Patate s’entoure de tous les
Héros
De toutes les
Histoires
De tous les
Livres
Qu’elle a avalés,
Digérés,
Métabolisés.
Ils sont tous dans son
Sang,
Ils coulent dans ses
Veines,
Tout au long de
Ses membres.
Ils ne sont pas vraiment
Elle,
Mais ils sont
Dedans
Quand même.
Ils circulent
Et jouent
Comme des poissons
Dans l’eau.
Elle sonne le clairon
Pour les faire mettre en
Rang
D’oignon.
Ils sont
Au garde à vous,
Sans être débiles,
Ni soumis,
Pas militaires
Pour un sou
Mais en service
Dès qu’il le faut.
Ils sont serviables
Comme pas deux.
Ils se plient en quatre
Pour sauver Patate
Des démons
De l’esprit.
Ils sont du même
Univers,
Mais pas du même
Côté.
Ils ont de l’ame
Et de l'esprit.
Mais tous ces héros-là
Sont des anges-gardiens.
Ils sont de toutes les
Tailles,
De toutes les
formes,
De toutes les
Couleurs,
De toutes les
époques,
De tous les
Pays.
Ils sont aussi
Assortis
Que Don Quichotte et
Sancho fidèle.
De loin,
Ils sont bigarrés
Et
Improbables.
Et pourtant
Ils se connaissent bien
Et
Se fréquentent
En-dehors
Aussi.
Ils sont du même
Monde,
Ils sont de l’imaginaire
Et du plus profond réel.
Trop profond pour être de
Chair et d’os.
Mais plus puissants
Que tous les vivants
Palpitants
Contre le mur de mort
De Patate
Et Kiwi
Et les autres.
lundi 12 juin 2017
jeudi 8 juin 2017
Kiwi et tous les autres contre la solitude crevarde
Un Kiwi pour une Patate, ça
change une vie. Ça empêche de crever, disons les choses comme elles
sont. Vous allez dire que c'est simpliste mais je ne crois pas non :
une fois qu'on n'est plus seul, à l'intérieur, tout change. Tout se
transforme. Le mur de mort ne disparaît pas et ne tombe pas bien
entendu. Il est plus fort que cela et les attaques devront être
répétées et patientes avant d'être efficaces. Mais ce n'est pas
ça le plus important. L'essentiel est de ne pas être seul face à
lui. On est toujours seul face à lui. Je ne me contredis pas non.
Tout ça est tout un micmac terriblement humain. Concrètement, même
si rien de cela n'est concret, Patate ou Kiwi ou les autres sentent
advenir l'adversité et ils se recroquevillent. Ils sentent qu'autour
d'eux, les éléments se resserrent et pas pour les envelopper et les
bercer. Ils lèvent les yeux et le mur est là, érigé fièrement.
Il n'est pas traître, il se fait sentir. Il est d'une puissance
désespérante, ça oui. Et ils lèvent les yeux jusque tout en haut,
ils ne peuvent pas s'en empêcher, ils se ratatinent encore
davantage. Mais mais ! Ça y est , pour Patate est apparu un
mais. Le mais que toute cette engeance attend : le compatriote,
le soldat d'à-côté, celui qui reste dans la poitrine, logé
irrésistiblement et qui fait la douleur moins folle, juste parce
qu'il es là.
Patate avait trouvé son Kiwi ou
plutôt Kiwi avait trouvé Patate. Etait allé la chercher. Mais par
la suite, elle se rendit compte que, premièrement Kiwi n'était pas
le seul qui pouvait se lover en elle quand le mur paraissait ;
deuxièmement, que ce n'était pas forcément un humain qui pouvait
faire office de toudoux dans la poitrine. Elle apprit peu à peu, par
hasard, crut-elle, qu'une odeur, surtout une odeur, ou une couleur,
ou un mot, ou au-delà, un livre et tout son univers étaient aussi
puissants qu'un Kiwi bien vivant. Vivants à leur manière,
différents mais bien vivants aussi. Sans cœur qui bat. Pas toujours
la peine.
