samedi 4 novembre 2017

Réveil du baume au bois dormant


Resurgit la peur,
enfantine,
cruelle,
intacte.
La prison,
la camisole plutôt,
toute tentative
est
incapable.
Rien n'a changé,
l'idée tape les tempes,
le temps passe et
se répète.
Jérémiades mille fois
ruminées,
ruineuses
et
purulentes.
Mais les bras demeurent
vains,
les mains
vides,
les doigts
veules.
Tout se
recroqueville
résigné.

Sans crier gare,
resurgit le baume,
inattendu,
pimpant,
claironnant,
chatoyant.
La peur ne cède pas.
Elle n'est pas fille
facile,
ecinture de chasteté vissée
aux hanches.
Mais elle s'efface,
quelque peu,
derrière le savoir
salvateur.
Au fond,
la lumière se fait sur ce baume oublié :
le savoir n'est pas cet
onguent délicieux.
C'est apprendre
qui balsame,
qui baumit,
qui balmide.
C'est la camisole
qui desserre
son étreinte
et les bras mains doigts
au réveil.
Apprendre,
saisir,
nourrir
et se sentir nouveau
vaillant.

La famille en débâcle

La famille aux airs de vertueuse excellence se fissura
alors
ouvertement,
impudique malgré elle.
Et plus chaque membre tentait de
sauver
sa dignité,
propre,
plus l'indécence giclait au visage du monde,
brutale,
pestilentielle,
obscène.
La fausse solidarité tomba en
miettes
et l'on s'étonna d'être
encore
ensemble,
sous le même toit,
sous le même nom,
théoriquement du même lignage.
Chacun prit
ses cliques et ses claques
et se terra dans
son repaire,
l'air de rien ;
mais qui restait dupe ?
On se lamentait
autour de
nous.
On accusait la sale petite égoïste
déséquilibrée qui
avait tout
détruit
par son numéro
de sacrifice.
On voyait s'effondrer un,
en réalité,
futile château de cartes,
fragile édifice dominos,
badaboum qui nous pendait au
nez
mais que personne
n'imaginait.
Parce que la famille est un
tombeau,
un
sarcophage géant où
les momies épuisées
jouent la comédie
pour la survie
de
l'espèce.
Notre famille éclata au
grand jour,
juste,
sans plus de fard
ni tartuferie.
La catastrophe.
La catastrophe ?
A défaut du bonheur,
je savourai
la vérité
la liberté.
La mort approche ?
Les masques tombent
et certains
brisent leurs chaînes.
D'autres s'y embrouillent
pour les cycles des siècles.

vendredi 3 novembre 2017

Ceci est mon corps

Mon corps court
devant,
plus vite que la
musique,
plus vif que ma
raison.
Sûre qu'il ne pourra pas,
il peut et même
veut encore,
plus,
toujours plus,
insatiable.
Je le crois lourd,
apathique,
inopérant.
Je le crois
toujours,
encore,
figé,
faiblard,
traînard.
Mais lui,
attrape l'occaz'
au vol et
bondit haut loin
en avant,
joue,
me distance.
Je ne lui en veux pas,
cette fois.
Je ris.
J'ai peur,
il sème mon
intention
et mon
empire.
J'ai peur de ne
plus être
sa reine,
la plus forte
de tête.
Il contrôle la situation,
et,
pour la première fois,
il est aussi moi
et je me livre à lui.
Je marche
en terre inconnue,
sables mouvants.
Délicieux
nourrissant
bain de boue.
Je lui abandonne ma
confiance.
Je ne l'entrave pas.
Je ne le frappe plus.
Ceci est mon corps.
Pour personne d'autre
livré,
que moi seule.
Ceci est
enfin
mon
corps.

