dimanche 14 mai 2017

Guerre intestine tambour battant

Le cœur frappe
comme un dératé.
Il ne s'arrête pas.
Penser à
truc,
machin,
bidule,
respirer et
tout va mieux...
Non pas du tout.
Rien n'arrête ce tambour
battant
qui pourrait commencer
à faire mal.
Espèce d'imbécile !
Ralentis ou je t'attache !
Eh non ! Tu ne peux pas m'attacher !
Calme-toi toi-même,
moi je n'y peux rien.
C'est ta faute,
ta faute,
ta faute,
je ne fais qu'obéir.
Ah ah !
Il se gausse
ce débile à toute allure
qui s'échauffe
insensément.
Débile à toute allure va !
Il empêche les autres de faire
ce qu'ils ont a.
Il bloque,
barre,
s'étale,
s'étend,
se répand,
sans égard pour quiconque de
ses coéquipiers.
Sale égoïste va !
Même tes plus proches,
les pulmonaires,
se font coincer dans
un coin
par ton ego
surdi-
mensionné.
Tu paieras ta mégalo.
Je te déteste !
Il rit de bon cœur.
Je suis trahie par mon propre
cœur.
Mon organe le plus cher.
J'amorçais tout
juste
la confiance.
Elle me frappe
en boomerang.
Cette salope
elle aussi.

Les insulter
à l'envi.
Vas-y ma grande !
Dit la conscience.
Vas-y et ferme fort les yeux.
Tu es l'unique
capitaine
de ce navire
chaviré.
Tu te dis :
« Je ne peux pas être la meilleure,
je ne peux pas être la gagnante,
je ne peux pas être là-haut.
Je ne suis pas de ce pain-là.
Je dois rester dessous,
là est ma place.
Je suis une ras-de-terre. »
Voilà le beau discours
de ton âme.
Voilà ce qui fait tonner le cœur,
qui s'agite en tout sens
pour échapper à
la honte,
la nullité.
Tu devrais le
remercier,
petite ingrate !
Il se bat fort
au moins
celui-là !
Il ne se contente pas
de tes bas-fonds
gluants
et
glauques.
Il tire ton esprit
mal placé
vers
le haut.
Alors,
suis-le,
et tu trouveras qu'il
va moins vite.
Encore à accuser ceux
du corps
cette petite !
Nous sommes tous tiens
tous toi,
gamine !
Alors prends-nous
et tous ensemble.
Alors nous serons
en rythme.
Mais habite-nous
correctement.
Habite-nous
de haut en bas,
en haut
en large
et en travers.
Plonge et assume.
Et garde Croco magique
à côté,
il sait ce qu'il fait.



jeudi 11 mai 2017

Petite souris dans sa grande forteresse

Toute petite,
souris,
faufilant,
regard rieur,
cachée
dans son p'tit trou,
grande forteresse.
Toute petite,
qu'on a envie
de serrer fort,
de prendre à cœur,
de protéger.
Mais la
petite souris
a le regard
très noir.
Elle rit,
d'un coup
stoppe
et fusille sans
merci.
Et l'on ne peut
s'approcher
plus.
Elle interdit.
Et l'on recule.
Sans un mot.
Sans un geste.
Elle n'a pas besoin.
Elle parle
en silence
avec son corps.
On ne veut pas
la
briser.
Souris de
porcelaine.
On lève les mains,
on s'agenouille
en signe de paix.
On pourrit agiter
le mouchoir
blanc,
ne plus bouger,
jusqu'à ce que
petite souris
s'apaise.
Mais elle ne connaît que
la grande forteresse
et elle y a trouvé
ses aises.
Elle y voit
sa vie.
Et elle ne laissera pas
entrer
le monde.
A moins que..
A moins qu'on
soit si patient
qu'elle se questionne.
A moins qu'on cherche tant
la petite porte
de la grande forteresse
et la minuscule clef
dans une botte de foin,
qu'elle sourie
et qu'elle entende
la paix.
A moins que...
Patience et douceur.