mercredi 7 juin 2017
Kiwi-Patate contre le mur de mort
Patate n'a pas essayé d'en
parler, n'y a pas même pensé. Elle a foi dans le verbe mais ironie
de la vie, elle ne s'en saisit pas pour abattre ce mur d'une autre
foi. Elle ne sait pas que les fois se combattent et qu'elles
s'annulent. Elle croit trop dur au mur de mort. Alors encore et
encore, elle se tait. Elle sait qu'il ne faut pas dire ce genre de
choses, que c'est péché, danger, échoué d'avance comme une grosse
baleine obèse et acnéique sur une toute petite plage de la Côte
d'Azur remplie de beaux gosses à Ray Ban et de pétasses
monokiniques. Au vu de ce risque majeur, elle se tait. On ne peut que
la comprendre n'est-ce pas ? Elle n'en parle pas parce qu'elle
n'imagine pas une seule seconde qu'on peut partager cette chose-là
et qu'elle n'est pas l'unique détentrice de cette image répugnante.
Même le mur, qu'en dire ? Se lamenter ensemble ? Elle
n'est pas de ce pain-là. Et pourtant...
Un saut de quelques mois pour les
besoins de cohérence de la narration. Vous me l'accorderez. Pas le
choix. Patate a beau avoir vu les clans et les repères bouger, le
monde n'a pas encore changé. Pas encore le big bang tant attendu.
Mais, à venir... Toujours est-il donc que, quand même, quelque
chose survient. Patate n'avait toujours pas parlé, toujours pas
sorti le gros lot, gerbé la méga galette complète. Patate en était
toujours au même point avec son mur. Elle était tranquillement dans
sa chambre un soir de week-end, en pleine lecture, sans bruit, comme
toujours. Silencieuse Patate. Le frère Kiwi rentra en frappant. Elle
s'arrêta de lire. Il était grave et sombre. Cela lui arrivait, pas
si rarement. Elle ne s'en effrayait pas. Et même si elle restait
muette, elle connaissait bien ça et elle compatissait. Il s'assit à
côté d'elle sur le lit :
« ça va Patata ?
- ça va.
- Ça va toujours toi, hein ?!
- …
- Je sais que tu ne diras rien ma Patata. Mais je sais que tu entends et comprends.
- Oui, ça je sais faire.
- Je sais. Même si tout le monde n'est pas au courant.
- …
- Connais-tu un mur ?
- Un mur ?
- Un mur qui t'empêcherait de... de presque tout. Surtout de sourire et parler.
- Rien ne m'empêche jamais de sourire, malheureusement.
- Oui, c'est vrai.
Il sourit.
- Un mur comment ?
- Un mur de mort.
- …
Patate est choquée, comme une
bombe dans son univers. Toujours pas le big bang dont on parlait
ci-dessus. Une bombe qui défonce bien méchamment le mur.
- L'as-tu déjà vu ?
- Oui.
- Alors nous voilà deux soeurette. Il me poursuit moi aussi. Ne me regarde pas comme ça.
Il rit doucement.
- Ben c'est dingue.
- Non c'est triste.
- Aussi oui. Mais putain on est deux.
- On est putain de beaucoup plus que ça ma Patata. Beaucoup plus que ça. Alors lève-toi et parle.
- Facile à dire.
- C'est vrai. Mais désormais tu sais. Ne l'oublie pas quand il se dresse devant toi et te hurle dessus. N'oublie pas tes semblables.
- Je penserai à toi Kiki.
- Si tu veux la belle. Mais pas de Kiki !, dit-il en riant, même ici maintenant. N'en profite pas hein !
Il la serre fort dans ses bras et
s'en va.
Elle est penaude.
Elle est toute chaude.
Elle l'aime de tout son cœur,
celui-là.
