jeudi 11 juillet 2013

Personne de petite taille

La rapetisseuse déraille
j’ai beau enfoncer le champignon
bousculer la ferraille
lui foutre des sérieux gnons,
ma dérouillée la laisse de marbre
elle abandonne sa tâche promenant nez au vent,
à l’ombre du roi Arbre,
sa carcasse syndicale, paressant au divan.
Elle a choisi son camp,
la traîtresse scandaleuse,
délaisse les géants
et se dédouane, lâcheuse !
Elle m’avait bien promis
sur sa tête et ses gosses
nains roux aux yeux d’acier, sans amis,
qu’elle bloquerait les colosses
à mes côtés, fidèle loyale
amoureuse de ma cause
organiserait la cabbale
pour démantibuler tout grandiose
ici bas.
Mais me voilà toute seule, éperdue et baveuse de rage contenue contre cette sale perfide qui m’a laissée tomber, retomber loin des yeux de mes énormes congénères.
Je suis petite, lillipute, minus, trognon.
Elle les a déchaînés, ils ont poussé d’un coup, reniflant le ciel à leur portée.
Me voilà comme une pomme mûre sans bras sans jambes, un tronc. La pomme, elle se débat, roulant de-ci de-là à défaut de s’élever. Elle s’essaye au trampoline, en vain, elle sert la gravité. Elle finit toujours par retomber dans ses filets, trapéziste de fortune. 
C’est pas donc ridicule cet esprit d’aventure qui nous serraille le cœur à nous, petit bout de quelque chose !
Les géants se prélassent au soleil. Parce qu’il y a ça aussi ! Je suis vouée à l’ombre et à la turpitude. Ah ! je me pâme de cette maudite condition ! Seigneur du monde, pardonnez-moi ! Entendez le sombre appel de l’âme en peine !
Eh regardez le trognon les gars ! Pouah ah ah !
Personne ne me prend au sérieux ! Les grands de ce monde fréquentent les étoiles, allongent l’espace, infiniment. Ils s’effilent à merci et se cousent à tous les points de l’univers.
Je ne peux même pas remonter sur la branche de mes origines, je suis clouée chez les nimbus, rase-mottes, riquiquis !
Rapetisseuse ! grandis-moi !

En voiture

Ca s’assombrit au front, le pare-brise devient myope. On s’agace de son inconscience professionnelle. Il est payé pour être clair, c’est pas vrai quand même ça alors ! Enfin, de nos jours, la valeur du travail se perd. Même les plus honnêtes d’autrefois, se fourvoient dans les grèves et le bâclage.
C’est quoi ce monde !
Il en ressort que l’on commence à paniquer. La vue se floute, les lignes louvoient et se caressent sur la route. Arrêtez ce cinéma toutes là ! Il faut vous prendre une chambre alors ! On est au boulot, tenez-vous !

Je crois que je perds les pédales. Mon cœur se met à tirer et cogner la paroi avec des cris stridents. Je bouche mes oreilles mais je capte de l’intérieur la détresse du palpitant. Je voudrais l’apaiser et lui dire des mots doux mais je ne m’entends pas moi-même. Je me tais et je dois supporter sa douleur sans broncher.
C’est pire qu’un nourrisson, ça vibre dans toutes les fibres,
ma moelle serpente dans sa colonne, incapable de rester en place.
l’estomac rentre la tête dans la coquille comme une tortue craintive, il remonte dans l’œsophage embouteillé. Ca rentre de partout ! En haut, en bas, sur les côtés ! De l’air, du pain, de l’eau et de la bouillie ! Pourquoi sont-ils tous tassés là ? Il ne va pas s’en sortir le pauvre Zozo !
l’intestin s’éparpille, il rate le trou !
la vessie se noie
les muscles flageolent
les orteils trépignent, ça tourne la tête aux chevilles
les oreilles sont sens dessus dessous, elles entendent à l’envers, un brouhaha du diable !
les orbites tiraillent, les yeux veulent s’échapper, pour voir de plus près sans doute
les sourcils s’arc-boutent et foncent vers
les narines rotondes multipliées râlent
la langue papillonne, dit-elle vraiment quelque chose à quelqu’un ?
C’est le chaos, une chance d’être encore solidaire, il faudra quand même rafistoler ce soir.
Pour le moment, je dois encapsuler ma peur : après il s’agira de la secouer jusqu’à ce qu’elle détortille et que chacun reprenne sa vie.
Les mains sur le volant, je continue mon chemin, je ne peux pas m’arrêter.
Je vois deux, trois voitures, pas plus ou je m’évanouis carambolée ;
deux trois voitures tranquilles ;
l’une d’entre elles décompense et éclabousse ;
ça pisse l’essence ;
elle se rapproche de sa voisine, elle est très énervée, elle se gigote et s’empatouille ;
elle tourneboule, se prend les pieds dans le tapis ;
elle finit dans les bras de l’autre toute étonnée et choquée ;
elles sont emboîtées l’une dans l’autre, pas très correctes ;
en vérité la folle-dingue n°1 a foncé droit dans sa rivale et lui a éclaté la citrouille ;
je suis le co-pilote spectatrice sur un pont ;
en tout cas, catastrophe ;
les ailes brisées, plus personne ne vole
et c’est la grande moisson.

