lundi 16 mars 2015

M'aimeras-tu Encore

M'aimeras-tu
Encore
quand je perdrai courage
molle comme une chiffe
puis maigre de haine ?

M'aimeras-tu
Encore
quand je briserai tes yeux
en millions d'éclats
d'azur sanguinolents ?

M'aimeras-tu
Encore
quand tu auras perdu la vue
et que
le corps vitreux ne reflétera plus rien ?

M'aimeras-tu
Encore
quand,
disons-le,
je t'aurais sans pitié crevé les yeux
et le cœur ?

M'aimeras-tu
Encore
quand je sortirai le poignard pour le
planter
au fond de ta grande plaie
offerte par amour ?

M'aimeras-tu
Encore
quand j'aurais trahi toutes tes
confiances
et le bleu de tes yeux
qui sifflera la guerre ?

M'aimeras-tu
Encore
quand je dirai ce que j'ai promis et craché
de ne jamais prononcer
mais qui t'explique la face
aux quatre vents
et tu n'es plus quelqu'un,
tu n'as plus de visage ?

M'aimeras-tu
Encore
quand tous les tours seront permis
et que des cornes maléfiques me pousseront
au front ?

Là tu riras sans doute
et,
croiras à un jeu.
Mais ne ris pas tout de suite.

M'aimeras-tu
Encore
quand j'ouvrirai tout grand
les boîtes,
les magiques et secrètes,
construites de presque
tous nos doigts ?

M'aimeras-tu
Encore
quand je serai un monstre ?

M'aimeras-tu
Encore
quand tu me me détesteras ?
quand tu me maudiras, Sale Traitresse ?

M'aimeras-tu
Encore
loin derrière
bien caché ?

Je suis une folle rageuse
juste après le coin droit,
juste après le sourire.
Je suis un monstre endormi
en costume.

Je t'en prie,
Aime-moi
quand tu découvriras."

Tu reprends les commandes,
la tête un peu penchée,
tu me tiens les pupilles :
tu souris.
Tu luttes pour ne pas éclater.
Tu te contiens.
Et puis tu ris de tout ton cœur.
Et : "Est-ce que tu baveras et
les griffes s'allongeront et
tu hurleras à la lune et
tu m'avaler as tout cru ?"

Je suis sérieuse. C'est un poème d'amour.

Rattrape tes idioties et viens manger."

Tu te retourneras : " je crois que je t'aimerai
Toujours,
même en pleine colère.
Sale Traitresse !"
Tu riras à nouveau.
Tu feras volte-face
pour soigner un objet
ou ranger un bout d'être.
Tu marmonneras de loin de dos,
presque mauvais :
"Tu ne trahiras pas.
Jamais tu ne trahiras."

Et je me sens plus claire.

Vie volée

Anita vient du Sud. Le grand et beau Sud. Le Sud du sable et du vent. Elle est grande, elle s’élance. Elle a voulu grandir encore et encore. Elle a prié son corps de pousser jusqu’aux nuages. Et autour d’elle, on s’est demandé quand elle arrêterait enfin. Elle, elle voulait toucher les anges. Il lui a toujours manqué des ailes. Petite, elle jouait l’oiseau, battait des bras et s’envolait. Elle planait sur sa vie, sa ville et ses bidons. Elle fermait les yeux pour sentir l’air lui caresser les joues et les paupières.
Elle inquiétait son père et ses aïeux. La mère s’était sauvée. Elle n’aimait pas voler, la génitrice. Elle avait des écailles et elle nageait. Tous les liquides, tous les goûts, frappés, glacés ou tiède. Pourtant, ce n’est pas une région d’humides, le Sud d’Anita. La génitrice a toujours trouvé de quoi plonger. Et elle a disparu de la vie d’Anita, il y a des années. Et puis, Anita elle-même a pris le ciel et voyagé.

Elle est arrivée à Paris sans bien grand-chose puisque la migration en solitaire s’effectue sans bagages. Les oies sauvages vous le diront. A Paris, elle vole encore. D’une autre manière. Elle s’est adaptée. Elle a appris à se faufiler entre les bâtiments qui chatouillent l’atmosphère et à monter plus haut pour capter l’oxygène. Elle se lance des défis pour gagner contre le risque. Elle est joueuse jusqu’au bout. Elle fait des piqués soudains en pleine nuit. Et elle remonte le long d’une tour grise rugissante. Elle flirte avec les
hélicos militaires. Elle n’en a pas peur, elle les connaît de chez elle. Ils ont toujours bercé ses nuits. Il y en a qui les déteste. Elle aime bien leur ronronnement. Elle les cherche même au moment de dormir.

