mercredi 19 février 2014

Matinale affairée (43)

Un lendemain gueule de bois pour la minus rouquine. Elle ne prendra jamais un jour de RTT pour ça. C’est une question de dignité. Elle ne se laissera pas faire. Les vingt-huitards ne la feront pas céder.
Jamais.
Le matin des 29, elle accuse le coup, sans aucun doute. On lui demande souvent si elle n’a pas fait un peu trop la fête par hasard. Elle sourit mystérieusement. C’est en tout cas ce que beaucoup aiment à voir. Elle sourit ironiquement en réalité tellement elle n’a pas fait la fête hier soir. Enfin, les diables se sont bien amusés chez elle, mais ce n’est pas vraiment elle-même vraie. Il y en a bien auxquels elle ne pourra pas cacher grand-chose : Patrick le premier. Elle ne sait pas si ça lui fait plaisir ou déplaisir.
Avant cette étape du grand dehors, elle va procéder à toute la démarche de préparation post-28. La Loi prescrit le déroulement des événements. C’est pratique et confortable. Elle se lève un peu plus tôt parce qu’il y a des choses à faire, dans l’ordre et avec correction. Elle aime ce moment. Même s’il fait encore nuit, même si elle est la seule à être debout. Surtout parce qu’elle est la seule à être debout. Elle est tranquille pour s’organiser, personne à qui penser, personne à retenir loin d’elle. Tout le monde est mort pour encore une bonne heure. Sauf les boulangers. Mais ils travaillent. Ils s’en fichent d’elle. Et puis, elle n’en connaît aucun.
Elle va encore une fois s’étirer et ouvrir son corps crispé toute la veille. La nuit a nécessairement été mauvaise et c’est une joie que de se déplier. Parce qu’elle s’est enroulée sous les draps toute la nuit bien entendu. Entre deux spasmes. Elle a spasmé pendant 8h. C’est fatigant et agaçant. Ce serait pire sans les étirements des 3h. Heureusement, elle a ses stratégies désormais. Et la Loi, son pilier. Elle devrait dire ses piliers, avec un seul, elle ne serait pas bien avancée. Mais ça sonne mieux au singulier. Et c’est plus facile à adorer comme ça. Partager ses vœux, c’est trop dur. Elle a été élevée dans le monothéisme et elle ne peut pas se change comme ça. Non pas qu’elle y soit réfractaire. Ca lui aurait certainement fait du bien de changer d’air et de principes. Mais elle a été construite en monostyle, ce serait trop chamboulement que de se revenir à cette base-là. Avec la folie déclarée, bien sûr elle est retournée très loin en arrière même avant la naissance, mais tout n’était pas à refaire. Elle visitait ce qu’elle avait perdu de vue. En décalé mais c’était obligé. Elle n’a pas pu s’y soustraire. Elle ne regrette pas ça. Bien au contraire. Même s’il lui manquait un guide qualifié. Elle n’a pas tout compris à l’expo, la sienne pourtant. Mais ce qui nous appartient s’appartient en soi d’abord, en auto-tourbillon, et elle n’a pas pu le tenir en main. La scénographie lui a sans doute échappé. Elle en comprend des flash a posteriori, maintenant, depuis peu. Pourtant, le pèlerinage date bien de dix grandes années. Il a fallu tout ce temps. Finalement, le vrai changement, c’est maintenant, dans les 30. les 20, c’est plutôt vertige et vomissures, la tête en bas, ca donne rien. Démesuré. Il paraît qu’il faut en passer par là. Elle continue de se demander. Enfin, elle le répètera toujours, rien à regretter. Presque rien. Peut-être certaines bagarres ? Peut-être certaines haines trop longues ? Peut-être quelques plaquettes de chocolat ? Et puis non ! pas ça ! Mais peut-être quelques coups de cutter ?
A chacun sa jeunesse.
Les 30 ans, c’est l’occasion pour elle de tout refaire comme elle le souhaite vraiment, comme elle le décide elle-même. Pas exactement les même choses mais c’est pratique ces décennies successives. On a plein de chances renouvelées.
Après les étirements, elle s’ébroue. Elle ne le montre ni dit à personne personne. Même la mère n’en sait rien. Même la tante non plus. La Mémé, elle, s’en fout. Elle est au-dessus de ça. Leur condition, à elles trois femmes élues, est sa préoccupation, leur existence et leur beauté. Alors, connaître son emploi du temps et ce qu’elle fait de ses pattes, elle s’en tamponne. Tant qu’elle n’en sait rien du moins. Si cela lui venait aux oreilles ou autre, elle aurait sans doute son mot à dire. Elle a toujours un mot à dire, même si le sujet est un inconnu.
Elle s’ébroue et c’est merveilleusement agréable. Ce n’est pas qu’elle aime à prononcer ce genre de termes d’aïeule émue bourrée, mais c’est la sensation à ce moment-là. Elle n’y peut rien. Elle ne trouve pas d’autres qualificatifs. Rien ne convient comme celui-là. Elle en prend son parti, et tant pis. Si c’est du bon, on profite et on n’attend pas d’assentiment. D’ailleurs, elle ne voit pas qu’on l’autorise ou félicite à s’ébrouer. C’est tout de même non conforme. Comme tellement d’autres choses qu’elle dit et fait. Après, toute la subtilité réside dans non-conforme et indécent. Sont indécentes pour elle de nombreux gestes conformes et vice-versa. Mais elle sait qu’elle a un autre genre de cerveau que ses pairs.
Elle a toujours trouvé étranges « ces pairs ». : elle les sent plutôt tiers. Mais ce n’est pas comme ça qu’on dit ou pense.
            La douche attendra bien 2 bonnes heures.
Tout une épopée à accomplir auparavant.
Prochain chapitre, Messieurs Dames lectriteurs.