La famille implose

          En effet, un jour, je rentrai du lycée. Personne n'était censé être rentré sauf elle. Je lui annonçai mon arrivée en criant un joyeux bonjour. Joyeux pour tenter encore de l'animer, la réanimer. Joyeux, faussement. Son malheur était contagieux et nous étions si proches que je ne pouvais pas ne pas en être impacté. Je ne sais pas si elle en avait conscience. Connaissant la gamine, je doutais qu'elle soit assez naïve pour croire que son mutisme morbide n'eût aucun effet sur les autres membres de la famille. Surtout sur moi. Mais elle n'avait d'autre issue. Je l'ai toujours excusée, je n'ai jamais réussi à lui en vouloir. C'est aux autres que j'en ai voulu d'avoir été incapable, ces adultes de pacotille. Ce jour-là, je sentis d'emblée que quelque chose ne tournait pas rond. L'atmosphère, l'odeur de la maison, étaient encore plus froides et poussiéreuses que d'habitude. Comme si tous les vieux de la ville étaient descendus chez nous et avaient étendu leur présence malodorante. J'étais alors allergique aux vieux, j'étais répugné car ceux de notre entourage n'étaient que des personnages plutôt détestables. Mais cela ne tenait en rien à leur âge en réalité. Je le compris plus tard. Je cherchai Pitayak en l'appelant même si je n'en attendais pas de réponse, lucide. Vite, je me dirigeai vers sa chambre et j'ouvrai tout doucement en la prévenant que j'entrai. Elle était inconsciente, complètement relâchée, complètement livrée, à nu, sur son lit. Elle était pâle, plus que jamais. Un cri m'échappa. Je la secouai dans tous les sens, quitte à la blesser encore davantage. Elle était barbouillée de sang, comme si elle avait voulu faire une mauvaise plaisanterie, les bras dégoulinants et de la vomissure au coin de la bouche. Voyant qu'elle ne se réveillait pas, je lui hurlai dessus, habité de la croyance que la puissance de mon cri ferait son effet. En vain. Elle demeurait inerte. Une fois sûr du drame qui se déroulait là sous mes yeux, je me jetai sur le téléphone dans le couloir et appelait les pompiers.
La suite se passa comme toutes les suites de ce genre.
Je ne pensai pas même à prévenir mes parents. Ils arrivèrent pourtant, alertés par les voisins. Ma mère s'arrêta à quelques mètres du camion de pompier. Elle ne s'approcha pas. Elle laissa mon père évaluer l'ampleur des dégâts. Elle m'adressa la parole, agressive : « Tu peux me dire ce qui s'est passé avec ta petite sœur ? » Je la regardais, pour la première fois écœuré de sa réaction inaffective. Je la fixai avec dégoût et elle se rendit compte de son erreur mais c'était trop tard. C'est là que je rompis avec ma mère, pour le restant de mes jours. Elle le sentit mais ne voulut pas le comprendre. Nous entendions mon père pleurer et se lamenter sur le corps de sa fille. Comme s'il était innocent, comme s'il n'y comprenait rien. Et il n'y comprenait vraiment rien cet aliéné... Répugnant de déni et de bêtise. J'avais envie de vomir. Je m'éloignai donc et ma mère m'en fit le reproche. Je me retournai avec un regard digne de ma sœur. Je la fusillai. Je lui lançai tout mon mépris et elle en chancela.
Commença alors la descente aux enfers : Pitayak la traîtresse, la déséquilibrée égoïste.

jeudi 2 novembre 2017

Quand le livre s'ouvre à moi


J'avançais lourdement dans
cette histoire,
grise,
lointaine,
intouchable.
Je m'accrochais aux mots,
aux pages,
je poursuivais sans entrain
mais avec intérêt,
la tête sans le cœur,
le chemin de
ce livre.
Je savais qu'il m'apprenait,
nourrissait,
ouvrait en réalité,
laborieusement
un horizon tenu clos
en moi
par ignorance et par nonchalance sûrement ;
la nonchalance intellectuelle est la facilité la mieux partagée
au monde.
Je m'acharnais donc,
un peu obsessionnelle,
très têtue,
presque sûre que m'attendait
l'émotion,
un peu plus loin,
avec un peu de patience.

Une partie s'achève
et
une autre s'ouvre dans laquelle
je plonge
sans précautions
car sans mise en garde.
Le livre s'ouvre enfin à moi,
j'en fais désormais
partie,
je suis de ses personnages.
Je ne suis plus maintenue
assise dans mon siège
d'étrangère spectatrice.
Je suis sur scène,
propulsée d'un coup de
page tournée
négligemment.

