vendredi 12 septembre 2014

Trouée d'idées

L'idée revient et repart
m'agrippe et
s'enfonce.
Elle a sorti
les griffes
depuis le début.
Je n'ai pas été
dupe
une
seconde
mais je pensais
qu'elle décolérerait.
C'est vrai,
je me suis
étonnée
de la voir si
peu
insistante
les premiers jours,
si
peu
guerrière.
Elle se préparait,
elle s'échauffait,
creusait son trou.
J'ai un trou
son trou
dans la tête
et le cœur.
L'idée
a
fait
pris
(Non pas un exercice de conjugaison, les médisants !)
étendu
son trou.
Elle est devenue
son énorme
trou.
Une idée
bien
tenace
lancinante
javelot
boomerang
qui se lové
douillettement
dans son trou
de malheur.

L'idée
trouante
que tu
serres les dents
pour avancer
et vivre.
L'idée éviscérante
de ton visage
sourcils froncés
pour interdire les
larmes.
L'idée sanguinolente
de tes insomnies
exaspérées
désespérantes

tu me maudis.
L'idée
que j'aurais fait
des même.
L'idée écœurante
que tu me
détestes
pour la vie.
Qu'au mieux
tu ne me penseras
plus.
L'idée inacceptable
que je ne te
parlerai
plus,
que tu n'accepteras
plus
un seul signe.
L'idée imaginée
que tu voudrais
jamais
ne m'avoir
rencontrée,
que tout
absolument
tu le regrettes.
L'idée poignarde
que
sans aucun doute
je suis
l'instigatrice
de ton
calvaire.

L'idée me troue,
elle te venge
et me punit.
Oui je
pourrais
dire
"C'est la vie, et après ?"
L'idée rit
sans cape
à gorge déployée
de mes ridicules
stratagèmes.
L'idée me troue,
je ne la hais
pas.
Moins de là !
Je me préfère
trouée
coupable
douloureuse
qu'insouciante
entière
mais
sans âme.
Je me haïrais
moi.
L'idée m'ampute
mais me relève.

L'idée tout contre moi.

vendredi 5 septembre 2014

Boom et paf

L’homme et
sa femme
sont des boomerangs
en puissance.
Pour peu
qu’on les
déclenche !
Je tu il nous vous elles
restent calmes
jusqu’à ce que
le bouton
le bon
le on/off
soit poussé.
Et c’est la course
comme si on était
tous
chacun
dans les starting blocks
permanents.
Ben oui hein !
On est tous toujours hein !
Parce que tu en sais
quelque chose
toi ?
Pfff…
Toi, tu es un boomerang
qui jamais
ne cesse
de rebondir.
Plus de sens,
tu perds ton et tes sens.
Tu te cognes
dans tous les coins
et même sur tous les plats.
Même sans poussage
tirage
ou déclenchement,
tu es déjà parti
à taper
dans tout ce qui existe.
Une poule entre quatre
vitres.

Le boomerang
c’est très simple.
Si tu n’as jamais joué,
tu conçois le retour de l’objet
comme
un presque tour de magie.
La bouche est bée,
en général.
Tu vérifies
que non !
pas un coup de chance.
Il reviendra
encore.
C’est contre
notre cohérence,
celle que l’on croit avoir.
Au bien contraire,
c’est pure réalité
de la femme
et son homme.
Les choses se jettent
et reviennent.
Pour frapper,
pour étonner
pour tonner
pour rassurer
pour attirer
vers l’avenir,
en va-et-vient comme
les chiens éclaireurs.

L’homme
et sa femme
et leur boomerang.
La femme
et son homme
en boomerang.
On est et on a.
On prend des baffes
et
ça claque au visage.
On n’en sort pas indemnes.
Et on claque
à son tour.
Pas toujours à ceux qui
ont fait boom.
Mais ce n’est plus
la première
donc on sait
que ça revient toujours,
les choses,
le temps,
les gens,
soi-même.
Ca disparaît au fond du ciel
et ça resurgit
après une ellipse
improbable.
Dans le jour
ou
après des décennies.
Rien n’est mort
pour toujours,
comme on voudrait
parfois
ou qu’on ne voudrait pas.
Ou alors tout est
un énorme
boomerang,
vivant et mort
dans l’instant
ressuscité
et
affolant.