Les lignes blanches se décoincent, reviennent sagement droites à leur place.
Le bitume refait surface.
Pas de pont à l’horizon ?
Les minutes glissent sans heurts

mercredi 10 juillet 2013

Elle démange la rougeole

Le réveil dringue, elle ouvre les yeux, assise d’un coup sur son lit blanc. Un ressort jailli de sa cage ou un coucou sauvé par le douze. Raide comme un piquet, elle continue de vibrer quelques instants.
Elle s’immobilise bois, toujours blanche.
Un nouveau jour commence, elle doit identifier sa couleur. Pour ce faire :
-         S’asseoir souplement en tailleur, les yeux clos.
-         Penser à Bouddha.
-         Se croire au Tibet.
-         Sentir le vent dans les cheveux et dans la tête. Ca tourbillonne et chantonne sous le crâne
-         Laisser souffler dans tous les membres.
-         Rouvrir les yeux d’un coup : la couleur apparaît.
Elle procède à ce rite à chaque aurore. Parfois, il fait encore nuit. Elle se soumet aux lois du marché qui l’a tirent du lit avant le vieux soleil. C’est tellement plus agréable quand on n’est pas le premier debout !
Bref, aujourd’hui donc, c’est un jour rouge. Ce qui implique non pas du sang mais de l’événement. Il se passe systématiquement des choses tonitruantes, les jours rouges. Elle en vient aux mains avec son patron, elle trébuche sur un pavé et se jette sous une voiture pressée, elle fait l’amour avec trois hommes et une femme etc. des journées chargées en somme.
Ce qu’elle espère, c’est que le lendemain sera bleu ou violet, même gris, cela lui convient. Il faut s’en reposer de l’écarlate. Ca éblouit et ça migraine.
En tout cas, elle s’apprête pour l’aventure des heures à venir.
Robe rouge.
Doc Martens noir verni (les chaussures peuvent être d’une autre couleur, assortie bien sûr)
Gilet léger un peu troué mais bien long au cas où, rouge plus clair mais rouge du jour.
Fard aux paupières carmin, lèvres peintes en force.
En somme, un jour flambant ! Elle se sent pénétrée. Elle rougit sur l’interne de la peau et de la chair, ce qui est versé dans le ventre destination finale.
Toute de rouge vêtue, de pied en cap, dans toute sa circonférence, ses diagonales et sa racine.

Alors, elle a bien observé combien le teint caméléonne. Elle est mutante. Ca pourrait faire peur mais c’est bien excitant.
Jour rouge : coquelicot dans les joues ; ardente.
Jour bleu : cartographie veineuse ; intransigeante.
Jour vert : patraque et acide (pas trop souvent, anti-émétique obligatoire pour tout le monde, acteurs et spectateurs)
Jour gris : transparence virginale ; apeurée.
Jour jaune : alcoolique burlesque ; inconvenante.
Jour violet : cœur à la pompe, chamade en vue ; émotive.
PS 1 : bannis les jours roses, on la prend pour une idiote 
PS 2 : droit de visite pour les jours noirs. Ca va bien là ! elle a donné, quota dégagé.