Je veux lire
encore et encore,
connaître la suite,
rester avec mes nouveaux amis,
silencieuse
et
bienheureuse.
Dans cette chaleur
fluide,
où j'ai ma place,
où les mots et les images sont
faciles.
Je ne veux plus les quitter.
Je ne veux plus reculer.
Je bénis mon entêtement
parfois sot,
parfois dénicheur de trésors.
Quand le livre s'ouvre à moi...

L'enfant Pitayak

Pitayak était une enfant douce et lointaine. Elle n'avait jamais l'air vraiment là. Elle était pourtant aux aguets, vigilante mais personne ne le savait. Tout le monde la prenait pour une gosse plutôt étourdie, dans la lune. Tout le monde se trompait grossièrement sur son compte. Nous échangions souvent des regards complices et je sentais sa vivacité masquée derrière son visage placide, qu'elle me découvrait finement. Peut-être que certains la prenaient même pour une imbécile. Peut-être que cela l'arrangeait. Sans doute. Elle n'était pas interpellée, pas interrogée, pouvait tranquillement garder le silence. Elle ne semblait pas souffrir de ne pas pouvoir s'exprimer. Cela lui était égal tant qu'elle était au calme. Du moins, c'est ce que plusieurs années d'observation me laissèrent conclure. Notre sœur aînée, Tante Tomate, percevait, étant enfant aussi, cette autre sœur qui se cachait derrière la poupée tranquille. Elle disait qu'elle avait le vice, qu'elle était sournoise. Elle l'avait haïe dès les premiers jours. Elle en était jalouse à mourir, en réalité. Elle me perdit vite par la même occasion car je prenais sans aucune hésitation le parti de la petite sœur qui m'attendrissait tant.
Quand nous étions seuls Pitayak et moi, nous riions comme des bossus. Elle s'éveillait, comme une belle au bois dormant. Les autres s'étonnaient de l'entendre depuis les autres pièces rire de bon cœur. Elle s'arrêtait net dès qu'elle était en présence d'une autre personne que moi. Je crois que tous nous en voulaient au fond de partager cette complicité absolument exclusive. Je n'étais pourtant pas adepte de ce genre de relations mais Pitayak ne me laissait pas le choix. Elle se refermait comme une huître à la moindre intrusion. Je devais avoir 11 ans le jour où je l'interrogeai sur ce problème. Je voulais comprendre pourquoi, si elle avait peur, si elle détestait les autres, si une inconnue m'échappait. Elle me répondit durement, aussi petite qu'elle fût : « Les autres ne sont ni drôles ni gentils. Je ne les aime pas. » Détournée mais bien réelle, cette déclaration d'amour par omission me transperça le cœur. J'étais fondu d'amour pour cette petite sœur qui m'en apprenait plus que n'importe quelle autre personne au monde. Mais moi, j'en aimais d'autres. Elle non. Elle était terriblement seule. Elle ne savait aimer que moi, ne pouvait, je ne sais pas, ne s'autorisait. Elle ne dit pas ce jour-là qu'elle avait peur. Mais je sentis que son refus était aussi une immense peur et qu'elle ne faisait que sauver sa peau. J'avais envie de la serrer dans mes bras mais elle n'était pas de ce genre, beaucoup plus froide que moi, beaucoup plus distante, même en duo, elle se reculait pour que je ne la touche pas. C'était sans agressivité. Un réflexe que j'avais fini par intégrer tout à fait à notre fonctionnement. Il lui arriva deux ou trois fois de me sauter au cou et de se lover contre moi. De bonheur. Heureuse pour moi, toujours. C'était un cadeau et nous le savions précisément l'un comme l'autre. Je savais qu'elle me disait là combien elle m'aimait. Je me demandais tout de même souvent, dans mes réflexions déjà alambiquées, comment elle pouvait vivre aussi seule. Comment elle résistait. Mais j'étais trop jeune pour savoir que les enfants sont les êtres les plus résistants sur cette planète et qu'ils peuvent à peu près tout supporter et survivre. Elle était l'exemple parfait de cette vérité dont je ne démords pas, que j'affirmerai encore et encore. C'est ma plus profonde conviction. C'est pour cela que je suis devenu pédiatre. Peut-être pour la sauver elle, trop tard. Pour que d'autres ne traversent pas cette solitude. Mais il y en aura toujours parce que l'enfant tient bon en silence, souvent avec le sourire d'ailleurs. Et que parfois, la cuirasse est déjà trop épaisse. Alors on se sourit ces enfants-là et moi, et ils savent que je les comprends mais nous en restons là parce que parfois l'on n'y peut rien. L'enfant doit se taire pour vivre ou du moins, le croit-il. Jusqu'à ce que.
Quand Pitayak grandit, qu'elle entra dans l'adolescence, le trou noir s'abattit. Elle cousit sa bouche et plus aucun son n'en sortit. Quelques rares mots lorsque nous étions tous les deux seuls à la maison. Elle me regardait intensément avec ses grands yeux verts noircis par le malheur. Elle ne disait rien. Elle ne pleurait pas non plus. J'avais peur qu'elle meure. Sans comprendre pourquoi. J'avais pourtant bien raison.