mardi 18 février 2014

Gymnastique nuitamment (42)

On croirait qu’ensuite les dilemmes et combat s’évanouissent. Que nenni mes bonnes gens ! La nuit du 28 est une nuit d’agité. Elle n’est pas encore laissée tranquille par les affreux du jour. Ils mettent le masque du dodo et youp la boum c’est reparti pour la nouba. C’est plus fou et c’est  moins précis mais ça la réveille exactement toutes les 28 minutes. Elle n’en revient pas elle-même de cette régularité. Et encore, elle s’en étonne oui mais ça lui ressemble bien cette exactitude arithmétique. Parfois, elle sent son corps qui s’habitue à ce rythme nocturne. C’est mieux que pas de rythme du tout. Finalement, avec leurs airs de bouffon aviné, les rois de la nuit sont mieux organisés que prévu. C’est les mois d’été qui passent mieux que les autres. Son corps se montre toujours plus docile. Il prend rapidement le pli (au bout de 2h environ) des traites de 28 minutes. L’hiver, ce n’est pas la même chanson. Le corps râle et vieillit à vue d’œil, se renfrogne et résiste. Il faudrait qu’elle aille vivre où il n’y a pas d’hiver. Parce que, mine de rien, cela lui brise une bonne semaine. Plus jeune, elle pouvait danser toute la nuit (elle l’a souvent fait au lycée) sans en subir les conséquences qui assagissent. Mais aujourd’hui, elle a pris un coup de canne à vieillard. Et puis, il ne faut pas oublier les pilules et gouttes. Elles font la paire toutes les deux. Elle pourrait en faire un vrai plat, juste avec elles. On écrase les comprimés, on ouvre les gélules (elle oublie toujours de mentionner les gélules, elle les trouve obscènes à vrai dire, d’autant plus quand elles coulent leur poudre) et on saupoudre de gouttelettes à la pipette. La couleur n’est pas fameuse mais c’est le cocktail du siècle. Elle aime à s’amuser à s’imaginer raconter cela. Elle a bien essayé un jour mais il aurait fallu avouer l’énormité de son pilulier. Et ce n’était pas autre chose que très intime. Cela ne sortait ni ne sortirait de l’étriquée salle de bain du studio parisien. Bon, bien sûr, si elle déménageait, elle transfèrerait le mystère d’une salle de bain à l’autre. Pas davantage. Pourtant son idée de bolée aux psychotropes la fait hurler de rire. La mère, elle sait donc elle aurait pu lui raconter depuis longtemps mais elles n’’ont jamais eu le même humour. Si tant est que la mère en ait eu un jour. Ce qu’elle est triste cette génitrice tout de même ! Ca donne pas la joie de vivre un enterrement pareil tous les jours que Dieu fait. C’est bien ce qu’elle se disait adolescente. Elle la laissait dans son coin, après avoir tenté toute son enfance de la ranimer. Elle n’est pas folle la mère. Pas elle. Mais franchement, à se demander si c’est mieux. Tout est une question de point de vue. Elle, Anna, elle sait parfaitement qu’elle est déglinguée. Ce n’est pas toujours facile, elle ne doit pas être malhonnête mais ce n’est pas si terrible. Oui la