vendredi 30 novembre 2018

Réiterreur

Par la petite porte,
Etroit chambranle,
La tête basse
Sous peine d’emplafon-
nage,
Rituel étrécis-
sage,
Bobsleigh en
Verticale.
La position
Prise et reprise
Apprise
Comme une image.
En automate,
Passe et repasse
Sous entre dans
L’huis
Petiriquiqui.

Par la petite porte,
Va-et-vient
Incessants
Toile de fond,
Entrer sortir
Ne veulent rien dire :
Traversées
Redondées
Écervelées.
Milliards de
Fois
Et
Finit par
Se dédoubler
Et applaudir
Au manège.
Une poule sur un mur.
Ou un vague lion en cage.
Le marathon invisible.

Accélère,
Court,
La tête ailleurs,
Le ventre à terre,
Pattes en compote.
Et l’on voudrait
Faire
Exploser
Cette trouée
Étriquée,
Rapetisseuse d’esprit
Et d’espoir.
Et pourtant
Poursuit
Les allers-retours
Infructueux.

De jour en jour,
En année,
Décennie,
A s’amenuir
Sous le même porche,
Sûr de
Finalement
Sa valeur.
Légitime
Et parfaitement non
Idoine.
Absurdité facétieuse
De la réitété-
ration,
Butée bêtasse,
Compulsation tic-tac,
Contre-nature.

La petite porte
Timide et
Tyrannique,
Colle à la
Peau,
Englue les horizons.
Une puissance
Obscure
Fondue du haut
Des vieilles
Générations.
Terreur acquise,
Serf loyal
Rabougri.
Chose marionnette
Croupie.
Où se cache donc le
Vrai
Révoltireur ?

Le miroir ou l'étrange


En passant,
Un coup d’oeil ;
Plus fort que soi.
L’attraction aveugle.
Épidermique.
Du miroir.
La Reine fausse mère tous !
Bien plus que
Blanche-Neige.
Miroir mon beau miroir
En silence
Et pourtant.
Les yeux dans le dos
S’animent,
Se prennent pour
Mouche
Et tirent les ficelles et visses
Vertébrées ;
Rotation
Pivotage,
Le dos crisse dans ses
Gonds,
Prêt à en
Sortir,
Effaré,
Outré ;
De ce changement de cap
Inopiné.
Le miroir aspire
La volonté
De tout un corps.
La mécanique
Obéit au plus
Offrant.

L’on finit par
Se
Retrouver ;
Face au reflet
Hypnotique.
Happé,
L’on cherche,
S’approche,
Zoome
Puis dé-.
Cherche encore
Chien avide ;
Affamé
De réponses.
Se retient de
Couler,
Coller au verre,
Perdu entre
Dedans et hors.
Dernier cliché
À bout portant :
Regard hagard,
Qui es-tu ?
Frisson du
Néant
Ironique
Qui traverse
La scène.

L’étranger range
Son rire
En coulisses.
Il ronronne
Nuit et jour.
Et l’on l’oublie.
Lalalalala
Les doigts dans les oreilles.
Jusqu’au prochain
Rencard.
Où l’on
Dérivera
Un instant,
Entourloupé
Dans les impérieuses
Arab-
Esques.
Du miroir.

jeudi 29 novembre 2018

Homme politique et sa pyramide sans pieds

Les mains en pyramide,
Chaque doigt et son jumeau,
L’un contre l’autre
En pulpe,
Fort de leur symétrie
Carrée,
S’élevant au-dessus de
La table,
Survolant,
Planantes,
Sans toucher,
Sans pilier,
Seulement des bras lointains
Incertainement
Déposés sur le bord,
Désappuyés,
Léger point de contact
Glissant
Prêts à
S’enfuir
Au fond des poches.
La pyramide de doigts,
Rassurante,
Ferme et nette,
Mais
L’iceberg s’étend
En-deçà sans limites.
Fondations
Mortes-nées.
Pyramide hypnotique
Et
L’angle aveugle
Le dessous des
Cartes.