            Tout le jour, la grande Anita travaille dur. Elle sourit beaucoup. Elle sourit à tout le monde et personne. Elle sourit au ciel et aux oiseaux. Mais on dit qu’elle est formidable cette Anna. Tout le monde l’aime. Les hommes se pelotonnent dans ses grands bras. Ils pressentent sans le savoir qu’ils pourraient être des ailes.  Et les emmener loin, très loin rêver. Jamais Anita ne refuse d’enlacer celui ou celle qui le lui demande. Parfois même, quand elle les aime un peu plus, ils volent ensemble. Elle pilote et son passager s’extasie. Mais au final, il y a toujours quelque chose qui cloche.

            Un jour, elle s’éprend d’un dorlotteur. Elle l’accueille dans son grand corps et bras. Il est immense et il l’enveloppe lui aussi de ses longues ailes. C’est un voleur lui aussi. Ils se mettent à planer ensemble au-dessus du monde, au-dessus de toute la vie. Ils s’éclipsent pour s’enlacer au ciel.
Pour la première fois, elle se blottit.
Je crois qu’ils s’aiment.
Ils se le disent en l’air. Sur terre, ils se connaissent à peine. Il la caresse comme jamais on ne l’a caressée. Sa peau se transforme, elle mue et se met à briller. Elle a l’impression de grandir encore de quelques centimètres.
Et il s’en va, sans crier gare trouver d’autres cieux pour toujours voler plus. Elle ne peut pas le suivre. Il lui tourne le dos, de toute façon. Il ne pense qu’à décoller encore et encore, toujours plus haut.

            Anita, peu à peu, cesse de s’élancer et d’enlacer. Elle perd ses plumes et ses ailes. Elle pâlit et courbe le dos, la princesse du Sud.

            Dix mois, elle dépérit. Elle tourne autour et vole en rond, de plus en plus frénétique. Le plaisir l’a quittée.

            Elle trouve un jour l’arme qu’il lui faut : et elle découpe son bras, son aile et toutes leurs veines et cicatrices. Elle découpe le bras droit au-dessus de l’articulation. Au couteau à viande. Il y a beaucoup de sang. Cela gicle un peu trop. Elle garde le bras gauche pour ne pas oublier. Elle ne volera plus. Elle ne veut plus voler. Elle ne veut plus grandir.
Elle pose enfin les pieds. Elle marchera désormais.

jeudi 12 mars 2015

La folle emprisonnée

En un clin d’œil,
je deviens un
immense
cœur
gonflé d’adrénaline ;
une bombe
qui hurlera
à la moindre
étincelle ;
une alarme
qui déchirera
l’air et
tous les tympans
au moindre
tremblement.
Ne bougez plus !
Tous aux abris !
La douce et tendre
se mue en chienne.
Je suis une mâchoire
d’acier
qui claque
à la recherche
de  son
morceau.
Ne passez pas par là !
Vous en chialerez
sûrement !
Je ne comprends plus
rien
ni
personne.
Je ne veux
rien
écouter.
Je ne veux rien
être
de louable.
Je tremble,
bientôt pleure
de colère,
d’impuissance.
Je détruirais
mes murs
et mes mains
si je ne restais
pas
débout.
Je me tiens
droite,
le plus possible,
droite
comme la dignité ;
Je sors
de ma veste
la petite
et précieuse
carte
de la fierté,
de la survie
en réalité.
Je ne me bats
pas pour mon
honneur.
Je crache mon venin
avant qu’il
ne m’empoisonne.
Je prends bien soin
de le cracher
à terre
ou sur la feuille
pour ne pas
finir
seule.

Ma colère
est une folle
furieuse
enfermée
à jamais.

mardi 10 mars 2015

Il aura

Il aura mille et un enfants sur les cinq continents.

Il a trouvé son point. Sa divergence. Là où il pourra gentiment s’étendre au monde, comme il s’en sent le droit. On dit on dit, contes et comptines, qu’il ne faut, qu’il ne faut pas non surtout pas vouloir conquérir l’univers, et tralala. Comme ça, c’est un péché. C’est un mal. C’est un bizarre.

Il aura mille et un enfants sur les cinq continents et les étoiles.

Il a trouvé son reflet et rayons loin partout tout autour du globe. Il va semer sa graine chez les Zoulous, les Rizotto et les Muchachos. Il n’a jamais rien visité de tout cela. Mais il aura des yeux dans le ventre des bébés. Ses bébés le transporteront au-delà de toutes les frontières. Il ouvrira grand les mirettes autour du nombril jusqu’au ciel.