psychiatrie, Mon Dieu ma pauvre chérie. Pas tant que ça ! Sale odeur d’hôpital et beaucoup de chamailleries mais dans un tel microcosme, c’est obligatoire. Les premiers jours abyssaux. Aussi, beaucoup de gens qui ne se formalisent pas de choses extravagantes. On prend un peu pour un débile, parce que, allez savoir pourquoi, fou et débile c’est assez proche voire identique pour la plupart des gens. Bref, ça lui a permis de me reposer. Elle a un peu abusé, elle a profité. Toujours tirer profit de sa position dans la vie. Quelque chose d’immuable dans sa personnalité, sauf toutes les fois où elle a craché sur ses pères. Elle, on la dorlotait, elle a fait la neuneu. Pas non plus trop longtemps, ils ne ses ont pas fait avoir jusqu’au bout. Pas tous du moins.
Cette nuit-là, elle repense à tout ce qui s’est passé, toujours un peu les mêmes histoires, auxquelles elle ne pense jamais autrement. C’est automatique. Comme s’il y avait une case qui ne s’ouvre qu’avec le mot de passe « 28judas ». Compris n’’est-ce-pas ? Elle cligne pas de l’œil parce qu’elle ne sait pas faire et que de toute façon elle ne s’adonne pas à ce genre de grimaceries. Mais c’est tout comme.

Au beau milieu de sa chevauchée nocturne, la princesse rousse fait une pause, aux alentours des opaques trois heures. Elle est belle et solitaire, hirondelle et cavalière (puisqu’elle est en chevauchée bien entendu). Ce moment d’intimité avec la Lune est une douceur dans cette vie de rudesse, parmi les hommes et leurs violences. Elle penche tendrement la tête sur son épaule, se recueille, elle prie son Seigneur jésus mort en croix. Elle se défait de son épée malfaisante et redevient la vierge immaculée de l’enfance. Elle retrouve dans ce voyage céleste ses parents morts, qu’elle a tant aimés sans les avoir jamais connus, orpheline humiliée. C’est leur amour qui l’a sauvée et elle s’y replonge une fois par mois en ces 28 bénis.

Ca aurait pu mais non.

Anna ne s’attendrit pas, généralement. Elle savait faire avant. Ca se passe comme suit :
-          réveil à 3h de ce putain de matin
-          fourmis dans les jambes
-          footing obligatoire aux quatre coins de l’appartement
-          étirements (pour ses 29lendemains difficiles)
-          la tête en bas longues minutes
-          ne pas trop respirer
-          pas de mouvement de tête sur les côtés, surtout aucun car reprend le tic tac fou du cou
-          durée : 48 minutes 29 secondes
-          le sommeil de retour, un brutal celui-là
-          et saut agile au lit dans les 10 secondes, sinon le marchand passe

Tout un programme. Mais oui ! pour Anna, tout est un programme.
Même la folie lui était programmée.

lundi 17 février 2014

Fière minus

Elle
Se targue
Toise
Tape du poing
Tord le cou
Tire la couverture
Torture les hommes
Titille le désir
Triture les fiertés
Tance les plus grands
Talonnades cavalières

Enterre les faiblesses
Les siennes
Bien sûr.