mercredi 10 mai 2017

Croco magique, colère d'enfant

La toute petite gosse,
même pas 1 mètre
de haut,
bouillonne.
Les yeux s'assombrissent,
les pupilles se dilatent,
sans coc ni sexe,
tout de même,
elle n'a que 4 ans voyons,
un peu de tenue !,
les yeux noirs
de colère,
l'iris a disparu.
Elle est minuscule
et doit regarder
le monde d'en bas.
Comme c'est humiliant !
Même à 4 ans...
Elle sait qu'on se rit de sa colère.
Qu'on ne l'écoute pas.
Qu'on ne joue pas
l'équité,
chacun à la même hauteur.
Elle sur un tabouret,
l'autre accroupi,
peu importe,
quelque chose de plus
juste.
Qu'à cela ne tienne !
Ils vont voir ce qu'ils vont voir !
Ils rient,
les géants,
ils croient qu'une toute petite gosse
est inoffensive.
Ils ne savent pas encore.
Les stupides adultes !

Elle laisse la colère
grandir,
maintenant,
elle ne la retient plus.
Elle ne fait pas vraiment exprès.
Mais nous,
de loin,
savons qu'elle a lâché prise.
Elle sent le plaisir
l'envahir
et elle n'y résiste pas.
Sa colère qui s'apprête
la calme.
Avant la tempête.

D'un coup,
apparaît devant elle,
devant eux,
l'énorme crocodile.
Géant du fond des âges.
Il bat de la queue.
Elle s'écarte pour ne pas
prendre un coup
même s'il est un peu à
elle,
même si c'est son sien.
Elle le regarde faire,
narquoise.
Elle sourit
de plus en plus grand.
Il les effraie,
il les attrape,
les croque aux jambes,
sans pitié,
ils n'ont même pas le temps de hurler.
Croco attaque tout sec.
Elle n'a pas peur.
Elle n'a pas de remords.
Elle a bien prévenu.
Elle a dit et redit.
Qui a tendu l'oreille ?
Aucun imbécile adulte.
Croco s'arrête,
ils sont à terre,
ensanglantés.
C'est un peu dégueu.
Mais la colère est plus forte que
tout.
Il va se lover dans un coin,
pas trop petit coin
parce qu'il est bien mastoc
l'animal.
Elle le regarde
tendrement,
oui tendrement.
Il ne bouge pas.
Elle ne craint rien.
Elle le caresse entre les deux oreilles.
Ce n'est pas doux mais on dirait qu'il
ronronne.
Tiens donc ! Croco ronronne ?
Elle s'allonge contre lui.
Il l'enveloppe de son
grand corps
écaillé.
Elle est protégée ;
il la comprend.
Ils se comprennent.
Elle n'est plus seule.

mardi 9 mai 2017

Le trou au coeur

Autrefois,
il y avait
Maman.
Je lui courais après.
Toujours elle manquait.
J'avais un trou au cœur.
J'aurais donné ma vie.
Je ne savais aimer qu'elle.
L'amour de mon enfance.
J'imaginais vivre
loin,
sans,
et de dos.
J'en pleurais
d'avance.
J'imaginais ne jamais
partir,
voler,
construire.
Il n'y avait
qu'elle.
Le monde me blessait
20 fois
25 fois
1000 par jour.
Je ravalais mes larmes.
Longtemps,
bien plus tard
que l'âge.
Et je pensais à elle.
Je rêvais qu'elle m'enlevait,
à la honte
et à la guerre.
L'aimer brûlait,
hantait,
mais sauvait.

Les années
nombreuses
coulèrent
et
l'impensable se produisit :
l'indépendance
et en jouir.
Et voilà
qu'un jour,
revient
ce trou au cœur
quand il est
loin,
sans,
et de dos.
Haut-le-cœur du passé
et lui qui devient
refuge,
havre,
nid.
Je ne suis plus
enfant.
Il n'est pas l'unique
à aimer.
Mais resurgit la cape
de héros
et les supers pouvoirs
dans mon esprit,
ceux de la Maman
d'autrefois.
Il part
et je manque.
Il est là
et je m'ancre.
Je le suivrais comme un toutou
nuit et jour
si j'étais folle.
Je m'attacherais à lui
avec une corde,
sans qu'il le sache,
sans qu'on le voie.
Mais je passerais chaque
minute
autour de lui.
Si j'étais folle,
je camperais devant
toutes les portes,
je le poursuivrais
dans tous ses voyages.
Je ne suis pas
complet folle,
je traverse le trou au cœur
quand il s'arrache.
Et quand le monde blesse
1 fois
2 fois
10 dans la journée,
je souris
car le soir,
mon refuge,
mon havre,
mon nid,
m'attendra
et caressera mes cheveux
tendrement,
le cœur entier,
tous les deux.
Et j'oublierai
le mal.

