juin 2018

Les mots en vacances

Mots mourus,
Endormis,
Plus envie,
Loin derrière.
En vacances...
Ou virés,
Ban de touche,
Endormis.
Besoin de repos,
Cesser de parler.
Ou supplantés
Par les remparts
Du
Tais-toi !
Même pas cap !
Sers à rien !
Peut-être juste
Les mots
Sirotant
Sur une plage
Enfin
La paix !
Harcelés,
Ils s’enfuient
Et
S’enferment,
Se taire
Enfin.
Ou
Torturés,
Ils fuient
La police viciée
Viscérale
Vissée
Indéboulonnable
Qui exile
Les mots
Et leur pouvoir.
Leur révolte
Agace les autorités
Intérieures.
Aussi,
La révolte
Épuise.
Peut-être juste
Les vacances
Des mots.
Sans combat inutile.


mardi 5 juin 2018

Au lit les enfants !

Les yeux grand ouverts,
prêts à tout voir
entendre
et lire,
cherchent dans 
le noir,
enfants oisifs,
impatients,
on fait quoi dis ? Dis !
On fait quoi ! 
Ils ont clignoté
toute la
journée
bayé aux corneilles,
attendu de pouvoir
reposer
et
le noir venu,
les yeux
s'éveillent,
tout à la joie d'être
enfin libres.
Rester tranquilles ?
Pour
quoi
faire.
Sérieux tout le jour,
menés à la baguette,
sur le pont du matin au
soir,
pas un qui en fasse
tant
dans cet amas d'organes,
merde alors !
Mais on ne pourrait
pas un peu
jouer
quand même
après tous ces
chiffres
lettres
par-ci
par-là
regarde où tu marches,
regarde quand tu manges,
regardes où tu ranges
regarde ce que tu fais ?
Dans le noir
ça y est !
allez steplaît steplaît steplaît !
on est tout grand ouverts nous !

Et les yeux
se promènent dans la chambre,
en quête
de rigolo
mais pas dodo
non non et renon !



vendredi 1 juin 2018

Aujourd,hui, j'ai grandi

Impuissante imaginaire,
J’ai courbé l'échine.
Voûtée,
Ramassée
Sur mes cannes,
J’espérais
Vainement
Trop tôt enfin !
Le déambulateur.
15 ans.
20 ans.
Ainsi de suite.
Pas plus
Rabougrie
D’année en année,
Mais
La poitrine toujours aussi
Creuse.
Lourde.
Pleine.
Plate.
Invisible.
Mais
Trop lourde
Pour les vertèbres
Faiblardes.
Faiblardes imaginaires.
Alors tout va bien si ce n’est
Que dans la tête !
Tout va extrêmement mal
Au contraire !
C’est bien pire,
Les chirurgiens même
Dieux auto-proclamés
Sont impuissants.
Et véridiquement
Pour le coup.
Sacré coup
En effet.

J’ai parcouru
La vie,
Tentant la tête haute.
Mais jamais bien
Longtemps.
Les épaules suivaient
Le mouvement.
Trop hautes.
À fleur d’oreille.
La tête ne tenait
Jamais
Seule.
Et puis,
Revenait le moment
De se
Recroqueviller.
Régénérer la bête.
Le dos rond
Comme un nid,
La tête cachée
A mi-surface,
Les bras-enveloppes
Chauds aux entrailles,
Les mains crochées
Au creux des coudes
Ou aux côtes basses
Les hanches vissées
Les pieds fermés,
Le nid douillet.
Défense d’entrer.
Et puis,
Les va-et-vient,
Sorties-rentrées,
Comme ci comme ça,
Cahin-caha.
Mais toujours,
Le dos bossu
Le sein fossé.

J’ai vu les autres
Au port altier.
Les autres-pas-moi,
D’abord.
Et puis,
J’ai enfin compris.
Que la fatalité
N’est qu’une biologie.
Que l’imaginaire
S’en rit.
Pour le meilleur et pour le pire.
Mais qu’il est aussi
Une magie.

Pas une vraie magie ?
Peut-être que si.
Car,
J’ai vu mon corps
Se dresser,
Et j’en aurais
Bombé.
Ce n’est qu’un
Pouvoir
Pur humain.
AAAAA.

Aujourd’hui,
J’ai grandi
Après avoir
Tant rêvé
Rapetisser.
Le frérot
Au printemps l’avait dit :
« Jte jure, j’ai pris 2 centimètres ! »
Sûrement,
J’ai poussé
Aujourd’hui.
Le dernier pas
Qui languissait
Et qui mènera
Aux rêves.