L’homme digne politique
Ne se départit
Pas
De sa pyramide
Anti-sorts.
La range quand
Joue au gentil gendre.
La brandit quand
La question fâche.
Il n’est qu’un
Magicien en toc,
Au geste
Éculé,
Aux formules
Décaties,
Circonvolutionneur
Contorsionniste
Ridicule.
Derrière les mains et doigts
Sérieux,
La mine sans vie,
Le corps s’emmêle,
Les pieds jusques aux jambes
Tressés
Pour peu que !
Passés sur la nuque,
Souplesse intrigante
Terreau de toutes
Les folies
Du spectacle.
Imperturbable
Demeure la pyramide de doigts
Au bout des bras
Sans bouger,
Sans toucher
Toujours.
Bientôt,
L’usurpateur sorcier
Se mue
En fakir exotique.
Décolle de toute
Attache
Et
Homme-tronc,
Plié
Comme un papier
Frivole
Crie au miracle
Et
Jesus-Christ.
Mais voilà un nom
Qu’on ne prononce pas
Même si.
Rédempteur
Sauveur
Miséricordieux,
L’homme digne politique
Sorti de son cirque
Éthéré.
Souffle dessus !
Et s’évanouit.
Juste sur ta rétine,
La jolie pyramide.






mardi 27 novembre 2018

Grande cheffe

Elle claque des talons,
Roule sa langue
Poings serrés
L'oeil en flamme.
Elle
Crie
Scie
Visse
et
Martèle
Maçonne.
Toujours bruyante.
Toujours tonnante.
Elle
S'avance
Se prononce
Invective
Montre du doigt.
Elle
ne se démonte
ni ne dévie
ne se défend.
Elle
Assène
Insiste
Gave
Jusqu'au foie
Gras
Nausée.
Toujours braillante.
Toujours taillante.
Elle
Fait trembler
Les timides.
Elle
Horripile
Les francos.
Elle
Eloigne
Les pacifiques.
Ne reste que les
Guerriers,
Amoureux du
Combat en
Armes,
Attaquants désinhibés.

Le soir venu,
Célibataire proclamée,
Elle s'enferme
Seule
et
S'affale en
Lamentin spongieux,
S'imbibe,
Dilate,
Dilue.
Elle
Brouillonne
Titube.
Enfin tranquille
Enfin fragile.
Elle
Joue
Rit
Ronfle
Comme un sonneur
Inconscient.

Demain matin,
Elle sera
Regonflée,
Haute et
Altière
Sur ses échasses
Fatales.
Sans repentir.
Gagner plus vite encore.
Plus gros.
Plus grand.
Sans jamais retourner.

lundi 26 novembre 2018

Confiance, d'entre les morts

Croix sur
L’insolitude.
Barrée.
Deuillée.
Enterrée.
Je et je seule.
Pas vraiment moi.
Mais pas eux
Jamais nous.
Vous tu elles.
Chacun.
Pré carré.
C’est comme ça.
On avait dit que jamais
On ne la dirait
Cette phrase honnie
De connerie sidérale.
Mais elle est tombée en
Couperet
Salvateur.
Arrête les frais.
N’attends pas tant.
Seul et seul.
C’est comme ça.

Tranquille nageant
Dans cette belle
Certitude,
Oui mais voilà
Qu’un jour,
Seul se fait
Insoutenable.
Hurlements intérieurs
Et
Chairs à vif.
L’ultime non-retour
Bravé.
Et sans les mains tu crois ?
Seule et sans appel ?
Parce que tu dis
C’est comme ça ?

Juste à côté,
De moi,
Attend celui qui voudrait
La belle confiance
Morte et
Oubliée.
Il dit que
Si l’on aime,
On ne compte pas.
Sauf que ma tête
Rétorque
Du tac au tac
Que le monde compte tout
Toujours et encore.
Elle tourne
Boucle le
C’est comme ça
Qui jamais ne
Déçoit.
Sauf que ce jour
Où Seule est
Une inhumaine croisade,
Je me mets à
Entendre que si l’on aime
On compte moins.
Alors à mon tour,
Je cesse de compter.
Les nombres
De toute façon
S’emmêlent
Et me trompent.

J’appelle.
J’attrape.
J’agrippe.
Et ses mots
Et ses bras trop forts
Réveillent
D’entre les morts
Ma confiance
Déconfite.
Éberluée,
Elle s’érige
A nouveau
Et éclate de rire
Tonitruante
Et
Conquérante.
Elle s’incline
Pourtant
Devant son
Révéleur.