lundi 8 mai 2017

La mise à mort (9)

Dès lors,
s'amorce la véritable
lutte
contre soi-même.
La guerre intestine
arrangeait.
Pas confortable
bien sûr
mais solution tout de
même.
Maintenant que l'amie sœur
a parlé,
qu'elle,
s'est laissée toucher,
un autre temps
advient.
Elle a ouvert
la bulle.
Elle a crevé la magie
noire,
la solitude,
l'intimité totale,
la solitude
facile,
sans autre paradoxe
que le sien propre.
En éclats.
En poussière.
Elle se remet à
partager
son monde.
Tout doucement.
Avec douleur.
Des hauts des bas,
reculades,
plus d'une fois,
parce que le réel
heurte trop
le réel bélier
le réel massue
qui ne prend aucun gant,
qui ne cache de rien
qu'elle retrouve
amère parfois,
elle l'avoue.
Elle ne regrette rien.
Rien.
Pour toujours,
elle ne regrette rien.
Elle est fière de
se battre
pour affronter
le quotidien
avec ses autres
et
ses contradicteurs
partout
tout le temps.
Elle est fière
et
pour la bien première fois,
elle ne regrette rien.
Ne s'en veut pas.
Au diable les flagellations
d'antan !
Essaye de se
consoler.
Longtemps en vain.
Longtemps.
Elle ne sait pas
bercer ses douleurs.
Elle ne sait que
punir,
enrager,
poignarder.
Mais elle a l'amie sœur
qui sait,
elle,
mieux que quiconque.
Qui répare
ce qu'on dit brisé à vie.
Pas tout,
mais elle bricole
comme un as.
Et elle reste dans le cœur,
la première,
à ne pas s'évanouir.
Elle est tatouée
sur son cœur.

Peu à peu,
elle va retenter
d'aimer.
Réanimer l'âme congelée
qui ne connaissait plus
que
l'angoisse
et l'ennui.
Parfois à regrets,
oui.
Parfois,
exaspérée
de fragilité,
trépignant
d'impuissance.
Incapable d'ad-
mettre l'infinitude
de sa condition.
Rêvant la force
et l'inviolable.
Souvent.
Toujours.
Rêver pour ne pas
sombrer.

Elle ne regrettera rien,
jamais.
Mais elle
haïra le Ciel,
la nature,
l'enfance,
d'avoir eu aussi
mal.
D'avoir saigné
sans discontinuer
des années durant.
Elle haïra
encore et encore,
elle nourrira cette
colère,
elle s'en mangera les
poings,
elle blasphémera tout ce qu'elle
peut,
souhaitant la mort
des plus inconscients,
irresponsables,
indifférents.
Pas les méchants,
on le comprend.
Les insouciants
qui tuent
et passent leur
chemin
comme des naïfs,
blancs comme neige
et vous traiteront de
fou quand,
miroir à l'appui,
vous leur tendrez sous le
nez
leurs
noirceurs.
Les irréfléchis
toujours innocents.
Imbéciles !
Ignards !
Aveugles !
Les plus dangereux.
Sa rage ne cessera pas.
Elle continuera
de harceler le Ciel
pour savoir
quoi comment pourquoi
décide-t-on
que toute cette merde en
vaut
la peine.


Quand plus tard,
on reviendra sur cette
époque,
la mise à mort,
qu'on lui dira
« Quelle folie !
Quelle souffrance !
Était-ce inévitable ? »
elle répondra
« Je suis là devant toi
et c'est bien grâce
à cette folie.
Ce fut ma renaissance.
Mise à mort pour renaître.
De toute façon,
j'étais déjà morte
bien avant.
C'était avant
qu'il fallait s'exclamer
Quelle folie !
Quelle souffrance !
Celle de l'enfant qui se bat
coûte que coûte,
et très cher,
pour survivre
désarmé,
le combat le plus
injuste qui soit.
L'enfant seul le connaît.
Alors,
non,
ce ne fut pas l'épreuve.
Ce fut le soulagement.
Mais encore aurait-il
fallu
regarder
et
entendre
l'enfant
au bord du
gouffre,
en agonie
jour après jour.
Mais l'adulte,
le monde
est oublieux
de son passé.
Il a été enfant
et l'oublie aussi vite
qu'il pousse
et s'assied dans la vie.
Alors elle, 
elle ne promet qu'une chose :
relever,
sur ma route,
les enfants en mourance.
Et ne pas oublier.
Jamais. »




dimanche 7 mai 2017

La mise à mort (8)