Son business c’est le tapin.


Elle
Se blinde
Balaie sur passage
Blottit son cœur
Bravoure et sans pitié
Bubulle avec son pouce
Brandit l’immense magnificence
Boulotte découillue
Brise glace et tonnerre
Bombarde l’univers
Big bangue tout ça.

S’embue les idées
Pour oublier
Bien sûr.

Son business c’est sous le bureau.


Elle
Se déteste
Dilue sa vanité
Débouchonne tous les litres
Divinise le faux
Discrédite les ennemis
Diffère le Connais-toi toi-même
Décadence le corps
Danse à tue-tête
Dégoûte les juges intérieurs
Détruit ses trésors.

Endure les mensonges
Pour se cacher
Bien sûr.

Son business c'est la duperie.


Elle
Se cramponne
Crie comme un veau
Crache sur elle et les autres
Crétins humains
Croit en diable
Chrétien
Crevard comme elle
Crâne encore quand
Craque et
Croule.

Encrasse loin loin la haine
De soi
Bien sûr.

Son business c’est criminel.


Elle
S’immerge
S’immondice
S’immole
Dans ses déchets.

Elle
S’ouvrage
S’outre
S’ouvre
S’oublie
Comme le Mal.

Son business c’est la souffrance.

dimanche 16 février 2014

Femme moderne

Femme en fils
Sans forme
Sans fin
Immense
Bâton
Presque
Érectile
Dirait-on,
Si on était une mauvaise langue.
Une langue
Sale
Aphtée
Malade
D'acides
Qui brûlent les graisses.
Femme
En guerre
De courbes
En quête
D'angles
Droits
Ou gauches.
Mais tout sauf
L'incurvé
Accueillant.
Dure et
ferme.

Femme enfile
Tenue
Virile
Sexy
Sexe
En habits
Brillants
Coquille
Habile
Masque
Du manque
Des trous
Honteux
Soumis
Affamés.
Sans voir
L'infini
Pouvoir
De l'enveloppe
En chaleur
Sans chichis
Ensorcelle
Et finalement ferre
Sa proie
Englobeuse
Puissante
Pas d artifices
Et feux.
Définitive
L'enferme.

jeudi 13 février 2014

Trognon de bonhomme

gris laid nain
enfoncé dans son rôle
de rabat-joie
tenu dans la nasse
du faire bonne figure.
figure
d’administré
sérieux
notaire
consciencieux
calculateur
pingre
rassis
cireux
jauni
Comme une vieille photo
pas soignée.
Celui qu’on éloigne.

un vieux avant l’heure
vieux pain rassis
acide
bleui en roquefort
ébloui par perfection
Etrangleuse.
étranglé
au col boutonné,
sans majuscule,
sans décorum,
sans récompense.
l’invisible bibliothécaire
perdu derrière
l’ordre et
les collections,
le petit gars
renfrogné.
Celui qui grogne.

personne
n’imagine
quelque chose
derrière façade
polluée
en même temps vide
qui paraît sale
et morte vivante
pleine de microbes aussi
riche
bactériale.
façade complexe
sous l’ennui
et platitudes
trompeuses.
rien qu’à décrire,
c’est infaisable
alors qu’apparaît
si insipide.
Celui qui répugne.

en fait,
prisonnier
de ses remparts
exclu
et sinistré
déserté
et meurtri.
pas aimé
pas aimable,
respecté
et pas plus.
pluvieux
en tout temps
pour ne pas
pleurer
en deuil depuis
des décennies
croque-mort.
Celui qui saigne.

saigne
en silence
sans congénères
sans fraternel
un ours
frileux
frigidifiant
désolé
d’avoir tout oublié.
il se rappelle
quelques câlins
familiaux
et puérils.
Celui qui ne rechigne
plus.
Celui qui ne s’indigne
plus.
Celui qu’on dédaigne.
Celui qu’on grigne
sans vergogne.
Le gris besogne.
Humain rogné
grognon
et méconnu.
Trognon de bonhomme.