lundi 5 juin 2017
Mur de mort
En
fait, toutes ces considérations nous mènent à un renversement,
voire un rebondissement notoire. Regardez donc : il y a
grossièrement dans la vie, selon Patate, les gens comme elle, qui
ont peur, qui ne savent pas dire non, qui se retournent en criant
quand leur ombre les suit de trop près. Il y a de l'autre côté du
grand mur, l'Infranchissable, les Carotte : peur de rien, font
ce qu'ils désirent, jouent avec leur monde. Entre les deux donc, ce
mur, cet enculé de mur auquel Patate croit dur comme fer. Le mur sur
lequel on peut se lamenter aussi, même si ce n'est pas celui qu'on
connaît tous. Ce mur qui fait croire, précisément. Il nourrit la
foi de Patate en son impuissance. Parce qu'on n'en a pas parlé mais
bien sûr que Patate a une foi sans limites pour son impuissance. On
a vu que ça commence un moment à changer mais ça s'en va et ça
revient, c'est de la haute mer et mieux vaut ne pas être trop
mal-au-coeureux. Ce mur est d'une inconstance désespérante. Il est
toujours plus ou moins là, Patate le sait, ceux de son espèce
aussi. Il se laisse oublier, transparent, perd en consistance parce
que la foi bien que vivante n'est pas au premier plan. Mais quand la
peur revient, quand l'accroc qui débine tout se fait jour, le mur
fait briller ses pierres comme un salopard de paon en rut. Il est
plus fort que tout et il fait croire, fait avaler n'importe quoi. Les
Patate deviennent stupides face à lui, perdent tous leurs moyens.
Les Patate ne sont plus que des robots qui font semblant d'être
comme les autres. Derrière, ils peuvent voir les Carotte s'amuser et
jouir de la vie à leur habitude, ne rien changer à leur
train-train. Ils voient cette injustice. Ils ragent. Ils crachent.
Ils jurent contre ce bel enculé de mur, et pour aller jusqu'au bout,
c'est plutôt lui qui les encule. Ils ne sont que des victimes, des
moutons noirs. Alors qu'ils voudraient pour certains d'entre eux, pas
tous, soyons honnêtes, se défaire de cette malédiction, ce qu'ils
croient tel à ce moment-là. Parce que la foi devient superstition
alors. Ils deviennent débiles, je l'ai dit !
Sauf
que voilà, Patate commençait depuis son aventure chez Carotte à
voir tourner sa foi. Son impuissance lui semblait bien moins
évidente. Le mur bien moins net. Il n'avait certainement pas
disparu, pas d'idiotie. C'est un mur nourri de foi. C'est un mur
d'une solidité à toute épreuve. Il a attrapé le sol de ses
racines gluantes et ne lâche pas prise d'un seul coup. Mais
justement, il prend des coups, longtemps avant de se fissurer et de
peut-être un jour s'écrouler. Il faut taper au bon endroit, au
point sensible, au minuscule mais exact point faible. Patate sentait
qu'elle avait peut-être une ouverture sur le monde d'en face et
qu'elle n'était pas vouée à ce monde-ci. Parce qu'elle commençait
à y croire. Parce qu'elle avait vu que ni le mur ni rien d'autre ne
fige les gens et les clans. Que ce sont des vues de l'esprit et que
tout est mobiles et que... Je m'emballe. Elle n'en était pas là
mais l'espoir d'abattre avec toute sa violence ruminée beaucoup trop
souvent, avalée mais indigérable, avalée remontée, avalée
remontée, avalée remontée sans cesse ce mur de mort.
Foi et tout le tralala
Peut-être
aussi, se dit-elle, qu'elle sentait que quelque chose avait changé
en Patate. Parce que oui quelque chose était terriblement en train
de changer en Patate. Les rapports de force qu'elle croyait immuables
se transformaient à vue d’œil, les repères qu'elle était sûre
d'être fixés jusqu'au cœur de la planète se déplaçaient, les
racines indécrottables de son impuissance se dénouaient. Patate,
jeune, encore toute jeune, malgré la douleur, ne savait pas combien
la vie contient d'horizons. Combien l'existence ouvre de portes quand
on en trouve la route. Combien elle-même Patate contenait de
promesses. Elle ignorait tout cela. Elle, je crois, préférait ne
pas espérer davantage que ce qu'elle constatait être sûr, prouvé
et concret, Saint Thomas en herbe. Encore une fois, ce qu'elle
pensait être tel. Tout cela n'est qu'impression. Tout réside dans
des croyances et des fois. L'homme est un être de foi. Voilà ce qui
le différencie de l'animal. Pas un être de religion. Cela n'est
qu'une minuscule partie de la foi, de toutes les fois qui existent.