Un mois
deux mois
trois mois
dix mois
de cohabitation.
Jusqu'à une petite année.
Longue,
lente,
montée presque
à
la verticale.
Elle ne dit
toujours
rien.
Elle vit la guerre
intestine,
froide.
Elle attend.
Tous les belligérants
maintiennent leur
position.
Elle finit
bien par se l'avouer :
elle souffre,
elle s'épuise,
elle s'assèche
toujours plus.
Elle ne veut pas
l'entendre
d'une autre bouche
que
de la sienne.
Les autres
n'ont pas le droit
d'en parler,
de la rabaisser
ainsi,
de l'humilier
encore.
Elle leur claque leurs
caquets
à coup de
silences étourdissants.
Sauf que ça,
ne peut pas durer 107 ans.
Sans savoir par quel
miracle,
elle stoppe le lourd
rouage
qui la tient ferme.

On est un soir,
une nuit même,
on danse,
on s'amuse.
Les vacances.
Une nouvelle vie commence pour tout le monde,
ici.
Elle est avec son amie
celle qui,
elle ne le sait pas
encore,
deviendra sa sœur.
Celle qu'elle n'a jamais eue.
La sœur qu'elle
s'est choisie.
La sœur évidente.
Elle se plante devant elle.
Elle la regarde droit dans les yeux.
Elle prend son courage
à pleines mains
et pose la fatale
question.
Suis-je malade ma sœur ?
Cette ascension à pic est-elle entrée en
folie ?
Ma sœur, dis-moi avec ta douceur et ta franchise,
ta patience et ton cœur pur,
est-ce grave tout cela ?
Est-ce grave ?
Oui, répond -t-elle.
Elle est parfaitement droite
et claire.
Leurs regards
sont plongés l'un dans l'autre.
Elles n'ont aucune
échappatoire.
Elles sont dans la plus entière
vérité.
Elle s'attendait
de loin très loin
à cette réponse.
Mais pas ici maintenant,
en plein visage.
Elle n'est pas blessée.
Elle ne souffre pas.
Elle est un peu
bouleversée.
Elle tremble
l'âme enfin
ouverte.
Elle se dit une seconde
que c'est
impossible.
Mais très vite,
quicky,
speedy,
lucidité reprend ses droits.
Un boulevard s'est ouvert
pour elle.
Elle,
tremble
de faire face.
Comme si elle avait sauté du
36ème étage.
Retombée pourtant sur ses pieds
comme chat,
ou encore en vol,
peut-être.
Ma sœur,
es-tu sûre ?
Oui, répond-t-elle,
sûre et certaine.
Elle tremble
d'émotion,
elle qui ne ressent plus rien
depuis des mois,
plus d'une entière
année.
Elle est
infiniment
soulagée.
Elle voit aussi
l'immense route
qu'il va falloir
parcourir.
Mais,
celle-là,
est sous ses pieds,
ne glisse pas,
ne se dérobe pas,
ne manque pas de se craqueler
et de l'engloutir
à chaque pas.
Une route comme les autres,
peut-être un peu plus
lente.
Elle baisse la tête quelques secondes.
Puis elle revient dans les yeux
de la sœur, Merci.
On ne se prend pas
dans les bras.
Pas encore.
Elle ne peut pas.
Mais
l'amie l'enveloppe
quand même,
autrement.
Et elle la serre
aussi fort
qu'elle voudrait pouvoir
demander
et aimer.
Elle a frôlé la mort.
Elle sait depuis
quelques
instants,
qu'elle s'en est écartée,
comme projetée en arrière,
dans un nouveau pays.
Elle a choisi la vie.
Elle l'a choisie.
Au bras de l'amie sœur.