Immersion

Le sable en pente
Souple
Me porte
Jusqu’à l’eau.
Éthérée,
Limpide,
Et vite,
Gloutonne
Et sombre.
Mes pieds hésitent,
Ruent,
Se retournent
Sous moi,
Je deviens cubiste
En chair et en os.
Les yeux vers l’horizon
Les panards remontent
La grève,
Moulinent dans le vide,
Et la machine se met à
Fumer.
C’est les bras qui
Rament dur
Et rescoussent
La tête droit devant.
Le corps
S’allonge,
Tiré de part et
D’autre.
Élastique fantastique.
Tordue,
Difforme,
Chaque pas est
Un géant
Improbable.
Il peine.
Il plainte.
Il grince.
Il couine.
Il fume encore.
Et encore.
Hoquète.
Mais imperturbable,
Pas après pas.
J’avance.
Je ne sais ni
N’entends
Comment.
L’eau à mi-corps,
Nombril névralgique,
Je stoppe net,
Continuant à
Tourner sur place.
Tout le monde
S’arrête,
Au pied du mur.
Jusque là oui,
Cahin caha.
Mais jusqu’au cou,
Il faudra s’accorder
Et nager de
Conserve ou !
le sable et les eaux se feront
Mouvants.
D’un seul trait,
D’une seule trempe,
Sans guingois
Ni boiterie.
La valse harmonie
De rigueur.
Juste suivre le temps,
Suivre le ton,
Le timbre
Et s’y couler,
Chacun et tous
Pour revenir à
Ne former plus qu’un.
Les pieds renoncent
Et sautent le pas.
Jettent les dés
Et lâchent
Terre ferme et sa
Naïve sécurité.
L’autre,
La vraie
Entière et
Vagabonde
Se fait
Jour,
Téméraire,
Non !
Juste désirante.
L’immersion arrive
Comme un chat.
Pas vu le coup venir
Et zouip je suis
Au coeur du
Rapide
Vire-
voltant.
La tête sur les épaules
Et les pieds
Frétillants.



De tortue en lion : Les Familiers Fantastiques (5)

La grande muraille
De
L’impossible
Se dresse.
Non sans avoir
Fort claironné
Sa venue.
Pas de surgissement
Volcanique.
Elle a poussé
Tout doucement,
Eclôt
Minute après minute
En douce fleur
Empoisonnée.

Elle
Se dresse,
N’étouffe pas,
N’enferme pas,
Armes grossières
Qu’elle dédaigne.
Elle se troue
Même
En filet
Mou
Ajouré,
Dentelle au vent
Tranchante
Castra-
Trice
Perforeuse
Robe flottante
Chantonnante
Aux quatre
Vents.

Tu lui fais
Face,
Malgré toi
Ton désir tirailleur.
Tu sors ta
Carapace
Chauffante
Ronde et
Gironde.
Plus que ta tête et
Tes pattes
À l’air,
L’organique à
Couvert.
En tortue
Digne du nom,
Tu as perdu ta grasse
Vivacité
Charnue.
Sec,
Craquelé,
Sans lèvres
Et sans ourlures,
Imberbe,
Le filet a imprimé
Ses carreaux
Reptiliformes.
Peu à peu,
Même les cinq
Derniers
Bouts
Décarapaçonnés
Se retirent en
Coquille.
Tu refroidis.
Tu désertes le
Monde.
Et tu revis
Sous ton dôme
Bercelant.
Tu souris de
Douceur.
Tu respires
Ralentis
Et
Le calme.

Tout bien
Plié
Au creux,
Ta retraite
Soudain
Touche
Le fond.
Recroquevillé
Au sol des
Mers,
T'es yeux s’ouvrent
Presque
Brutaux.
Et ta tête surgit
De son antre.
Le silence
Abyssal
T’enveloppe
Et dans un aboi
Inaugural
Et grave
Remplit l’espace
Aveugle
Qui t’avait
Recueilli.

La carapace
Tombe.
La mue
D’un claquement de
Doigt,
Féerique
Improbable.
Le sourire élargi,
Le réel se retourne
Comme un gant.
Rapide et sûr,
Entier,
Tout contre toi,
Tu remontes en surface
Et planches au ras
De l’air.
Te voilà de retour
Au jour
Et roi de la
Jungle.

Tout ton corps
T’appartient,
René d’entre les
Mers.
Maître ;
Puissant,
Tu te tapis
Grondes
Sourdement
Et les yeux brillent
Quand les babines
S’enroulent
Et
Tapis rouge
Au défilé de
Crocs
Rapaces.
Les mâchoires se
Tendent
Et avancent
Les
Premières,
Au bout de ton cou
Ambitieux.
Silencieux
Majestueux,
Tu glisses
En muscles ronronnants
Sur
Ta
Proie
Désignée.
La grande muraille
De
L’impossible,
Filet chasseur
Infranchi a
Dispa-
Ru.
Tu l’as même
Oubliée,
Oublié
Et tu brilles
Sans éclat
Impitoyablement
Pourtant.
Recule. Recule !
Assénés-tu à
Cet autre
Qui écarquille
Les mirettes.
Les bras ballants,
Il cherche la tortue
Enfouisseuse
Qu’il combattait
Confiant.
Tu rugis maintenant
Et achèves
Le combat.
Tu as tracé
Ton
Nouveau-né
Territoire.
Tu flambes
De fierté
Et
D’espoir.