Ce n'est que la partie étriquée de la foi que ceux qui aspiraient
au pouvoir, qui y aspirent toujours d'ailleurs, pas les mêmes mais
de la même manière, ont affirmé être La foi. Il y a aussi toutes
les autres : la foi en la raison, la plus méconnue et surtout
la plus déniée de ceux qui la pratiquent, qui se récrient que la
raison, la logique et les mathématiques de la science ne peuvent pas
être une foi puisqu'ils en sont le contraire. Sur quels arguments
fallacieux appuient-ils leurs dires ? Sur des histoires de
preuves et de protocoles « scientifiquement prouvés »,
c'est l'expression consacrée. Des choses qui ne peuvent pas mentir,
elles ! Là, ils se méprennent déjà puisque la foi, toute
foi se dédouane d'emblée d'une quelconque vérité. Toute foi admet
sa vérité en laquelle on se contente, si cela peut paraître facile
à certains, de faire une confiance absolue ou du moins parfois
entière. On n'est pas obligé d'avoir la foi tout le temps. Qui ne
doute pas de sa foi primordiale ? Celle de ses tripes ?
Hein dites ?! Pour ce qui est du protocole scientifiquement
prouvé et des preuves irréfutables, elles le sont à un instant T,
dans un espace E, dans une société S, dans les mains de Messieurs X
et Y. Elles sont convaincantes et pour partie irréfutables. Mais une
fois l'observateur ou auditeur décentré de son espace-temps et son
objectivité toujours subjective, tout se questionne à nouveau.
Peut-être pas tout à fait tout, d'accord. Mais une grande majorité.
Après, l'on choisit d'y croire et de le prendre comme repère. Et on
est rassuré. L'on peut tourner les talons et reprendre sa vie sans
se demander ce que l'humain peut bien faire sur cette terre.
Patate
se rend compte que la religion, oui ça lui parle, oui c'est un
secours, oui elle prie pour ne pas sombrer, oui elle y croit, et elle
n'en a pas honte. Elle y croit tout en se disant qu'elle est humaine
et qu'elle a besoin d'y croire mais que finalement rien ne lui donne
à croire que. Elle y croit comme on croit à une pilule bleue
délivrée par un gentil et beau médecin à la voix douce. On n'a
qu'envie d'y croire. Mais elle a également d'autres fois : les
mots, le langage, le verbe. Elle a foi en son incroyable puissance.
Elle croit dur comme fer qu'ils peuvent mener quiconque au bout du
monde. C'est son dada à elle, son canasson préféré, celui qui
l'accroche à la vie et au réel. Elle n'en fait rien de plus que de
le penser et de le dire parfois, aux adultes, qui même idiots, sont
plus avancés sur ce point que ses pairs imbéciles.
On
pourrait penser que Patate est hautaine, qu'elle s'imagine plus
intelligente que les autres. Sûrement pas ! Détrompez-vous et
que les choses soient claires à l'avenir ! C'est moi qui dit
ça. Parce que, ben oui je prends la défense de mon personnage, ben
oui ! Sinon, si je ne l'aime pas, à quoi cela sert-il que je
lui écrive tant de pages ? Hein ? … Ne répondez pas
tous à la fois surtout ! Bien sûr que je l'aime de tout mon
cœur ce personnage. C'est mon enfant, celui que j'ai adopté et que
je défends bec et ongles contre les aridités de la vie, que
j'essaye de réparer, de panser du moins, autant que faire se peut.
Je ne dirais pas « c'est mon bébé », comme vous
l'attendiez peut-être. Ce n'est pas mon bébé puisqu'elle est
légumescente ! Je ne l'ai pas adoptée bébé et je ne la
traiterai pas comme un nourrisson. C'est trop tard. Le mal est fait
et je ne l'ai même pas connue à l'époque alors... C'est mon enfant
et je prends son parti contre tous les autres. Pas bêtement mais
pour rendre justice. Donc c'est bien moi et non elle qui parle
d'idiots et d'imbéciles. Elle aces idées-là mais très loin,
derrière la tête, elle ne peut pas les attraper. Elle en a honte et
elle ne veut pas être de ceux-là. Patate a à cœur d'être une
personne qui ne méprise pas. Elle est tentée, comme tout un chacun,
avec les plus forts surtout, les plus impertinents. Mais elle ne s'y
autorise pas. Elle ne veut pas être de ceux qu'elle combat. Elle
avait envie de mépriser Carotte, de toute son âme. Mais elle
n'aurait pas arrangé son cas et se serait d'autant plus méprisée
elle-même. Elle n'était pas mieux que les autres et se le serinait,
ou plutôt une petite voix, une grosse voix intérieure lui serinait
combien l'humilité était un gage de valeur.
dimanche 4 juin 2017
Chacun son tour !