En tout cas, pour l’instant, elle se miroite dans sa psyché, minaude. En Doc Martens, elle pouffe.
A quoi va-t-elle bien pouvoir se frotter ? L’arbre du coin de la rue ? Oursin, non merci. Le lampadaire de la 4ème à droite ? Pas un pigeon oh ! La jeune boulangère cynique ? Pourquoi pas ? Le petit stagiaire de l’accueil ? Il va lui retomber sur les bras ! Francis, Victor et toute la bande ? Il y a du boulot aujourd’hui, pas le temps de tous les faire ! Et elle ne peut pas couper la poire. Son beau bureau Ikea ? Ca n’est jamais désagréable. C’est une valeur sûre. Le poil à gratter de son tiroir à malices ? Non, voyons, c’est un jour sérieux ! On verra bien ce qui se présente. Il y a aussi tous les imprévus. Elle sait qu’il y en aura. Les imprévus sont absolus les jours rouges. On ne va pas aller lui en conter ma parole ! Elle en frétille.
Bon, il est temps de se lancer dans la gueule. Elle introduit la clef dans la serrure quadruple tour mulitblindée de sa porte musclée. Et le téléphone sonne.
-         Dépêchez-vous Anna ! Le DG est déjà arrivé, en avance ! Sautez dans un taxi et magnez-vous. Il veut vous voir.
-         Je ne suis même pas sortie de chez moi ! Comment voulez-vous que je sois à temps ? il attendra le vieux plouc !
-         Arrêtez votre cinoche Anna ! Le vieux plouc, je sais l’effet qu’il vous fait ! pour peu que ce soit un de ces jours…
Elle a raison , elle va pouvoir se frotter à lui. Un peu de piment !
-        
-         Mon Dieu, vous êtes intenable ! et contagieuse. Magnez-vous !
Elle raccroche.
Elle aussi dépose délicatement et amoureusement, maîtresse fouetteuse, le combiné.
Un petit air de pure folie au poivre vert.
Vert ? Non non non !
De poivron rouge ? Complètement nul !
Radis noir, haricot blanc, non mais n’importe quoi !
Un petit air de fraise des bois ? Coquin mais nunuche la fraise.
Un petit air de martini.
Elle s’en sert une lichette et hop ! partie pour le DG.
Porte claquée, clefs oubliées endormies sur la commode. Elles doivent faire des claquettes les magiciennes !
Belle respiration enrobée, face à la porte et dos au monde. Sourire arrêté.
Demie-valse et plongeon dans le bouillon.
Elle s’en frotte les mains.

mardi 9 juillet 2013

A bas le vieux !

Photo à l’appui, elle crache sur sa tombe, elle jure tous ses dieux, elle crie vers les cieux, bouche énorme ouverte sur les nuages placides, indifférents en fait.
Elle le tient haut et fort son cadre désincarné qui lui bout à la face et l’insulte en silence. Elle est furieuse, elle le brandit comme une croix blasphémée. Elle se délecte, se repose enfin de sa résistance absurde. Elle a tenté de reléguer l’hideux dans la benne à souvenirs.
Rien à faire ! Rien à dire ! Rien à chier !
Il revient et revient, donne la nausée tellement il tourne autour. Elle croit à sa magie noire et à ses incantations sur poupées invisibles alignées sur une étagère, bien rangées attendant leur tour de prendre possession.
Il fait semblant de rester impassible entre les coins de son cliché. Bien pratique le coup de la photo ! C’est pas moi ! C’est pas moi ! Paumes offertes au regard, comme si ça rassurait. Elles n’ont rien de plus innocent ces paumes, et franchement elles ne sont pas loin de paumées, et ça c’est inquiétant.
De toute façon, ça ne change rien puisqu’il est là et encore là à la mater avide, de son siècle passé. Il feint le terme libidesque.
Il se gourmande les yeux, le pervers en barbiche.
Le monocle sérieux le présente intello.
Que nenni !
Il la surveille et elle le sent tout le temps, partout avec elle. Même quand il ne bouge pas, il la suit au bout du monde, dans sa fumeuse montgolfière de richard.
Elle voudrait tuer son sang,
ne le devoir à personne,
trouver son miel à elle, sa ruche et son précieux.
Elle se retourne et là, trahit le fil des âges, au sécateur cruel.
Et la voilà liftée, lisse à la perfection, sans aspérités, sans boutons, peau de pêche.
Invisible et glissante.