Les hommes
et
femmes
jouent
se balancent
jettent
se retirent
se retournent
laissent en chemin
et inévitablement
sont
rattrapés
rapiécés
rattachés
rapprochés
par le fatal boom-
-e
-rang.

On se montre
sérieux

professionnel
reponsable
respectable.
On est tous des
joueurs
invétérés
avec leur
bout de bois
magique
qu’on sait plus
dans quel sens.

mercredi 3 septembre 2014

Tu n'existeras plus

L’orgueil,
et son intransigeance
arrêtent tout
et font trembler les murs.
les yeux palpitent
et tout le monde
a envie de crier.
De dire toutes ces choses
tellement
pensées
et jamais dites,
en bon animal
social
et respectueux.
Toujours repentant
de ces idées
qui le détrône
de sa bienveillance.
La sublime
et pitoyable
illusion
de la bienveillance.
Je la nourrirai
encore
et toujours.
Sans elle, je finis
aux miettes,
en minuscules morceaux,
transparente,
sans faim
ni pain.
Elle reviendra dans une
ou deux
ou trois
semaines.
En attendant,
l’orgueil
la laisse sur le bord de la
route
et prend les rênes.
Il tape du poing
et donne des ordres.
L’état d’urgence
est déclaré.
Il est le maître
incontestable
de la gestion de crise,
le coach
irréductible
en ca d’hémorragie.
Et il se dresse
pour protéger le flots
d’imprécations qui
se déverse
et qui a enfin
le droit.
Ce qu’on n’a jamais dit,
par civilité,
on le crache
et les viscères avec.
            La bêtise abrutie
            La lenteur bovine
            La laideur clownesque
            Le mépris cinglant
            L’antipathie monumentale
            Le dégoût nauséeux, parfois.
Toutes ces choses qu’on cache
et qu’on serre
bien
tendrement
tout au fond du
cœur.
Parce que j’ai beau
les retenir,
ne pas les trouver belles,
elles me confortent,
me bercent.
Je sais qu’elles seront là
pour me dire ma valeur
le jour venu,
le jour d’être blessée.

Ce jour est arrivé,
les vieilles cicatrices
se rouvrent
mais jamais comme ce fut
la première fois,
cette immonde
déchirure
de l’existence.
            Où il ne reste plus rien.
            Où on aspire au vide et sa douceur.
Où on est une poupée entre des mains qui jouent.
Ce jour est arrivé,
mais comme les dernières fois,
l’orgueil
et sa cohorte
ont pris les armes.
Les valeureux
et sûrs
guerriers.
Qui se battent
pour la peine.
Jamais
sans raison.
Un jour,
demain,
ou plus tard.
Un jour
sans faute !
j’arrêterai de sourire,
je cesserai le manège.
Je planterai les deux yeux
dans ceux qui
ne
regardent
rien.
Ils ne pourront pas s’échapper.
Ils devront soutenir
ma rage
et mon mépris.
S’ils essayaient,
ces yeux fuyards
et lâches,
de se baisser
pour caresser
leurs pieds,
je les forcerai
à revenir
à moi,
aux miens
et à attendre la fin
quand je l’ai décidée.
Pour un moment,
je serai leur tyran,
et à l’âme friable
et insipide
qui les porte.
Tu me verras
sans remords
et sans merci,
sans
aucune forme
de pitié.
Ta vexation,
ta brutalité,
ta liquéfaction,
ou même tes larmes,
me seront
tout à fait
égales.
Tu ne seras
plus
que
mon adversaire ;
Celui
ou celle
qu’on a protégé
qu’on a pris
avec précaution
qu’on a prévenu
et qui griffe
en plein visage
en pleine dignité
en se croyant
toujours innocent.
te faire sentir
ta malveillance
et la fin
parfaitement
définitive
de toute once
de confiance.
Tu n’existeras plus
que comme un corps
auquel
j’appliquerai machinale,
les règles
de la société.
Tu n’existes plus
d’ores et déjà.
Tu n’es celui
et celle
qui ne compte pas
qui ne compte rien.
Le zéro
tout entier.

vendredi 29 août 2014

Miroirs de nombril

Le gros ventre en avant,
il honore l'assemblée.
Presque il se tiendrait
les reins
comme une femme enceinte
exhibant
sa fière bedaine.
Parce que tout
ce qu'il touche est d'or,
les bourlets pendouilleurs
y compris.
Ce prélat auto-proclamé
craindrait-il
la tête la première ?
Oh non que non !
Péché de lèse-majesté.
Tu ne seras absous,
impudent !
que si !
tu écoutes
consciencieusement
l'immense et luxuriant
discours
vespéral.