mercredi 12 février 2014

Coucher serein (41)

Elle doit encore tenir quelques minutes, parce que 22h28 est l’heure du commencement de la préparation au coucher. Ce n’est pas l’heure où l’on ferme les yeux. Enfin. Encore quelques instants interminables de lutte. A ce moment-là, remarquez, elle a presque comme un sursaut d’énergie. Elle s’en surprend toujours, toute seule. C’est sensationnel
Ascensionnel
Scancionnel
Sanctionnel
Sempiternel
la vie quand même. Pour peu que vous n’ayez plus rien à travailler
soulever
traquer
frapper
chasser
abattre
étrangler
poignarder, les forces reviennent et se bousculent même comme aux portes du spectacle qui ouvre. Elles renaissent parce que c’est pour un simple pic et que la flemme de plus ! faut pas pousser Mémé dans les orties, qu’elles disent. Ce sont des rustres et Anna, elle n’essaye pas vraiment de négocier avec elles. Elle sait que c’est peine perdu. Elles sont bornées et même si elles pourraient, elles ne feront pas l’effort. Elles décident ce qu’elles veulent. Et puis basta. Donc, elle fait avec.
22h28, heure pointue, elle est en équilibre après son harassante montée sur la pente du début de soirée. Elle sautille en funambule
fumeuse
enfumée
floue
fantôme
la descente s’annonce. Manège à sensations, ces soirs-là puisque la résistance a été si forte. Pas les douces roulades sur l’herbe moelleuse. Le train de l’enfer qui descend à pic fond caisse jusqu’aux confins de la vallée. On n’en voit pas le bout parce qu’avant d’avoir touché le bout, on sera enterré par Morphée. Morphée le terrorriste
le trapéziste
le droguiste
drogueur
drogué
vieux camé qui camisole le monde une fois son oppresseur Soleil disparu pour quelques heures. Elle le hait et elle l’attend depuis ce matin au réveil. Elle sait que comme Mesdames les forces, il est maître de son cycle et de son influence. Elle n’y pourra jamais rien. Elle se bat autant comme autant contre lui. Et tous les autres. Dont on ne parlera pas maintenant. Sinon le texte n’en cessera jamais, il y a
la rage
la femme
la poule
et la pute
l’amour
la honte
la norme…
non mais ! arrête-toi !  on a dit pas maintenant ici, c’est pas le moment. Quand il est parti celui-là ! Le problème avec tous ces adversaires, c’est bien qu’ils se présentent chaque jour comme si de rien n’était de la veille. Ils se régénèrent comme des salauds de phœnix. Elle soupçonne Morphée d’être leur pourvoyeur de dope. Elle ne voit pas autrement puisqu’ils devraient avoir lâché la grappe depuis le temps. Elle y met du cœur à les écrabouiller. Purée le soir avant l’attaque du dernier assaillant. Mais dignes et érigés le lendemain frais dispos. Ca l’énerve.
Ca l’énerve
Ca l’énerve.

Les ablutions accomplies proprement, elle plonge dans le vide. Elle s’entraîne pour Euro Disney, elle pourra peut-être bientôt faire les trains looping.
Le corps parfaitement immobile.
Anna qui dort est une morte en sursis.
Ce soir-là, ce 28-là, a été trop dur, elle doit l’admettre. Elle était vibratoire toute la journée. Elle laisse la victoire facile à Morphée l’enculé. Elle se contente de l’insulter. Elle n’a plus la colère qu’il faut ce soir.

mardi 11 février 2014

Crépuscule tortueux (40)