Le
lendemain au collège, Carotte est imbuvable. Elle se pavane, elle se
moque de tout et de rien, plus que jamais insolente ironique. Ces
jours-là, on a envie de la tuer. On a envie de l'étrangler tant
elle est insupportable. Elle se croit belle, elle se croit forte,
elle se croit maligne. Elle est suivie par sa cour de Petite Poisse
et autres guenons à succès. Elle n'est jamais seule. Elle a aussi
son harem, toujours 4 ou 5 mâles à baver devant elle, tout au long
de l'année. Vous vous demandez pourquoi parce que vous êtes
grandis, que vous n'avez plus cet âge glacial et brûlant où seule
compte l'apparence de puissance. On voue un culte aux sûrs et
certains, on se prosterne devant les impassibles, on adore les
indifférents implacables. On n'hésite pas à élire capitaine un
cruel mais solide. Toute faiblesse est un sacrilège. On la bannit
hors de toute vue. On se cache de la véritable condition humaine.
Les derniers moments aveugles avant la lucidité nécessaire à un
état mental relativement sain. Il y a bien ceux qui continuent de
faire comme s'ils ignoraient la fragilité de leur nature et de leur
passage ici-bas, leur vanité et leur existentielle inutilité. Il y
en et y en aura toujours. Mais si ce sont les meilleurs pendant
légumescence, ce sont les fous à l'âge adulte. Légumescence est
une folie normale, passagère mais totalement folle. Tout le monde
est fou, paranoïaque, suivant un petit Hitler au garde à vous, prêt
à lâcher les chiens jusqu'à la mort. Plusieurs années de folie
pure qu'on doit traverser patiemment en trouvant ça normal. Mais en
réalité, la plupart aime cette hérésie. Les parias comme Patate
doivent prendre leur mal en patience. Penser et espérer de tout leur
cœur l'âge adulte moins bête, moins douloureux, pensent-ils. Ca
fait tenir le coup, sans aucune doute. C'est presque la seule chose
qui fait tenir le coup. Sinon, autant se flinguer tout de suite. Bon,
l'on sait qu'ils seront un peu déçus mais mais ! Ce sera quand
même toujours plus vivable. Non que l'adulte, ou celui défini tel
selon son âge chronologique, purement objectif entendons-nous bien,
en rien ne prédisant quoi que ce soit de la qualité de son
intériorité, soit profondément moins bête, excusez-moi mais
disons les choses franchement. Non qu'il soit moins bête mais il en
a davantage honte. Il cache ses enfantillages sous les apparats du
grand. Vous me direz c'est parfois pire. Je vous répondrai c'est
toujours pire. Pas l'excuse de la légumescence. Aucune excuse. En
fait, si. Sans ou presque exception, il y a de terribles raisons à
ce que j'appelle bêtise. Qui est comme on veut méchanceté, mépris,
arrogance, fatuité, et tout cela sans humour, toujours. Cette bêtise
mal nommée est sans ou presque exception la partie apparente d'un
iceberg de souffrance. On me rétorquera peut-être que tout le monde
ne souffre pas tant que ça, qu'il ne faut pas voir cela partout.
Qu'à cela ne tienne ! Trouvez-moi donc une belle explication
bien mathématique et rassurante puis mettez-la à l'épreuve des
individus réels. Rira bien qui rira le dernier. Bref, l'espoir de
l'âge adulte reste fondé sur un constat indéniable : l'adulte
a compris quelques trucs de son espèce, il a moins peur, il est
moins charognard.
Bref,
tout ça pour dire que Carotte ce jour-là est infecte. Elle fait
rire quand elle est comme ça ceux qui la suivent et dansent autour
d'elle. Elle est hilarante, semble-t-il. Sauf que parfois, des
adultes, des vrais, des confiants, des sages, se mettent en travers
de sa route. C'est ce qui arriva ce jour précis. Patate s'en
délecta, à son tour Cruella.
« Bonjour
tout le monde ! Aujourd'hui nous poursuivons sur Bel-Ami.