Bien.
Reprenons cette entrée
majestueuse.

La bedaine
impérieuse.

Tout le monde se tait,
n'en pense pas moins.

Quelques minutes ou
la petite heure
pour ranger
le personnage
décidément
dans les maniaques
du nombril.
C'est confirmé
bel et bien !
L'écoeurant prétentieux
est de la fête.

Apres l abdomen vantard,
les bras se sont vite
mis en marche.
Les moulinets,
non Ô mon Dieu !
Pardonnez !
les arabesques
élégantes
ou fermes,
selon contexte et argumentation.

La soirée passe
autour
et sur tous les côtés
de ce ventre
et ses mystères.
C'est lui
encore et toujours lui
que les bras
célèbrent
et dansent.

La soirée passe
et peu à peu ,
alors qu'on s'était tu
devant l'éléphantesque
ego,
chacun se remet
en route
en contournant
le gros bide.
Plus de déférence
pour le gros lourd
gros lard
qui perd
ses pieds
à ne plus être loué.
Il parvient
à la force
des entrailles
à happer
toujours
au moins un interlocuteur
sauvé par son conjoint
au bout de quelque temps
avec l'anthropophage.
Un ou une autre
prendra sa place,
sacrifice momentané,
parenthèse concédée
au cochon affamé.

Il est au Jardin d'Acclimatation
de son enfance.
Il n'en est jamais ressorti.
Le premier jeu,
le labyrinthe de miroirs,
il s'y est abymé.
Sous toutes les coutures,
il se fascine.
Il n'en décollera plus.
Jusqu'à l'atroce douleur
au bout d'une corde
ou le cancer fatal.
Son monde
est un cristal réfléchissant,
décoloré,
lissé à la perfection.
Pour la soirée,
il n'a pas omis
les lunettes
du soleil
posées bien sagement
sur son ventre
ébloui
et béat.

Monsieur Gros Bide
tout en nombrils.

jeudi 28 août 2014

De tsunami en moulinets

Le tsunami enfantin
oublié
qui réveille
le moulin
endormi.

Moulin inquiet
Moulin pédale
Moulin et moulinets.

Les mous et remous
haut la vague
haut le cœur
cœur battant
à craquer.

Moulin inquiet
Moulin avale
Moulin et moulinets.

Respirer.
Ne rien dire.
Patientez
la prochaine fois.
Vomir.

Moulin inquiet
Moulin pédale
Moulin et moulinets.

Tsunami remisé
de l'enfance
dans le placard
à sorcières
jamais mortes.

Moulin inquiet
Moulin avale
Moulin et moulinets.

Le moulin
agite la vague
et tous les vents
la semoule
et la boue.

Moulin inquiet
Moulin pédale
Moulin et moulinets.

Ses ailes
perdent le nord
se démantèlent
et on retient
les larmes.


Moulin inquiet
Moulin avale
Moulin et moulinets.

Le moulin
s'enraye
s'arrête
s'enrage
s'arrache.

Moulin à tsunami d'eau douce
Moulin perdu dans l'eau salée des yeux.
Moulin pédale jusqu'aux larmes.
Moulin ravale.
Courageux moulin de haute mer.
Marin d'eau douce.
Mon moulin
Mon beau moulin.
Tu attends la fin des catastrophes
naturelles
et les mots qui les épuisent.

mercredi 27 août 2014

La montagne insensible

Les actions passées
tournent
et retournent
dans leur tombe.
Finies
achevées
apparemment remplacées.
Elles sous terrainent
encore et toujours
à la mesure des mots
et des pensées
qu'on leur accorde.
J'en parle peu.
Plutôt pas.
Je les palpe
de haut en bas
dans leurs recoins.
Les autres m'en parlent.
Toi tu m'accuses,
les autres effacent.
Nos mots et mes pensées
ressuscitent
les mortes.

Il y a
les actions
devant lesquelles
on a reculé
détourné
le regard,
peur et honte
paralysie.
Et parfois,
pas si rarement,
elles se fondent
et s'accordent.
Parfois comme prévu,
elles coincent
et ça fait
enrager.