mercredi 1 novembre 2017

Délivrance intime, sans cris ni utérus

L'invocation
désolennelle,
areligieuse,
inmagistrale,
non-pratiqueuse,
de l'archaïque émotion.
Antique,
ancestral peut-être,
atavique,
immémoriale
émotion,
tue par le secret indétrônable
d'une famille.
Le plus fertile terreau du
silence.
L'invocation envers et contre tous les désirs
de mon vif
intérieur
et tous ses affluents.
L'appel non à un ami
mais à
l'ennemi intestin,
la racine du mal,
du mal subi
souverain,
longtemps,
tout-puissant
apparemment,
débouté
finalement,
après affrontement
âpre
acharné,
carnassier
ou charognard,
selon.

J'ai invoqué
patiemment,
scientifiquement,
rigoureusement,
et puis aussi
subconsciemment,
instinctivement,
historiquement,
pré- même,
l'émotion-meurtre,
l'émotion-dévore,
l'émotion-nuit,
trou,
haine,
mourir enfin.
J'ai invoqué Dégoût.
Mon bon toutou
anthropophage.
Il a englouti
et broyé
mon air,
mes mots,
mes lèvres,
mon cul.
De la tête aux pieds,
tout au creux de
la moelle la plus tendre
authentique,
poinçonnée véritable,
triple AAA.
Je l'ai invoqué,
lui désormais
infirme,
amputé,
impotent,
mais pute enculeur
toujours vivace.
Il n'est jamais mort.
Je l'ai amoindri.
Je l'ai jeté en chaise
handicapée.
Je l'ai persécuté,
chasse aux sorcières sans plus de limites
ni d'états d'âme
que la prem's.
Mais il n'est jamais
disparu.
Il reste
campé,
debout non,
mais fier
et fielleux
comme
au bon veux temps.
J'ai cru l'avoir battu à
mort,
une poignée d'années.
C'était le doigt dans l’œil
mais rêver
et propulsée dans l'illusion qui
tente la première
l'aventure.

J'ai invoqué
Dégoût et sa puissance,
son emprise de sadique rôdé.
Je l'ai invoqué,
je l'ai retrouvé,
intact,
sur ses deux jambes,
arrogant
mais cette fois,
à ma taille.
Il se tenait en moi,
beau comme un dieu,
infaillible tyran.
Je l'ai craché,
lui
ses malédictions
toutes ses artères,
de tous mes mots,
et plus jamais seule.
Ma bouche s'est tordue
d'amertume
et de
rage,
mes sourcils froncés
de je veux donc je peux
et tu ne seras plus rien
contre moi,
répugnant
détracteur.
Les sourcils
hargneux,
intrépides,
tremblants
non plus de honte et de peur,
mais de force et du triomphe en
gestation
sur le séculaire
ennemi.
Dégoût !
Contente-toi
désormais
du petit comestible.
Ma chair humaine
sera
dorénavant
ton poison.
La guerre de 30 ans
est
perdue,
pour toi.
Et je te combattrai
partout où je passerai
sans faiblir,
sans plus jamais baisser les bras
devant ta morgue
de tartufe
vicié sali
sous ton envoûtante beauté,
parfaite,
morbide,
et folle.