(Murmures d'incompréhension
dans la salle.) Il y a un problème ?
-...
-Y
a-t-il un problème ? Carotte retournez-vous et taisez-vous.
- C'est quoi Bel-Ami Monsieur ?, demande-t-elle d'un ton excessivement mielleux.
- Pardon ?
- C'est quoi Bel-Ami Monsieur ?
- Toujours aussi navrante Mademoiselle Carotte. Bon, sortez vos livres !
Carotte
voyant que rien de plus ne se passe gamberge. Patate n'est pas loin
d'elle et elle la voit se contenir.
- Alors, allons-y ! Qui veut lire les deux dernières pages du roman sur lesquelles nous travaillerons aujourd'hui ?
- …
- Carotte, au lieu de continuer à perturber vos camarades qui eux ont peut-être envie de devenir intelligents, lisez.
- Parce qu'on est plus intelligent quand on lit ce livre de merde ?
- Tout à fait. Ce livre de merde vous ressemble beaucoup Carotte. Vous pourriez en comprendre des tas de choses sur votre état d'immaturité chronique. Mais au fait, savez-vous lire ? C'est vrai ça, je ne vous ai jamais vue ni entendue lire... Peut-être... Quel malheur tout de même...
L'ironie
de l'enseignant et le respect dont il jouit parmi les élèves, même
les plus coriaces, provoque un silence lourd. On entendrait une
mouche voler. Monsieur Léphant ne craint rien de Carotte. Il attaque
sans vergogne. Elle est décontenancée. Elle est vexée, se
renfrogne, ronge son frein et prépare sa vengeance. Patate la
connaît assez, depuis l'enfance, pour le savoir. Les autres ne
voient que son petit sourire narquois. M. Léphant, comme Patate,
décèle l'agacement de la jeune fille et sourit pour lui-même. On a
l'impression qu'il a d'ailleurs du mal à se retenir de rire
franchement. Il se pince les lèvres.
- On y va Mlle Carotte ou on passe la main à un collègue qui sait lire ?
- Oh non M. Léphant. Je lis à merveille depuis mes 7 ans.
- Voilà qui me réchoupille Mlle. J'en suis tout joyeux. Allez-y.
Elle
ne le regarde pas et comme la lecture. Elle lit correctement les deux
pages concernées.
- Bien Carotte. Bonne lecture.
Monsieur
Léphant est sincère. Carotte ne s'attendait pas à cela. Et
pourtnat c'est un as à ce jeu-là. Elle aurait dû le savoir. Mais
elle ne pense que selon elle, ne voit pas ce que M. Léphant
pratique. Elle ouvre grand les yeux une seconde et se reprend
rapidement.
- Je sais.
- Oui justement Carotte, vous qui savez tout, dites-nous quelque chose de ce personnage et de cette fin.
- Ben, il n'a peur de rien. Il est classe.
- Merci pour votre brillante analyse Carotte. Mais je crois que vous pouvez faire beaucoup mieux même si vous pensez le contraire n'est-ce pas ? Et les autres taisez-vous pour le moment. Choufle tais-toi et arrête de lever le doigt comme un fou ! Je ne t'interrogerai qu'après tout le monde. Il ne suffit pas d'être bon en classe.
Carotte
et Choufle soufflent bruyamment en même temps. M. Léphant regarde
Carotte en souriant doucement. Il laisse Choufle bougonner dans son
coin.
- …
- Prenez votre temps.
- Je sais pas.
- Vous savez. Allez ! Bougez-vous au lieu de jouer à l'imbécile !
Carotte
est furax cette fois et elle relève les yeux en fixant M. Léphant.
- Je crois que ce mec...
- Cet homme
- que cet homme se fout...
- Se fiche
- se fiche de ce qu'on pense de lui et qu'il a bien raison. Qu'il trace sa route...
- Qu'il suit sa route
- Ok, bon ben c'est pas la peine que je parle puisque vous m'interrompez tous les deux mots !
- Ne te laisse pas déstabiliser Carotte.
- Je ne suis pas déstabilisée. Qu'il suit sa route selon ses envies et que rien ne l'arrête.
- Ok, C'est bien. Que crois-tu que l'auteur a voulu donner à voir ?
- Un homme fort.
- D'accord.
- Et qu'imagines-tu ensuite pour lui, après cette fin du roman ?