La malédiction

Le calvaire s’évapore, l’hémorragie déflue.
Respirations sereines omises depuis des mois de chargement de barrique intouchable.
Conscience soudaine de cette immense angoisse de se perdre à jamais au fond de son utérus.
Soulagement hautain de la virilité bafouée dans l’enfantement purulent.
Elle repart aux commandes, le doigt sur la gâchette, ceinturon bien trempé, ses soldats aux aguets.
La démarche encore incertaine, elle tangue drôlement vers un nouveau défi.
Défi de riquiqui mais pas des moindres pourtant, pas une lettre à la Poste !
Elle se penche au chevet du mignonnet, cow-boy en devenir.
Les éperons frémissent, les kakis s’interloquent :
le bracelet
est
rose.
Manquent les petits cœurs layette bavette qui font vomir.
Elle vacille sérieusement.
Le cri était si rauque.
Elle n’a pas pu se méprendre.
Elle a senti son corps vibrer sous l’effet mâle.
Elle ne s’est pas enquise de l’état de l’enfant, qui condamne ou bénit.
Mutation immédiate du lion auréolé en ratte bagnarde rayée.
Une malheureuse fille qui fripera sa vie à essayer d’être belle, ne pas être honorée, séduite à l’esclavage.
Elle est elle-même tachée.
Elle réintègre le trou.
Grotte infernale.
Elle n’en sortira donc jamais ?
Cet enfant la ligote dans son corps de déesse imbécile patentée. Elle doit poursuivre le bal, finir le défilé jusqu’à l’horizon impalpable, tapis rouge élégant cousu au bout de la nuit, prison dorée haïe.
Elle n’a donc pas le droit ?
Elle a supporté la honte passive de la fécondation. Elle s’est laissée manipulée, palpée et inspectée. Elle s’ouvrait à elle-même, elle serait enfin libre. En écartant les jambes, elle arracherait les longs rideaux qui la masquaient courtoisement, avec goût et tradition. Elle aurait pu gueuler et se débrailler les seins, déchaîner sa puissance et concourir les hommes.
Menacer les hommes.
Narguer les hommes
Abattre les hommes
Devenir l’Homme.
Le bébé infecté a poignardé son âme, intransigeant, tranchant dans le vif de ses rêves.
Elle s’effondre en sanglots devant son grand échec.
Lignée maudite d’eunuques infirmes.

lundi 8 juillet 2013

Au lit du monde

Je m’étends sur le lit du monde et je ferme grand les yeux, enfin, après toute la malvoyance d’une journée comme les autres.
N’est pas de tout repos de m’allonger dorsalement, laisser le kaléidoscope reprendre ses libertés. Je suis frileuse, je me sens inconséquente et truie qui langoureusement se vautre.
Que la détente résiste !
Je ris de moi, fondue de mirage pacifiste…
C’est en m’agenouillant aux pieds de cette couche que les éclairs de ma guerre des gangs me sautent au visage.
La réalité pure et dure sautille sans amertume ni tragédie, je redécouvre ses ravages.
Mais je ne me laisse pas abattre, menton rentré, riboulinée. Je me retrousse et me cravache. Huuuuh !
Du nerf la bête ! Cesse ton numéro de Pierrot la Lune, désespéré er rant au nid du monde, écran 360°, la Géode grandeur nature.
De bulle en bulle, je suis dans un dessin animé japjap où toutes les couleurs et univers me font la révérence. Tintin !! C’est moi ! C’est nous ! C’est eux ! le réel sans ratures.
Je flâne du dérisoire au plus diplomatique, costume-nœud papillon.
Blanche la chemise, je cherche discrètement James Bond, parachuté de son espion d’avion.
Eh oh ! Ma poule ! On n’est pas dans un film, t’es au lit du monde !
Indécrottable cette imagination ! En même temps, que serais-je sans cette alliée féconde ?
C’est ça qui m’irrite à la fin ! Je veux découvrir les arcanes et les formules géométriques de l’absolu et pour ce faire je dois fermer les yeux et inviter nécessairement cette folle du logis.
C’est à n’y rien comprendre. Pas étonnant que les hommes deviennent dingues. La logique se défie elle-même, elle est maso en fait, ni plus ni moins ; une névrosée encore, même si l’envie de croire à une jolie magie
qui n’existe pas ou si ? On ne s’en sort pas de ce labyrinthe. Ce lit se tortille dans tous les sens à travers les énigmes multicolores.
Il n’y a pas de sortie ! M’en fous, crains pas les boss et les aveugles carnivores.
Eh ouais les mecs !
Ce pieu-là, il mérite tous les dangers. Pèlerinage cul-sec !

Inquisition ; miroir !