Elle lutte la nuit pour ne pas s’endormir avant 22h28. Il faut résister et maintenir les paupières à pinces à linge.
Exercices palpébrales braux
En rythme
En mesure mais pas trop non plus
La pulsation anesthésie
On se laisse bercer
Si pas piquante.
Alors, elle calcule habilement son enchaînement
Ruptures cubistes et mélanges des genres
A intervalles irréguliers.
Télévision qui doit attiser le désir et nourrir le plaisir. Ouvrir l’appétit de la suite jusqu’à 22h28 au moins. Quand le combat se fait trop rude, elle se remémore les séances d’orthoptiste et se muscle les miradors, obligée d’être en alerte. Elle se pose des défis oculaires. Le pot de fleurs dans l’angle tout à gauche presque hors d’atteinte ; le pied du lit tout au fon derrière tous les obstacles fondu dans le mur. Bon, c’est certain, la télévision est un peu délaissée pendant ces interludes sportifs. Mais elle peut s’arranger pour les caler au moment des publicités. Parfois, elle doit rajouter des sessions entre les plages pub. Le pire du pire ; c’est 20h27. Il reste plus de 2h et le film n’a pas même commencé. Il faut s’agripper à un documentaire ou une série idiote qui donne très envie de lâcher le morceau. Ce n’est pas que les documentaires l’ennuient, loin de là. Mais déjà que les yeux sont en berne, les neurones ne suivent pas tout seuls. Il leur faut des globules en béton. Les documentaires qui fonctionnent ces jours et soirées-là, ce sont les jungles et guerres. Pas guerre en noir et blanc, là c’est le somme assuré. Mais guerre avec giclage et description des tortures. Là encore, ne nous leurrons pas. Ce n’est pas qu’elle aime cela. Mais elle ne peut pas s’assoupir devant ce genre de courses à l’ennemi. Ca lui en dit trop l’ennemi. Le monde est un nid d’ennemis. Elle les voit défiler sous son front qu’elle sent gigoter. Comme si des petites bêtes se déplaçaient sous la frange. Heureusement qu’elle a une frange, on ne pourrait pas la voir, elle est seule mais si cela se mettait à arriver en pleine réunion. Nul ne sait… Ca gigote parce qu’il y a tellement d’images qui se bousculent, plus vraies que nature ! Y en a, c’est l’abdomen qui gonfle. Elle c’est les sourcils and Co.
Mal de mer
Haut le cœur
En sommet de corps
Front chaviré
Perdu la barre
Les oreilles maintiennent cap
Coûte que coûte
Les yeux s’écroulent
s’encroutent
sous les lourdasses
qui font les couvertures.
Mais j’ai pas froid aux yeux !
Je veux pas de réchauffement !
Elle gueule
Comme un veau
ça a le mérite de
rendre les paupières furibardes.
Elles se mettent à chanter en vibratos,
shocking my dear !
Mais au moins les pupilles sont libérés
d’infantilisation.
La camisole de l’âge.
On se trompe toujours sur celui qu’on accuse
d’ailleurs.
Le bel âge et le grand âge
pour pas dire le sale.
Elle trouve ça plutôt ingrat
en début de carrière.
Bref, tous ces événements réveillent bien, les réflexions alambiquettes qui vont avec. Partie des yeux qui se ferment, elle en arrive à une philosophie des âges. Mais il ne faut pas que cela dure trop. Elle pourrait prendre le rythme là encore. Elle s’inspire des techniques de torture. Non et non ce n’est pas qu’elle veut se faire du mal. Psychologie à la noix. Heureusement qu’elle est un peu plus compliquée que ça quand même. Parce que dans la torture, on empêche le bonhomme de s’habituer, d’avoir le temps de trouver un compromis. On le trimballe d’univers en univers. Un Super Mario réel, à chaque plateforme ses monstres et ses dangers. Elle peut aussi dire qu’elle s’inspire de Mario, c’est vrai. Mais c’est moins parlant. Et puis, c’est peut-être pour ça, mais c’est pas de tout repos de s’empêcher de dormir. Elle a des petits instants d’inconscience, elle sombre. Mais sa volonté est une folle et elle aura toujours le dernier mot. Donc, elle se reprend très vite, en se faisant fouetter sans concession. Ca claque dans la tête. Et hop ! elle se redresse. On dirait un jeu à ressorts.
Coucou
Coucou
Douiiiiing 
Buuuuuuup
Ennnnnn march !
Tac
Clac
Piiiiiin.
22h28 approche et ce qui se passé ensuite sera contée
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