Il y a
aussi
celles
qui sont passées
inaperçues
dans le flux
d'une journée
ou de toutes les journées.
Moi
si craintive
à imprimer ma marque
sur mon chemin
comme sur
celui des autres,
je franchis
parfois
une immense montagne
sans chaud ni froid.
C'est que
je ne l'ai pas vue
les yeux fermés.
Je répugne
à admettre
que j'ai pu
être aveugle ;
disons pour apaiser
mon orgueil
d'illuminée
que j'avais les yeux
autre part.
Pas là où il fallait
mais quelque part
quand même.
Et l'exercice commence :
active remémoration
pour percevoir
le loupé.
J'abaisse
sciemment
les paupières
cette fois.
Je tire sur tous les muscles
derrière mes orbites
jusqu'au sage occiput.
La montagne ne pousse pas.
Je n'ai qu'une tendre et courte
plaine,
sans intérêt.
Jour après jour,
je ne peux m'empêcher
de chercher la montagne
derrière mon
insouciance
passée.
Je creuse
et perce
peut-être
pour exhumer
cette inaccessible
élévation.

Vaine et inutile
tâche.
Mon action
a été énorme
grosse comme une montagne
mais ce n'est pas la mienne.
Je ne vois pas,
je ne sens pas,
je ne souffre pas
cette montagne.
C'est ta montagne
et mon action.  
Si tu me permettais
de regarder avec toi,
je verrais sans
aucun
doute
cette montagne.
Je crois
aussi
que j'en baisserais la tête
et que j'essaierais
de l'éroder
ensemble.
Mais tu gardes
jalousement
ta douleur
et mon action
déchireuse.
Je ne peux que
m'avouer
impuissante.
Et aussi
malgré mes réticences
responsable
de cette souffrante
équipée
que tu as vécu
seule.

samedi 23 août 2014

L'histoire et un bout d'âme

L'histoire
dérive.
Chacun
son cours
sa course
source
et trophée.
Chacun
retourne
ou varie.
Toutes les histoires
sont réversibles.
Toutes les histoires
sont infinies.
Autant
qu'il y aura
de corps
et de douleur
pour les revivre.
Je croyais
cette histoire
droite
et claire.
Tu la repasses
et la déchires
la cribles
et la salis.
Je ne te déteste pas.
Je déteste
ton histoire
ta nouvelle
sens dessus dessous.
Je te pardonnerai tout
sauf ton histoire
amère
et
détournée.
Pas de la vérité.
Détournée de la mienne.
Je dois
tenir
contre cette tornade
spectaculaire
aussi
tentaculaire
mon histoire
et mes sens.
Ta version
tes ratures
pourraient bien
malheureusement
avoir raison
de moi.
Contaminer
mon conte
ma belle
et triste.
Je dois
lutter
et méchamment
pour échapper
à ton thriller
morbide.
Je reste
pour l'instant
le seul témoin
de notre douceur.
Je ne dois
pas
jamais
céder
et assombrir
par ma colère
ou mon dégoût,
par lassitude.
Je ne dois
pas
jamais
lâcher
l'histoire
que personne
ne connaît
sinon
toi
ou
moi,
chacune dans
notre
langue.
Je me sentirai
seule.
On m'a déjà
proposé
d'oublier
d'avancer
d'enrager
et de frapper
à mon tour.
Je peux
mais ne veux.
Je ne laissera
pas
couler
l'histoire
qu'aujourd'hui
tu gribouilles.
Elle est striée
de traits haineux
noirs et oranges.
On n'y voit plus
la trame
ni la vague.
Je la connais
par cœur.
Je n'ai besoin
de rien
pour savoir
qui nous étions
et notre marche.
Je ne serai
ni
lâche
ni
égoïste.
Je garderai
sans aide
et sans serrure
ce que tu vomis
aujourd'hui.
Je protégerai
de tes acides
l'histoire
celle qui en vaut
la peine
l'énorme peine
ta monstrueuse douleur.
Je répèterai
mille et milliers de fois
que tu n'es pas
vampire
qui se nourrit
du sang
de la blessure
et des cris.
Je répèterai
que tu étais
et restera
une de ceux qui
sauvent.
Une de ceux
auxquels
sans doute
on envoie un bout d'âme
quand il est temps
de tout éteindre
et mourir.
Une de ceux
sans lesquels
on n'aurait pas
vécu.