On a dit « Résiste et ne baisse pas les bras ! »
On a dit « Sois forte et respire ! »
On a dit « Ne laisse pas le Mal te rouler dans ses draps ! »
On a dit « Sois correcte et sage, la douleur se retire. »
On a dit « Si tu ouvres ta porte au péché, le Diable t’emportera. »
On a dit  « Si tu provoques le Ciel, c’est ton monde qui chavire. »
On a dit « Ne cède plus à ton désir
ou tu seras changée en rat. »
On lui a dit des choses, offert de beaux conseils, vendu le paradis. Ca lui a donné bon espoir, elle se sentait guérir rien qu’à l’idée d’être absoute.
Elle s’est réveillée chaque matin blanche de luxure et d’envie ;
pendant une semaine.
Elle était belle, une vraie femme digne respectable, à racheter.
Elle s’est enfin frémie valable vendable, vendalisable, violable.
Elle ne l’avait jamais été
au final.
Peut-être quelques mois au sortir de l’enfance.
Mais le rapace du désir l’avait rapidement prise sous son aile. Il faut le dire,
elle avait trouvé cela bien doux.
Elle ignorait
qu’on y crevait.
Peu à peu, elle s’est dégonflée de sa substance humaine.
elle a échoué comme une grosse baleine,
exclue,
sur l’île des âmes en peine.
Elle qui avait si bien commencé, voilà qu’elle s’était enfoncée au premier appât tendu. Et cela avait tourné en
dégrin-
go-
lade, s’embourbant toujours chaque nuit, chaque heure.
Ca avait été comme si elle rentrait dans un bon bain chaud imperceptiblement truffé d’acides létaux.
On ne l’avait pas prévenue. Elle ne pouvait pas deviner non plus ! Il paraissait bien confortable ce bain.
En revanche, on l’a tancée,
on a secoué l’index inquisiteur devant son nez contrit
on a serré sa bouche en cul de poule
on a concentré tout son visage vers son point central pour rassembler la force du verdict.
Elle s’est tout de suite sentie miteuse.
Elle s’est fait pitié.
Pleine d’avenir, elle s’est retrouvée recalée dans une encoignure pour les gens moisis,
tassés dans le péché. Avec de vieux clochards, avec les personnels du sexe, avec ses ancêtres débinés, tous ceux qu’elle avait relégués
au fin fond
d’un tiroir excentré de sa mémoire.
Elle s’est vue tachée, usée avant l’heure, traversée de nids de poule. Elle a été propulsée au cœur de ce qu’elle pensait ne jamais effleurer.
Elle s’est fait caresser
par l’amertume incestueuse des grands fauteurs, sourires entendus et clin d’œil absurdes.
Au début, elle n’a pas compris qu’elle était dûment punie.
Et puis, au fur et à mesure, elle s’est décollée
de sa paroi qui recelait plus qu’elle ne prévoyait.
Après bien sûr, il y a la pirouette demi-tour à effectuer dans les règles pour se replacer sur le bon temps précisément les yeux dans les yeux, orteils à orteils.
Ca n’est pas inné tout cela, mais enfin elle ne s’en est pas trop mal sortie. Au final, elle est restée bouche bée
comme un imbécile combattant, le poisson, qui se croit dur et fier, dressant bien haut sa crête et qui se découvre un jour déficient de la casaque ou vain du chapeau comme vous voulez, complètement plafonné.
Elle a vu Marie-Madeleine aux longs cheveux, ambassadrice du sexe.
En fait, plutôt un vaporeux cocktail de Ma-Ma (entre nous !) et Gainsbourg. Elle ne les avait pas rapprochés jusqu’à présent mais pourquoi as hein ? Une fois qu’on a lu Beckett, on est ouvert à tout. Rien n’est plus insensé après cela.
Donc, la voilà rigolarde, un peu penaude, cachée derrière la forêt en tenant le crachoir à
Marie-Madelaine Gainsbard.
Elle n’a pas su trop de quoi entretenir cette célébrité exigeante et fantasque. Elle s’est dit qu’elle ne devait pas être la seule. Elle en a oublié qu’elle se tenait tête à elle-même.
Elle aurait pu virer schizo ma parole ! Quand on a une tare, on les a toutes ! Sagesse zolienne censée commune.
Bon, mais heureusement rattrapée aux branches, métamorphose simiesque et elle s’est contenté d’être toxico. On ne peut pas tout accomplir dans une vie.
Toujours est-il qu’elle joint les mains, dorénavant, elle serre les fesses
et on la fouette.