- J'en sais rien.
- Allez !
- Il est fort mais il finira seul voilà ou crevé par son voisin.
- Très bien Carotte. Les autres ? Choufle NON ! Petite Poisse ?
- Oui, euh..., l'auteur donne à voir un personnage qui répète toujours les mêmes erreurs. Et même s'il a encore de la chance pour le moment, on a l'impression que ce sera la chute après.
- Oui et donc ?
- Et...
- Que veut dire l'auteur à ton avis ?
- Que la chance et le plaisir ne durent pas toujours.
- Oui super Petite Poisse. Quelqu'un d'autre ?
- …
- Patate ?
Elle
rougit jusqu'aux oreilles. Mais elle a adoré ce livre alors elle a
envie de se lancer pour une fois. Depuis quelque temps, elle se
lance...
- Je crois aussi que Maupassant se moque de son personnage. On a envie de rire à la fin et en même temps c'est triste. On dirait qu'on rit avec le personnage qui surprend mais surtout avec Maupassant qui désespère de son personnage.
- Oui, va plus loin. De quoi désespère-t-on face à ce personnage ?
- Ben qu'il se mette en question et grandisse ! C'est comme un enfant. Il joue. Il reste dans une cour d'école.
- Ok. Voilà qui éclaire les choses.
- Choufle ?
Patate
est rouge comme une tomate. Elle respire difficilement. Elle a été
agressive sur sa dernière réponse. C'est sorti tout seul. Elle ne
pouvait plus faire autrement.
- Ben, j'ai plus rien à dire.
Il
est en colère.
- Oui je me doute. C'est énervant n'est-ce pas quand les autres s'expriment avant vous et vous empêchent de dire ce que vous avez à dire ?
- Pffff
- Eh oui M. Choufle, la dure loi de la vie en société. (Et d'un coup) CHACUN SON TOUR ! Vous n'êtes pas tout seul et pas le plus malin. C'est compris ?
Choufle,
comme tous les autres, sursautent. Une des sorties tonitruantes de M.
Léphant qui ne supporte pas le favoritisme accordé aux plus
« brillants ».
- C'est compris.
- Bien. Cela vaut pour tout le monde. C'est clair ?
- …
- C'est clairrrrr ? J'attends une réponse.
- Oui (timides et parcimonieux)
- Plus fort !
- OUI !
- Bien, continuons.
Le
cours continua dans une ambiance que Patate n'avait jamais
expérimentée. Comme si la paix sociale était instaurée. Elle
avait moins peur. Elle se sentait à sa place. Qu'elle avait le
droit. Ni plus ni oins. Le droit et c'est tout. C'était ça qu'elle
attendait.
Elle
se tourna vers Carotte. Elle avait les yeux brillants. De rage ou
d'autre chose. Elle avait le visage calme pourtant. Pour la première
fois. Patate la fixa. Carotte finit par se retourner et lui lancer un
regard interrogatif. Mais pas tout à fait inquisiteur comme
d'habitude. Elle n'avait plus la force en cet instant. Elle ravalait
ses larmes.
jeudi 1 juin 2017
Pur je
Le
passé et sa haine
sans
peine,
resurgissent,
et
rugissent.
Le
dégoût et la gerbe
s'arrêtent
juste
au
fond de la gorge.
Haut-le-cœur,
muscles
bandés,
sourcils
froncés,
l'immense
colère.
On
croyait paix venue.
On
croyait calme établi.
On
croyait rancune finie.
Mais
l'équilibre est ténu.
Rage
impitoyable,
envie
de meurtre
bien
préméditée,
plaisir
à y penser,
juste
y
penser.
Elle
est juste.
Elle
est vraie.
Elle
a raison d'être.
Elle
est indomptable.
Jusqu'à
la fin des temps.
Ne
plus la ravaler,
chasser
les idées folles.
Elles
sont des tripes.
Elles
sont du fond du trou.
Et
le pur je
est
là.
A
la taille parfaite de
son
corps,
tout
à sa place,
tout
aimable.
Il
ne trompe pas.
Il
peut sourire
ou
non.
Non !
Enfin.
Le
pur je
qui
sent son sol
solide
sous
ses
semelles
sûres
et certaines.
Enfin.
Et
Pur Je
souffle.
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