Il aura mille et un enfants sur les cinq continents et les étoiles et la lune.

Il sait désormais comment faire pour s’étendre et non pas régner. Il se fiche éperdument du pouvoir. Il veut tout entendre. Comme dans sa tête. Il entend les voix du monde qui parle dans tous les sens, dans toutes les langues. Comme dix mille radios simultanées. Il distingue chacune d’elles. Mais il n’a pas l’image. Sa progéniture lui fournira.  Il aura des enfants en bidonville, pauvrets et nus. D’autres puissants et astronautes. Il pourra absolument tout voir.

Il aura mille et un enfants sur les cinq continents et les étoiles et la lune et l’esprit.

Il promènera ses yeux du nombril aux neurones. Il ouvrira les portes de toutes les chambres de toutes les têtes. Il entendra leurs voix en plus des siennes. Peut-être qu’il n’entendra rien de cela. Il est le messager qui reçoit Les Voix du Monde. Que les autres sont muets. Sûrement. Mais oui ! Voilà ! Le fin mot de l’esprit.

Il aura mille et un enfants sur les cinq continents.

Il aura touché caressé emporté balancé pénétré mille et une créatures féminines. Il les aura enveloppées dans son tube de lumière scintillante et chaude. Elles se rappelleront à peine cette sublime expérience. Elles ne lui en reparleront jamais. Il n’aura qu’à cligner de l’œil. Ils se reconnaîtront.

Il aura mille et un enfants sur les cinq continents et les étoiles.

Lui-même recevra ses ondes en retour, du haut du firmament. Il pleuvra de son être aux quatre coins de la vie. Il se baignera de soi. Il ronronnera en spirales psychédéliques. Il pourra dormir sur ses deux oreilles. Il est dur dormeur. Il sera bercé de ses étoiles et mille et un enfants.

Il aura mille et un enfants sur les cinq continents et les étoiles et la lune.

Il pourra, s’il en est pris, faire une ronde sur l’Equateur et les Tropiques, trois rondes s’il est exact. Avec tous les enfants et leurs amis, et les créatures féminines aussi. Tous se tiendront par la main autour autour du monde. Comme un collier à trois rangs. Ou un triple diadème. Il couronnera le monde de sa descendance sonnante et trébuchante.

Il aura mille et un enfants sur les cinq continents et les étoiles et la lune et l’esprit.

Il construira encore encore des planètes et des satellites, des femmes et des accouchements. Il fera jaillir des millions de couleurs sur des bouts de pierre ou lave et leurs anneaux. Ses enfants s’adapteront aux galaxies les plus torrides et les plus fétides. Rien n’aura de limite. Et il pourra dormir sur ses deux oreilles, lui le dur dormeur.

C’est un petit chauve bègue binoclard louche qui clope, en crabe dans trois rues du quartier.

lundi 9 mars 2015

Anatole Prèpartet

Le gars, Anatole est un fervent adepte du début d’année. Il est, dans la vie, un commenceur hors pair. Sur les chapeaux de roue ; il est parfait dans les starting blocks. Il démarre toujours en magnifique pétarade. Alors, Janvier, les premiers et lundis, il se frotte les mains et frétille d’impatience. Il est prêt au départ. Ne manque que le coup de feu pour le voir disparaître dans ses nuées de projets.
Le sacré, merci Seigneur, mois de janvier est un véritable festival. Trente et un jours sur la ligne de départ. Il doit contrôler son excitation. Il peut tout engager. Il ne doit pas pour autant se précipiter.
Il se lève tôt, très tôt. Tous les jours à cinq heures. Il ne peut plus dormir. Il veut construire des mondes. Son esprit se remplit de paysages et personnages. Il n’est pas fou notre Anatole.
Pour endiguer la marée montante, Anatole dresse des listes. Les listes de janvier ; il est dans son bon droit. Avant de partir au travail, il s’installe à sa table : le papier vierge est prêt. Il attend le signal depuis bien toute la nuit. Et Anatole se saisit de sa plume, aiguisée et solide, en bon outil du juste commencement.
Aujourd’hui sera la liste de résolutions du cuisinier Jean-Pierre. Il trace des tirets les uns à la suite des autres à la perfection. Il se glisse au creux de Jean-Pierre le cuisinier. Et se résout à mille et une bonnes choses pour ce nouveau tour de grande roue. Il débite en une heure tout ce que Jean-Pierre veut mettre sur pattes. L’idée de tous les sous-sols et armatures à changer. Non pas ce qui changera. C’est beaucoup mieux que cela : ce qui pourrait changer.
Anatole n’aime que le conditionnel. Il ouvre toutes les portes et les fenêtres.
La liste est longue et belle. Il bouleverse une vie et lui profile un rêve. Anatole, croqueur de vies.
A six heures pétantes, il souffle et sourit. Anatole a accompli sa première tâche. Il est heureux. Il se prépare. Il commence aussi sa journée. Il plonge dedans. Il est l’initiateur et rien ne s’amorce sans lui.
Il explosera régulièrement au cours de la journée pour faire sursauter le moteur et sa puissance. Fidèle à lui-même, il passera le dessert et grignotera le plat. L’entrée, voilà la vraie matière !
Il perdra l’énergie le long de l’après-midi. Anatole cherche depuis toujours son bonheur dans ce moment mais rien n’y commence vraiment.
La nuit tombe et s’ouvre un nouvel horizon, opaque et dense. Anatole reprend du poil de la bête. Son corps, comme celui d’un animal, sent l’instant précis où le soleil nous quitte. Plus la moindre petite étincelle. Une fin qui annonce la reprise des affaires pour Anatole.
Comme au petit matin, la liste des mille et une résolutions de M. Fraise le dentiste. Et le voilà en habit vert aseptisé, masque à l’appui, roulant ses mécaniques dans la bouche des patients. Et la plume d’Anatole énumère les résolutions du bon dentiste, qui voudrait être moins bon.
Tous les jours et les nuits, aux premières heures de chacun, Anatole se transforme. Il sort de lui-même et détourne un morceau d’existence. Il tourne une clef et fait un pas sur le palier d’un univers inconnu. Mille et une résolutions et Anatole se sent moins seul et moins inutile. Anatole est un humaniste ; chacun sa liberté, il laisse les personnages poursuivre leur vie à leur bon cœur. Mais il a claqué un coup de fouet pour faire partir la bête.
Quand vient le Février et qu’il est moins pris, Anatole prend son courage en main et lui dit : A nous deux mon vieux ! Il fait la tournée du postier. Il glisse les lettres dans leur boîte, chacun sa liste. Ce n’est pas un voyeur. Il ne cherche de noises à personne, Anatole. Mais il doit bien les dire aux gens leurs mille et une résolutions.
Il ne signe pas. On l’enverrait voler. Il n’est pas fou. Il n’est pas fou pour un sou.

Puis l’année suit son cours. Il s’amollit un peu l’Anatole. Il reprend du bagout avec l’été. Juillet, faux jumeau de Janvier.

De six mois en six mois, Anatole fait le tour et encore et encore.

.

dimanche 8 mars 2015

Le monde traitre toutou

D'un coup,
envie de cracher
sur tout
sur tous.
Ne plus aimer
tous ceux qu'on
chérissait
il y a une
minuscule
seconde.
Le monde peut
basculer
comme un répugnant
traître.
Il me laisse
m'asseoir
et être
au confort.
J'y crois
et j'ai raison.
Mais il a plus
d'un tour dans
son sac.

D'un coup,
envie de pincer
jusqu'au sang,
les lus doux
des amis,
les tout-petits
et les vieux faiblissants.

D'un coup,
le monde parait
méchant.
Je voudrais
être seule
sans le monde
qui me suit
partout.
Sale toutou !

D'un coup,
je profanerais
tout ce qui compte.
Je vendrais
mon corps
et mon âme.
Je serais
mes griffes
et mes crocs.
Mes oreilles
pousseraient
et ma queue.
Je serais
quatre pattes.

D'un coup,
c'est la haine
qui reprend
tous ses droits.
Elle réchauffe
les artères.
Ma bouche
se tord
et presque
grogne.
Sourire n'existe
plus.
Sauf les narines
fumantes
pour savourer
l'emprise.

D'un coup,
le cœur est
tombé
au fond du
grand canyon.
Et la bile
goûte
la langue
hérissée.
Le cœur est
tombé des
millions
de putains
de fois.
Des millions
de putains
de fois
où il s'est
évanoui.
Et puis,
il a pris l'habitude
et cessé
de se répandre.
Pleurer n'empêchera pas
et retomber
dans une heure,
peut-être,
même.
Sale toutou
de monde
qui suit
partout
partout.
Des millions
de fois
usantes,
révoltantes,
aveuglantes.
Le cœur a fini
par se taire,
serrer les dents
et se muer
en fin stratège.
Les livres sans pulpe,
blanches de colère,
il tombe
sans douleur
et se moque
du monde qui
se répète.
Il fait voler
en éclats
l'univers :
Tu n'es qu'un faux.
Tu n'es rien si
tu ne m'as,plus.
Tu n'exister qu'avec
et contre moi.
Sale clébard assoiffé !
Le monde est penaud,
queue entre les jambes.

D'un coup,
je préfère détester
le monde
et lui ôter
sa vérité.
Me fermer
sur mon cœur
et ignorer le reste.
Je préfère détester
le monde
tout entier
tout
entier.
Pour ne pas
insulter
celui
celle-là.
Pour ne pas
le pendre
à la gorge.
Asphyxier
l'auteur
présumé de
mon cœur dans
un pauvre trou
à rats
au fin fond
d'un désert
de Lune
sans rien d'autre
que
des cris.

D'un coup,
je préfère
faire
valdinguer
toute la table
et immense fracas,
seule,
dans mes yeux ;
plutôt qu'une
assiette
en plein visage
ouvert
du pseudo-criminel.

D'un coup,
je sais
tout ça.
Je préfère poignarder le monde,
la plume aux doigts.
Que chacun puisse savoir
que le monde usurpe.
Et quand même,
après cela,
maintenant,
je reprends
le bouchon et
ferme l'orduraie,
les lèvres sans pulpe.
Jusqu'aux ongles et
poils,
sur mes gardes.
Le monde aussi
lisse les yeux
et m'observe.
Il sait que je suis
une bombe.

A l'hamecon

Elle passe ses jours
menton levé ;
sur la pointe des pieds ;
sur la pointe du petit
doigt de pied
et annulaire;
aussi.
Le seul petit ne suffirait pas
Elle aspire cahin
caha
ce qu'il faut
pour faire mine.
Elle attend
la bagarre.
Elle attend
les coups
le sang
la chair.
Les bras le long du corps
ou autour de la taille
bien ficelés,
elle ne vit
pas trop fort.
Par hoquets
silencieux.
Elle ne peut pas laisser
les flux et reflux
fluides
et soufflants
s'exhaler
sereinement.
La sérénité est
une affaire des
plus bruyantes.

Elle a les
yeux en chasse
dès l'aurore.
Toujours à moitié
hors d'eux-mêmes,
mouillés,
prêts à faire feu.
Des yeux tic tac.
Ils se refermeront
sans crier gare.
Eux-mêmes
ne sont maîtres
de rien
à ce bord-là.
Elle sort du lit
déjà raide.
Encore plus raide
peut être
que le reste
du jour.
Car,
elle s'excite
la parfaite
opérationnalité
illico.
On lui exige.
On lui tire
le menton,
à l'hameçon.
Eh oui !
C'est exactement cela !
Elle n'est pas plus qu'un
poisson
...bloup...
...bloup...
à pêcher.
Elle est attachée
à l'hameçon.
Elle ne doit
donc,
bien entendu,
pas bouger
d'un poil
la tête
le cou
les lèvres
pour ne pas se fendre
en
quatre mille.
Les yeux tournent comme
les mouches.
Remplacent les cervicales
et font le tour
du monde,
et attendre
la bagarre
les coups
le sang
la chair.
On dirait qu'elle en
veut.
On dirait
presque
qu'elle sourit.
Mais non ! Imbécile !
C'est l'hameçon qui
tire.
On dirait bien même
quand même
qu'elle la veut
la bagarre
les coups
le sang
la chair.
Elle bave, regarde-la !
Mais non ! Triple imbécile !
C'est l'hameçon qui
l'ouvre.
On dirait bien même
quand même
oui ! Je l'affirme !
qu'elle en veut !
Hein tu aimes
ça les coups
le sang
la chair
la peur
la peau !
Les yeux vrillent
et perdent les pédales.
Prêts à épilepter.
Ulcérés de ces
insinuations
cruelles.
Un être absolument
Blanc,
pur comme un flocon
ou un agneau
d'une heure,
serait coupable
de plaisirs déviants.
Mon Dieu que les gens sont tordus !

Elle descend tous les
escaliers à tâtons,
heureusement la rampe !
puisque le menton
est tenu
en minerve.
Elle s'asseoit
à l'aveugle,
à demi,
sur les os,
sous la chair,
sous la peau.
Le sang remonte
au cerveau
pour ne pas toucher
rien.
Elle se nourrit
à côté
de l'hameçon,
dans un diamètre
œsophagien
réduit,
à plat
contre l'épine dorsale.
L'être
réduit au
maximum.

Elle attend
toute la sainte
journée
la bagarre
les coups
le sang
la chair.
Eh oui !
elle les attend
impatiemment
pour que l'hameçon
vire-
volte.
Loin de sa langue.
Les yeux se fermeraient.

La peur s'achève.
La bataille
enfin
fait rage.